Gérer les risques
Aujourd'hui et demain

Risques industriels et environnementaux

Petit outillage : les grandes innovations pour la sécurité

Perceuses, scies, perforateurs, couteaux... les fabricants de petit outillage cherchent à réduire autant le risque d’accident, les vibrations, et l’émission de poussières que la nuisance sonore, le risque de coupure ou d’éclats.

En France, environ 8% des accidents du travail avec arrêt seraient liés à des petits outils mobiles, hors appareils de levage ou de manutention. Sur les statistiques de la Caisse nationale de l’assurance maladie des travailleurs salariés (CnamTS), la liste des outils mis en cause n’est pas facile à établir car elle figure dans deux catégories fourre-tout : « objets individuels » et « objets mécaniques ». En revanche, on peut décoder que les accidents les plus nombreux sont provoqués, dans l’ordre : par les scies, les perforateurs, les outils de coupe, de meulage puis de soudage. Seule consolation, le taux décroit depuis plusieurs années sans que la CnamTS sache vraiment à quoi l’imputer : à un meilleur usage ou bien à une amélioration de la sécurité. « D’un côté, les responsables sécurité dans les entreprises s’efforcent de réduire les risques liés à l’usage des petits outillages. De l’autre, les utilisateurs trouvent que les systèmes de sécurité génèrent souvent des pertes de temps ou des complications », expose Jean Claude Peyrot, PDG de Mure&Peyrot, une PME bordelaise spécialisé dans les lames industrielles de découpe qui produit en France 800.000 couteaux et cutters par an et consacre 20% de son chiffre d’affaires en R&D. Dans ces conditions, comment innover ?
Cette question a conduit Martor, fabricant de couteaux, lames et cutters à mettre au point un étui de ceinture qui protège les mains et le corps de tout faux mouvement de la lame. Martor pousse également la sécurité un cran plus loin. D’une part avec la SafeBox, une sorte de réservoir sécurisé pour lames usées ou émoussées qui trouve place dans n’importe quelle tenue de travail. Et d’autre part avec un conteneur que l’on peut équiper d’un accessoire de fixation sur un mur ou un tuyau, fort pratique pour retrouver le conteneur sur un chantier et décharger ainsi facilement les lames usées en toute sécurité.

Couteaux anti-piqûre. De son côté, Mure&Peyrot veut sécuriser les couteaux en les équipant d’une lame que l’on rétracte lorsqu’elle n’est plus utilisée. Le fabricant a ainsi mis au point trois niveaux de sécurité. Tout d’abord, la lame rentre au repos (couteau sécurisé). Second niveau, l’appui sur un curseur est nécessaire pour faire sortir la lame (semi sécurisé). Autre niveau, la lame se rétracte dès qu’il y a une différence de pression même si le doigt reste appuyé sur la gâchette (sécurité totale). En revanche, les lames sécables sont à proscrire car les fragments risquent de sauter et de blesser. « Par ailleurs, nous nous sommes aussi aperçus que les gants de sécurité de nos utilisateurs sont souvent anti-coupure mais jamais anti-piqûre », poursuit Jean Claude Peyrot. Fort de cette constatation, Mure&Peyrot est devenue un des rares fabricants à proposer une gamme de lames à bout arrondi. Depuis un an, la PME bordelaise innove avec des lames en plastique, bien moins dangereuses que le métal, mais tout aussi efficaces pour couper la mousse ou scarifier le pain. Le succès ne s’est pas fait attendre. Les ventes de ce couteau révolutionnaire, baptisé Pyla, atteignent déjà 5% du chiffre d’affaires de l’entreprise et progressent vite. Même s’il est plus coûteux, Alstom a adopté le Pyla pour travailler la garniture polyuréthane des TGV.

Réduire les vibrations. Autre sujet, les vibrations – qui se mesurent en m/s², c’est-à-dire en accélérations. Il faut savoir qu’un perforateur fonctionnant à 1 m/s², par exemple, transmet aux mains et aux bras de l’utilisateur 300 vibrations pendant 1 heure. Selon l’Institut national de recherche et sécurité (INRS), plus de 11% des travailleurs (environ 2 millions) utilisent des outils transmettant des vibrations aux membres supérieurs (bâtiment, métallurgie, réparation automobile…). A cet égard, la directive 2002/44/CE du 25 juin 2002, appelée aussi  »directive vibrations », a été transposée en droit français par le décret n° 2005-746 du 4 juillet 2005 relatif aux prescriptions de sécurité et de santé applicables en cas d’exposition des travailleurs aux risques dus aux vibrations mécaniques et un arrêté du 6 juillet 2005 relatif aux conditions de mesurage des vibrations. Il y est notamment indiqué que les valeurs d’exposition journalière déclenchant l’action de prévention s’établissent à 2,5 m/s² pour les vibrations transmises aux mains et aux bras et à 0,5 m/s² pour les vibrations transmises à l’ensemble du corps. Quant aux valeurs limites d’exposition (VLE), elles sont de 5 m/s² pour les vibrations transmises aux mains et aux bras et de 1,15 m/s² pour les vibrations transmises à l’ensemble du corps.
C’est sur la VLE que se sont basés, par exemple, les ingénieurs du centre de recherche du fabricant Makita pour le dernier né de ses perforateurs, le HR 4013C sorti début 2014, limite la vibration à 5 m/s² – contre 8 m/s² dans la précédente génération. « La sécurité est au cœur de nos démarches, elle va de pair avec le respect des normes mis en place afin de réduire les risques », affirme Patrick Berrivin, adjoint au DG de Makita France. Résultat, ce perforateur peut donc être utilisé plus longtemps à moindre risque. La partie motrice et la mécanique de frappe sont rendues indépendantes de la poignée qui est également recouverte d’un revêtement isolant.

Le perforateur HR 4013C est spécialement équilibré pour réduire
les forces transmises au système main-bras des utilisateurs. Doté
d’un système antisi-simique de plots d’équilibrages, il vibre à 5 m/s².
© Makita
Le perforateur HR 4013C est spécialement équilibré pour réduire
les forces transmises au système main-bras des utilisateurs. Doté
d’un système antisi-simique de plots d’équilibrages, il vibre à 5 m/s².
© Makita

Pour sa part, Bosch a également sorti en début d’année un nouveau marteau-perforateur, le GBH36V-EC Compact. Il s’agit d’un outil électroportatif équipé d’un système anti-vibration à la fois compact, ergonomique et léger (2,9 kilos) de manière à être utilisé dans des positions même inconfortables. Ce nouveau produit embarque un moteur sans charbon qui améliore sa durée de vie. Autre point fort, sa batterie lithium 36 volts 2A est équipée d’un système  »cool Pack » qui évite à l’appareil de surchauffer. Ce nouveau marteau-perforateur sans fil s’adresse aux artisans qui réalisent de petits travaux d’intérieurs et extérieurs. Voilà pourquoi sa batterie est interchangeable. En fonction des besoins, l’outil accepte un ampérage d’1,3 A ou 2,6 A ou encore 4A pour prolonger l’autonomie.

Innovation : 3 à 5 ans de R&D. Autre progrès en sécurité, Makita étend son système anti-redémarrage et d’arrêt immédiat à sa nouvelle meuleuse GA 5041C01 qui sort en juillet 2014. « C’est utile pour réduire les risques dus à la rotation terminale du disque après arrêt », précise Patrick Berrivin. A côté de cela, Makita améliore les systèmes d’aspiration des poussières avec la technique cyclonique et des branchements adaptables facilement sur ses burineurs et scies circulaires. Généralement, ces améliorations de la sécurité se font à coût constant. Comme chez Dewalt qui préfère regrouper son offre dédiée à la sécurité au travail sous un label commun baptisé  »Perform and Protect ». À la clef : réduction des vibrations, aspiration des poussières, équilibrage du moteur (répartition des forces et du couple). « Pour qu’un produit soit labellisé, ses performances en sécurité doivent être supérieures de 20% à celles de la moyenne de la concurrence, détaille Clément Lay, chef de produit Dewalt. Et généralement, il faut 3 à 5 ans de développement pour sortir un produit innovant. »
C’est le cas du marteau perforateur D25603k sorti fin 2013. Ce concentré d’innovation est doté du SDS max pour le changement rapide et sécurisé des mèches de gros diamètre (norme Bosch), d’un débrayage électronique en cas de blocage, d’une poignée anti-vibration de type AVC (Active Vibration Control) recouverte d’un caoutchouc absorbant et d’un système à masselottes sur ressorts à 3 axes pour réduire le taux de vibration. L’utilisateur n’a plus qu’à adapter le couple de la machine selon le matériau à forer. Autre tendance : depuis l’an dernier, toutes les meuleuses de 125 mm de chez Dewalt sont dotées d’un carter d’aspiration pour évacuer les particules produites lors du polissage du béton. Elles sont aussi équipées d’un interrupteur  »homme mort » (arrêt en cas d’absence de pression sur la gâchette), d’un anti-redémarrage et d’un frein électronique.
Hubert d’Erceville

Me marteau-perforateur D25603k.
© Dewalt
Me marteau-perforateur D25603k.
© Dewalt

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