Gérer les risques
Aujourd'hui et demain

Santé et qualité de vie au travail

Des solutions innovantes pour détecter les risques de TMS dans l'industrie

Des startups aident les ergonomes et autres préventeurs à identifier les contraintes liées aux gestes et postures avec des solutions qui reposent sur des logiciels d'intelligence artificielle et des dispositifs connectés.

Depuis septembre 2020, les relocalisations d’activités industrielles en France ont permis de conforter mais aussi de créer près de 100 000 emplois industriels. Reste à attirer les candidats à l’embauche. Il faut savoir que l’industrie affiche plus de 70 000 postes à pourvoir contre 40 000 avant la crise liée au Covid 19. Cette pénurie de bras s’explique principalement par le manque d’attractivité du secteur industriel du fait, entre autres, d’un pourcentage élevé de troubles musculo-squelettiques. Ces affections surviennent lors de manutentions manuelles de charges, d’efforts répétitifs ou de postures contraignantes. Elles touchent les tissus mous péri-articulaires. A savoir les muscles, tendons, ligaments, nerfs, les vaisseaux sanguins ou encore les cartilages. Sept secteurs sont particulièrement touchés par ces affections, selon l’Assurance Maladie. A commencer par l’agroalimentaire où 97 % des maladies professionnelles reconnues sont liées à des TMS. Résultat, les entreprises doivent débourser plus de 77 millions d’euros de cotisation au titre des sinistres et plus de 930 000 jours de travail perdus du fait des arrêts de travail. Dans l’industrie métallurgique, 79 % des maladies professionnelles sont liées à des TMS et 92 % de ces pathologies touchent les membres supérieurs du corps. A savoir, les épaules, coudes, poignets et mains. Par ailleurs 55 % des accidents du travail dans le secteur font suite à des manutentions manuelles. Enfin plus de 2,7 millions de jours de travail sont perdus. C’est du moins ce que signale l’Assurance Maladie qui encourage les entreprises à recourir à des ergonomes pour établir un diagnostic.

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Les différentes couleurs désignent les zones soumises aux contraintes biomécaniques. © Moovency

Jumeau numérique et logiciel intelligent

Dans ce domaine, de grandes avancées technologiques ont été accomplies pour améliorer la compréhension de l’origine des TMS et individualiser la prévention. Et ce, grâce à des startups innovantes comme E-Mage-IN 3D, Moten, Matvisio et Moovency. Les solutions proposées par ces deux dernières entreprises ont pour point commun, de coupler une caméra 3D, un logiciel d’intelligence artificielle et un jumeau numérique. Il s’agit d’un clone virtuel 3D qui reproduit fidèlement, au même rythme et en temps réel les gestes et les postures de l’opérateur. Ce qui permet à ce dernier et au préventeur de visualiser à l’écran les zones de contraintes avec des codes couleurs. L’étude se fait de manière dynamique et non statique comme c’est le cas avec des outils traditionnels. Elle permet d’avoir une vision objective, quantitative et contextualisée de la situation.

Le préventeur peut ainsi individualiser la prévention en analysant les postures et en identifiant les seuils de contraintes propres à chaque poste et à chaque individu. « Grâce à notre solution, le préventeur diagnostique plus facilement l’origine biomécanique des TMS et peut aussi en anticiper le risque », fait remarquer François Morin, directeur et cofondateur de Moovency. Pour développer sa solution baptisée Kimea, l’entreprise a bénéficié d’un partenariat avec le laboratoire M2S (Mouvement Sport Santé) de l’université Rennes 2. Ce qui lui a permis d’améliorer la précision de ses outils pour capturer les mouvements et calculer ainsi l’angle articulaire des opérateurs.

Solution hébergée dans le Cloud

Créée en 2018, l’entreprise compte aujourd’hui une vingtaine de personnes réparties sur Rennes, Lille et Bordeaux. « Pour identifier les mouvements à risque, nous filmons les opérateurs pendant cinq à dix minutes, ce qui permet de cartographier plus rapidement les différents postes, d’identifier ceux qui sont le plus à risque et d’organiser des rotations entre les équipes de sorte à moins solliciter les membres les plus à risques », explique le directeur général. Sa solution est utilisée principalement dans la production de biens manufacturiers, l’agroalimentaire, ou encore la logistique. Certains clients comme le Groupe Seb l’utilisent toutes les semaines pour cartographier les postes de travail. Tandis que d’autres comme l’entreprise Faurecia y ont recours à chaque fois qu’ils font évoluer un poste afin de vérifier si le poste est bien ergonomique et qu’il ne présentera pas de risque pour l’opérateur. Depuis cette année, Moovency propose à ses clients une nouvelle version de sa solution : Kimea Cloud. Hébergée dans le Cloud, la nouvelle plateforme permet aux utilisateurs de filmer leurs opérateurs de façon non-invasive, grâce à leur smartphone ou leur tablette. Et, via la plateforme web, ils peuvent analyser et centraliser ces données afin de comparer les sites et les différents métiers entre eux.

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Le jumeau numérique reproduit les gestes et postures. © Matvisio

La visio pour prévenir les TMS

De son côté Matvisio fait aussi évoluer son offre qui associe, comme Moovency, une caméra 3D, un logiciel d’intelligence artificielle et un jumeau numérique. « Nous proposons une V2 qui se veut plus ergonomique et intuitive, indique William Houx-Plantier, PDG de l’entreprise. Créée en 2015 à Lyon, Matvisio vient d’être sélectionnée pour intégrer Prevent2Care Lab, le premier incubateur français axé sur la prévention santé. Récemment, l’entreprise a développé un module supplémentaire qui permet non seulement d’analyser les postures et contraintes des professionnels mais aussi de leur proposer des routines physiques. Il s’agit de petits exercices d’échauffement, étirement et renforcement musculaire à accomplir chaque jour en fonction de leurs contraintes biomécaniques, de leur activité professionnelle et de leur appétence pour l’activité physique. L’enjeu est de favoriser l’activité en milieu professionnel et d’éviter l’apparition de TMS. A l’origine, ce module a été développé pour les personnes en télétravail qui seront mises en visio avec un kinésithérapeute ou un préparateur physique. A charge pour ces derniers d’étudier leurs postures et de leur proposer des mouvements à accomplir en tenant compte du rapport généré par le logiciel de Matvisio. « Cette solution expérimentée au sein du groupe mutualiste Apicil peut s’appliquer aussi bien aux personnes qui travaillent dans les bureaux que dans les usines », fait valoir William Houx-Plantier le président de cette entreprise de six collaborateurs dont des spécialistes des neurosciences, de la biomécanique, et de l’informatique en environnement 3D.

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L’opérateur porte une combinaison innervée de capteurs connectés. © E-Mage In 3D

Combinaison innervée de capteurs

A la différence des solutions de Matvisio et de Moovency, TMS Studio du finistérien E-Mage-IN 3D n’utilise pas de caméra. Durant la séance consacrée à l’enregistrement des données, les opérateurs portent une combinaison en élasthanne innervée de capteurs, conçue par Armor Lux, le fabricant d’équipement de protection individuelle (EPI). Avantage de ce vêtement, il permet, selon le fabricant, de recueillir des données plus précises pour la détection d’articulations qui ne font que quelques pixels sur un écran et de suivre plus facilement l’opérateur durant ses déplacements, tout en s’affranchissant d’éventuels problèmes de luminosité. A l’instar des solutions précédemment citées, les données alimentent un jumeau numérique. « De cette façon, le préventeur va visualiser les articulations les plus sollicitées et faire ses recommandations pour améliorer le poste de travail », explique David Pliquet, président d’E-Mage-IN 3D également ingénieur en mécanique et organisation des systèmes de production. Depuis le début de l’année, l’entreprise fait évoluer son offre avec des lunettes qui vont analyser le stress des opérateurs sur leur poste de travail. Il faut savoir qu’en cas de stress, l’œil se fixe et la pupille se contracte. « En collaboration avec le centre hospitalier universitaire de Brest, nous avons développé des lunettes qui évaluent le déplacement des yeux, leur mobilité et leur diamètre pupillaire », précise David Pliquet.

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Moten Technologies utilise ses propres capteurs pour mesurer l’activité musculaire. © Moten Technologies

Mesure de l’activité musculaire

Autre approche innovante pour identifier les risques de TMS, celle de MotenTechnologies, une PME de neuf personnes dont trois ergonomes et quatre ingénieurs. Créée en 2018 par Maxime Projetti, docteur de l’école Centrale-Supelec, l’entreprise a développé ses propres capteurs pour mesurer l’activité des muscles à partir des vibrations produites lors des contractions musculaires. L’identification des risques biomécaniques est obtenue en comparant l’effort déployé lors de l’activité par rapport à l’effort maximal. Pour aller un cran plus loin, l’entreprise construit une base de données qui permettra de disposer d’un référentiel. « Nous pourrons ainsi facilement coter les postes et identifier automatiquement les situations à risques », indique Melki Andres, directeur commercial. Ses clients utilisent ce dispositif de prévention pour faire un état des lieux d’une situation avant de valider de nouvelles solutions destinées à diminuer les risques d’exposition des salariés.

Des aides de l’Assurance Maladie

Pour prévenir les TMS, l’Assurance maladie délivre des subventions aux entreprises de moins de 50 salariés. TMS Pros Action finance à hauteur de 50 % l’équipement, et ce à concurrence de 25 000 euros pour un montant minimum de 2 000 euros. « Cette subvention suppose des prérequis qui réclament l’établissement d’un diagnostic préalable et un plan d’actions établi en conséquence », souligne l’Assurance maladie qui propose une autre aide baptisée TMS Pros Diagnostic. Laquelle peut être sollicitée en amont pour soutenir la démarche. Grâce à ces subventions disponibles jusqu’au 15 novembre prochain, l’entreprise peut faire appel à un ergonome qui aidera à identifier les activités à risque et à individualiser la prévention en détectant les zones les plus sollicitées.

Eliane Kan

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