Gérer les risques
Aujourd'hui et demain

Santé et qualité de vie au travail

TMS : tous concernés

Première maladie professionnelle, les troubles musculosquelettiques (TMS) ne sont pourtant pas une fatalité. Les solutions pour les prévenir se multiplient. Cependant, leur adoption nécessite un travail d'analyse et d'organisation préalable. Une démarche qui s'accompagne de soutiens financiers.

En France, les Troubles musculo-squelettiques (TMS) sont les premières causes de maladie professionnelle. Sur les 50 392 pathologies professionnelles reconnues en 2019, les TMS en représentaient 44 492, selon l’Assurance maladie-Risques professionnels. Leur progression a augmenté de 60 % en 10 ans. Aucun secteur n’est épargné puisque les TMS touchent même les personnes travaillant dans les bureaux. Les TMS sont liés à trois facteurs de risque. À commencer par ceux qui sont d’origine biomécanique. Entre autres, les gestes répétitifs, le travail statique, les efforts excessifs ou encore les positions articulaires extrêmes. Les TMS peuvent aussi avoir des origines psychosociales du fait de la pression du temps, du manque de contrôle sur son travail ou encore du manque de soutien social. Citons enfin les facteurs organisationnels liés aux délais de réalisation trop courts, au travail monotone ou au temps de récupération insuffisant.

L’innovation au service du diagnostic

marie-anne-grangeret-ergonome-et-directrice-des-opérations-chez-moten-technologies

Marie-Anne Grangeret, ergonome et directrice des opérations chez Moten Technologies

Beaucoup de progrès ont été accomplis pour diagnostiquer ces pathologies dans le secteur de la manutention. À l’instar de ce que propose Moten Technologies, une PME qui compte neuf collaborateurs dont deux ergonomes et cinq ingénieurs. L’entreprise créée en 2018 intervient auprès des secteurs de l’industrie, des services et du BTP avec ses propres capteurs développés par Maxime Projetti, son fondateur. « Ces dispositifs ont pour particularité d’écouter les vibrations musculaires des opérateurs », explique Marie-Anne Grangeret, ergonome et directrice des opérations chez Moten Technologies. Ce système d’analyse identifie les risques biomécaniques en cas d’activités avec posture contraignante, gestes répétitifs ou encore charge lourde. Il compare les vibrations musculaires quand le corps est au repos et lorsqu’il est en activité. Ce système est aussi utilisé pour tester les avantages d’un nouveau dispositif de prévention en entrepôt ou dans un atelier de production. Il contribue à faire un état des lieux d’une situation avant de proposer des solutions pour diminuer les risques d’exposition des salariés aux TMS.

Les exosquelettes au secours des TMS

Vue d’un ouvrier mécanicien quyi intervient sur une opération les bras en l’air. Il est assisté de l’exosquelette Shiva Exo

Sélectionné pour l’exposition du « fabriqué en France » au palais de l’Élysée, l’exosquelette Shiva Exo offre une assistance mécanique de 5 à 15 kg dans le port de charges ou d’outils. © ErgoSanté

Bien sûr certains secteurs sont particulièrement touchés par les TMS. C’est notamment le cas dans les entrepôts où les salariés sont soumis au port de charges lourdes et à des gestes répétitifs. Pour prévenir les risques de TMS, de plus en plus d’entreprises se tournent vers des exosquelettes qui visent non pas à augmenter l’homme mais à le préserver. La France est d’ailleurs en pointe dans ce domaine. Parmi les fabricants, citons Ergosanté avec le Shiva Exo, un exosquelette d’assistance à l’effort destiné aux salariés des entreprises industrielles. Entièrement mécanique, cet équipement permet de soutenir la posture de travail bras en l’air et l’extension cervicale, à protéger les vertèbres lombaires lors de la flexion du tronc et à soulager le poids avec une assistance de 5 à 15 kg dans le port de charges ou d’outils… Citons aussi Japet qui a reçu cette année la médaille d’or de l’innovation de La Fondation Carcept Prev. Rappelons que son dispositif concilie technologies médicales et robotiques afin de soulager le dos et prévenir les douleurs chez les opérateurs travaillant en entrepôt.

Un Escape Game pour sensibiliser les soignants

L-escape-game-se-deroule-dans-cette-chambre-amenagee-pourl-occasoin-dans-un-container

L’Escape Game se déroule dans une chambre aménagée dans un container. © Tricky

Parmi les secteurs les plus touchés par les TMS figure le secteur de l’aide à la personne. À commencer par les Ehpad (Établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) qui peuvent connaître jusqu’à à 20 % d’absentéisme. Un problème sur lequel se penche notamment la Carsat Aquitaine qui mène un programme d’accompagnement des établissements en utilisant, pour l’animation, un Escape Game. « Il s’agit d’un jeu d’équipe qui se déroule pendant une heure environ dans un lieu clos et thématisé où les participants doivent résoudre une série d’énigmes dans un temps imparti pour accomplir une mission », résume le docteur David Labrosse, créateur du jeu et co-fondateur de l’entreprise Tricky. C’est d’ailleurs cette startup qui a réalisé l’animation pour la lutte contre les TMS commandée par la Carsat Aquitaine. « L’Escape Game s’est déroulé dans une chambre d’Ehpad reconstituée à l’identique dans un container avec des dispositifs de lève-personne sur rails », rapporte Patrick Bardet, l’ingénieur conseil régional, responsable du département risques professionnels à la Carsat Aquitaine. Pour mener son programme de prévention des TMS dans les Ehpad, ce dernier recherchait des solutions aux dimensions positives capables de sensibiliser durablement les personnes concernées. « Je me suis donc tourné vers Tricky et nous avons monté un comité de pilotage interne constitué d’ingénieurs et de contrôleurs qui connaissent bien ce secteur d’activité », se souvient le responsable de la Carsat. L’Escape Game est utilisé comme un outil d’animation intégré à la démarche de prévention basée, entre autres, sur des actions de formations. Notamment auprès des dirigeants d’établissement avec pour objectif qu’ils comprennent que la lutte contre les TMS va les aider à améliorer le fonctionnement de leur établissement. Du côté des soignants, l’enjeu est de les amener à mieux se protéger en utilisant notamment les dispositifs d’aide pour mobiliser les personnes. « Nous leur expliquons que le recours à ces aides ne les freinera pas dans leur travail et qu’ils ont intérêt à les utiliser pour se préserver », indique Patrick Bardet. Les résultats sont encourageants selon les sondages réalisés par Tricky. Sur les 1 000 professionnels ayant participé a cet Escape Game, 80 % déclarent avoir changé leurs pratiques.

Au bureau, privilégier les postes de travail réglables

laurence-metaireau-ergonome

Laurence Métaireau, ergonome

Dans les bureaux, les risques psychosociaux sont aussi susceptibles de favoriser l’émergence des TMS.  « Pour une personne travaillant de manière sédentaire à un bureau, un mal de dos peut être la résultante ou la combinaison de différents éléments », déclare l’ergonome Laurence Métaireau, La douleur peut avoir pour origine un stress professionnel ou personnel, la manière dont le travail est organisé, le déséquilibre vie personnelle-vie professionnelle, etc. Spécialisée dans le conseil en prévention des TMS, cette préventrice conseille de vérifier la conformité des réglages des postes. Citons, entre autres, la position de l’écran. « S’il est trop bas, la personne sera trop voûtée alors que s’il est trop haut, elle sera en extension et se fatiguera », met en garde l’ergonome. Cette dernière recommande aux employeurs de choisir des fauteuils entièrement réglables au niveau du dossier, du siège et des accoudoirs afin de personnaliser les réglages. Quant aux salariés, elle leur conseille de faire des exercices au bureau pour étirer le bas du dos au moins trois ou quatre fois par jour. Et surtout de marcher et de faire du sport.

Mais pour une approche plus globale et durable, la préventrice recommande aux entreprises de se rapprocher de leur CSE (conseil social et économique), du médecin du travail ou du service santé au travail afin d’établir un constat sur ce qui doit être entrepris pour limiter les risques de TMS. À charge pour l’ergonome ou tout autre intervenant de recueillir les besoins métiers, de diagnostiquer les points d’amélioration et de dresser un cahier des charges sur les aménagements à réaliser.

Le e-Learning pour ancrer les bonnes pratiques

ludovic-arnaud-preventeur-a-culture-prev

Ludovic Arnaud est préventeur chez Cultur Prev. © DR

« Pour agir durablement contre les TMS, il ne faut pas se contenter d’actions de prévention ponctuelles »,met en garde Ludovic Arnaud, dirigeant de Culture Prev, une entreprise lyonnaise de conseil et de formation. Pour ancrer les connaissances et les bonnes pratiques, ce préventeur propose aux entreprises un parcours jalonné de séances alternant e-Learning, accompagnement sur site des salariés sur site, atelier de sensibilisation, etc. Sa démarche associe des services de conseils et de formation ainsi que des outils adaptés aux objectifs de l’entreprise et à son activité. Par exemple, dans les industries manufacturières ou dans le BTP, les opérateurs seront conviés à des animations de type « quart d’heure de sécurité ». « Tandis que, dans le tertiaire, nous proposons aux salariés des wébinaires ou du microlearning sur smartphone », fait savoir le préventeur qui enregistre une forte demande en faveur de sessions plus courtes et contextualisées. Le parcours proposé se base d’ailleurs sur un diagnostic illustré de vidéos et d’images. Ce qui favorise la prise de conscience des opérateurs intéressés afin qu’ils deviennent acteurs de leur prévention. Ce diagnostic est systématiquement partagé avec les dirigeants et les managers de manière à les sensibiliser et à les impliquer dans la prévention des TMS. « Nous leur montrons les points de vigilance et les actions à mettre en place afin de limiter les risques au travail », indique Ludovic Arnaud.

Des aides au financement

Concernant la question des aides au financement, les entreprises peuvent se tourner vers l’Assurance maladie qui propose différentes aides. A commencer par TMS Pros Diagnostic qui sert à financer la formation, l’évaluation et la mise en place d’un plan d’actions contre les risques de troubles musculosquelettiques. Plafonnée à 25 000 euros, cette aide peut financer 70 % hors taxes du de la formation d’une personne en charge de la prévention en interne afin de la rendre autonome et capable de mettre en œuvre un projet de prévention des troubles musculosquelettiques dans l’entreprise. Par exemple réaliser un diagnostic et un plan d’actions de prévention. TMS Pros Diagnostic peut couvrir aussi le financement d’une étude ergonomique des situations de travail pour réaliser un diagnostic de prévention des TMS et un plan d’actions. Cette aide est toutefois réservée aux PME-TPE de moins de 50 salariés dépendant du régime général. Elle peut être cumulée avec le dispositif TMS Pros Action. Cette aide plafonnées à 25 000 euros HT et pour un minimum de 2 000 euros finance à hauteur de 50 % deux types de prestation. La première concerne l’achat et l’installation de nouveaux matériels et équipements destinés à réduire les contraintes physiques. La seconde porte sur la réalisation de formations adaptées pour les salariés concernés par ces actions sachant que les deux aides sont cumulables. Pour y souscrire, il suffit de faire sa demande sur le site Net-entreprise, le portail des déclarations salariales.

Contrats de prévention pour les PME de plus de 200 salariés

Pour les entreprises plus importantes mais dont les effectifs sont inférieurs à 200 salariés, elles peuvent bénéficier d’une aide au titre des contrats de prévention. Principale condition, il faut que l’organisation professionnelle à laquelle appartient la PME-TPE ait signé, pour une durée de quatre ans, une convention nationale d’objectifs avec l’Assurance maladie. Une vingtaine de secteurs ont sauté le pas. Par exemple, le BTP, la propreté ou encore la restauration traditionnelle et l’hôtellerie. Si l’entreprise appartient à un des secteurs signataires, elle pourra bénéficier d’un financement pour l’amélioration des conditions de travail de ses salariés.

Eliane Kan

Commentez

Participez à la discussion