Gérer les risques
Aujourd'hui et demain

Risques industriels et environnementaux

Stockage des produits inflammables | Une sécurité très renforcée

Souci majeur des responsables de la sécurité incendie, la conservation des matériaux, liquides, et produits inflammables répond à des règles drastiques issues d’une législation très technique. Le nombre de matières concernées et leurs différences ne simplifient pas la tâche, multipliant les textes et obligations, au sein d’un univers en mutation permanente.

Qu’est ce qu’un produit inflammable ? Comment le définit-on, comment le classe-t-on, quelles sont ses normes, sa dangerosité, quelles obligations sécuritaires génère-t-il ? Les questions abondent dès que l’on aborde cette thématique tant est vaste le domaine, tant sont nombreuses les connexions possibles entre les matières concernées, tant se multiplient les règlements les régissant. Certains produits chimiques sont inflammables, d’autres non, tandis que d’autres denrées dangereuses par leur manipulation ou leur conservation ne le sont pas en matière d’incendie, etc. La jungle des lois, arrêtés, textes, aussi bien nationaux qu’européens, est tellement opaque et complexe que chaque famille de produit dépend, en tant que telle, de ses propres obligations. En clair, il vaut mieux, lorsque l’on aborde l’une ou l’autre de ces spécialités, se référer aux textes particuliers la concernant, auxquels vont d’ailleurs s’ajouter les règlements internes de l’entreprise, la réglementation générale contre l’incendie, etc.
On comprendra aisément que les carburants ne doivent pas se stocker comme l’eau minérale, que les composants chimiques doivent, pour leur conservation, observer les précautions les plus strictes, et qu’il faut tenir compte de plusieurs éléments annexes, de la température à l’isolation, de la cohabitation entre certains produits, de leur seuil d’inflammabilité à leur densité, de leur contenant à leur évaporation, etc.

La signalétique
Il s’agit, selon les termes du législateur, d’indiquer un produit ou déchet
dangereux pouvant provoquer des effets nocifs pour l’homme
et son environnement. Ces produits sont identifiables par une signalétique
simple à retenir, mise en évidence par un étiquetage sous forme
de pictogramme noir sur fond orange. Les directives européennes sont
à la base de cette obligation, qui se complète par des indications
spécifiques, notamment pour le transport de ces matières.

Côté classification, les législateurs ont défini le « point éclair » et la « température d’ébullition » pour cataloguer les produits, selon leur degré d’inflammabilité. C’est le cas des liquides inflammables, qualifiés ainsi car pouvant, à des températures proches de la température ambiante, s’enflammer en présence d’une source d’ignition (étincelle, flamme, etc.) Leur dangerosité a été définie de F1 à F6 (du plus ou moins) avec, pour la première, un point éclair inférieur à 21 °C – comme l’essence ou l’acétone –, la seconde, de 21 à 55 °C – pétrole, formol –, la troisième, de 55 à 100 – huile de chauffage –, puis F4 pour les huiles, F5 pour les difficiles à enflammer, comme les hydrocarbures halogénés. Enfin F6 pour les ininflammables comme l’eau.
Une directive (67.548/CEE) définit l’inflammabilité sur ces critères, en qualifiant de « inflammable » puis « facilement inflammable » jusqu’à « extrêmement inflammable » substances et préparations.
Face à ces dangers, il est donc impératif de s’intéresser au stockage des produits, comme à leur transport ou leur manipulation. D’autant plus que les conditions de stockage peuvent parfois accentuer la dangerosité – ainsi de la conservation de produits facilement inflammables au frigo qui augmente le risque par l’ignition possible venue du déclenchement de la lumière à l’ouverture ou de la mise en route du thermostat –, tandis que d’autres méthodes de conservation peuvent, elles aussi, provoquer des incidents. La composition du récipient ou de la cuve est également à prendre en compte – on préférera, par exemple, utiliser des bidons en matériau non conducteur dès que l’on envisage un transvasement –, et on s’attachera à l’observation des risques de décharges électrostatiques.
Dans cette optique, seront pris en compte l’importance des besoins de protection, en rapport avec la taille du site, de l’entreprise, ou de la dangerosité des produits, ainsi que les possibilités d’atteinte à l’environnement ou la sécurité des personnes. L’arsenal mis en place par les industriels et acteurs de la lutte contre l’incendie est suffisamment varié pour apporter des solutions à tous les cas, entre armoires spéciales, locaux équipés, alarmes, bassins de rétention, contenant divers, au cœur d’une stratégie adaptée à chaque utilisateur de produits dangereux et – ou – inflammables.

Des armoires très spéciales

Des armoires ont été mises au point par une poignée de fabricants européens, afin d’alimenter un marché relativement restreint, notamment en France. Ces produits répondent aux exigences de leurs clients, en rapport avec les spécificités de chacun, leur activité et la diversité des produits qu’ils utilisent. C’est le cas chez Asecos, entreprise allemande fondée en 1994, leader européen affichant à son dernier catalogue 53 sortes de meubles différents et 236 variétés particulières. Une de ses récentes productions (qui sont destinées à des revendeurs-distributeurs) étant la « Pegasus », armoire de sécurité dite « intelligente » préfigurant parfaitement ce que devrait être l’avenir de ce secteur. Unité de haute sécurité au confort ergonomique, et aux portes battantes, elle répond, dans le moindre détail, aux exigences des législations de la communauté. Elle est suivie de la toute dernière trouvaille des techniciens maison, la Q-Line, présentée comme la nouvelle génération d’armoires antifeu. Idéale pour le stockage des liquides inflammables, elle se révèle déplaçable via un simple transpalette, et se décline en différents modèles dans plusieurs tailles.
« Nous évoluons cependant sur un marché restreint, analyse Philippe Kouache, directeur général de la société. Les armoires de sécurité, résistantes au feu, c’est pour nous, sur la France, quelques dizaines d’unités vendues par an, soit un CA de 2,5 M€, ce qui est peu. Une modicité qui doit beaucoup à l’absence de règlements pointus en la matière, contrairement à ce qui se passe en Allemagne où les ventes progressent constamment grâce aux obligations mises en place. En fait, le marché européen est beaucoup plus important, de l’ordre de 40 M€ annuel. Nos armoires sont des produits de stockage interne, destinées aux locaux industriels ou commerciaux, et nous commercialisons en parallèle des bacs et cuves de rétention, récipients de sécurité, et accessoires dédiés. »
Ce qui n’exclue pas une activité pérenne en matière de recherche, comme le prouve la diversité des dernières productions Asecos. L’évolution actuelle s’oriente vers la fiabilité et l’ergonomie des armoires, ainsi que leur facilité d’utilisation, comme le confirme le service commercial de Rot Incendie, spécialiste de la protection passive, proposant dans sa gamme ce même type de matériel (800 unités vendues par an sur le territoire).
« Nos armoires de protection sont destinées à des magasins ou des industries, explique la responsable, et sont faites pour protéger les solvants ou tout autre produit présentant des dangers d’incendie. Nous y avons incorporé des systèmes d’extinction se déclenchant à l’intérieur du meuble après dépassement d’une température calculée en fonction des matières qu’il recèle. Nous avons aussi mis au point des contenants dédiés aux gondoles de la grande distribution, protégeant les liquides comme le pétrole et autres solvants. Mais notre panel client est vaste, allant des hôpitaux aux laboratoires, bien que nous soyons principalement des fabricants revendant à des distributeurs… »
A l’égal de son confrère Asecos, Rot développe sa propre unité R&D afin d’améliorer sa production, confirmant une évolution identique vers l’efficacité et la présentation. Les ingénieurs maison sont à l’écoute permanente de la clientèle, qui permet de faire progresser par ses remarques et ses expériences la conception des produits. Sont ainsi étudiés à la loupe les matériaux composant les armoires, les systèmes de déclenchement d’extinction, les facilités d’emploi, l’adaptation aux nouvelles matières.

Le « Point Eclair »
Il désigne la température à laquelle un liquide est inflammable. Ainsi, tout liquide pouvant former des vapeurs inflammables avec l’air à une température égale ou inférieure à 55 °C – point éclair inférieur à 55 °C – doit être considéré comme inflammable.
Lorsque la température est supérieure à celle du point éclair, la tension des vapeurs des liquides inflammables et combustibles est suffisante pour permettre la formation de vapeurs-airs inflammables générant un risque d’incendie ou d’explosion. Ces mélanges sont ainsi susceptibles de s’enflammer en présence d’une source d’énergie suffisante, qui peut être une flamme nue, une étincelle électrique, une surface chaude, ou autre.
Les mélanges vapeurs-airs sont plus denses que l’air et peuvent donc se déposer au niveau du sol, s’accumuler dans les parties basses, augmentant ainsi les risques explosifs. Toute la surface mouillée par le liquide prend feu en développant une puissance importante, amplifiée par un manque de renouvellement de l’air ambiant.

Cuves et cuvettes

Un tanker d’essence, c’est une bombe à retardement que pas un responsable de sécurité ne pourrait prendre à la légère. Le béotien le moins informé cernera immédiatement les dangers représentés par des dizaines, voire des centaines de milliers, de litres de carburant stockés dans un énorme récipient cylindrique posé à tous vents. Il en sera de même pour tout autre produit chimique, volatil ou non, dangereux dans sa composition ou inoffensif, conservé dans une cuve à l’intérieur d’un bâtiment industriel, quel qu’il soit. Sans oublier les paramètres très particuliers du stockage des alcools, des liquides industriels, des déchets et autres occupants de bassins de rétention ou de réservoirs divers.
La dangerosité du produit fait du stockage d’hydrocarbures une pratique ultra-réglementée, gérée par les arrêtés du 21 mars 1968, deux fois modifié, et du 1er juillet 2004, du moins pour les quantités n’excèdent pas les 50 m3. Au-delà, la réglementation « Installations classées » s’imposera. Les produits pétroliers (gas-oil, fuel, huiles) doivent être stockés dans des réservoirs qui peuvent être ordinaires ou dits de sécurité renforcée, en acier, ou en plastique doublé de verre, en béton etc. Les normes applicables sont nombreuses dans la catégorie M88 (940-512-513-516-552-514) ou EN (14015-13341-976/1-976/2).

Le lieu d’implantation de ces stockages est pris en compte ainsi que sa structure – réservoir enterré ou non ? – et va fortement influencer sa composition. Les non enterrés en plein air doivent être pourvus d’une seconde enveloppe étanche, ou placés dans un bac de rétention étanche. Des distances obligatoires doivent les séparer des habitations en regard de leur capacité (de 0 mètre pour les moins de 2,5 m3 à 10 mètres pour les 49 m3). Lorsque le réservoir non enterré est installé en rez-de-chaussée ou en sous-sol d’un bâtiment, d’autres impératifs ont été établis, comme un plan maçonné pour les recevoir, une fixation solide, une enveloppe résistant au feu, (ou une cuvette de rétention incombustible) tandis que doivent être pris en compte les paramètres d’espace, de pose de conduites alentour – eau, gaz, EDF – et que, dans tous les cas, au-delà de 2,5 m3, il faut un local spécifique pour le recevoir (portes ouvrant vers l’extérieur, murs, planchers, plafond avec résistance au feu, installation électrique NEC 15-100).
Le stockage enterré est tout aussi encadré, pouvant être placé aussi bien en dehors que dedans, dans des fosses aux normes très élaborées. Ce qui l’entoure, sable, terre, est également défini, ainsi que le passage de canalisations à proximité, tandis que sera observée la composition de la structure (type ordinaire en fosse ou sécurité renforcée).
Les alcools font, quant à eux, l’objet d’autres règlements pour leur stockage, selon leur destination, qui peut-être agricole, industrielle, commerciale. Les chais, les distilleries, les entrepôts, le type d’alcool en tant que tel, sont pris en compte à travers plusieurs législations complexes, qui s’ajoutent parfois à celles des ERP ou des sites industriels. On évoquera pour mémoire ce qui est en train de se dessiner dans le secteur du Cognac, dont la grande majorité des installations était encore en cœur de ville jusqu’à ces dernières années, et qui, l’une après l’autre, sont obligées de déménager pour des raisons sécuritaires liées à l’incendie et à l’explosion.

Le cas des hôpitaux

Etablissements recevant du public (ERP) – particulièrement sensibles –, les établissements hospitaliers publics et privés sont concernés, pour ce qui est des produits inflammables et de leur stockage, par l’arrêté du 23 mai 1989, en tant qu’établissements de type U du premier groupe. On y ajoutera l’arrêté du 30 avril 1994, relatif à la déclaration, la classification, l’emballage et l’étiquetage des substances. Leurs locaux, à risques particuliers, sont plus ou moins sensibles en la matière, entre cuisines, services de radiologie, blocs opératoires, certains, comme les laboratoires de pharmacie ou des unités de soins, pouvant conserver des liquides inflammables. Quant aux matières inflammables, telles que le linge sale ou propre, les déchets, les papiers, on les trouve dans les lingeries, archives, sites de traitement, incinérateur, etc. Ceci amène à des limites de quantité pouvant être stockées en regard du cubage métrique du local en question, mais aussi, par rapport au nombre de personnes pouvant y avoir accès, à une signalétique renforcée des produits, de leurs étiquettes et de leurs emballages. On retiendra également les spécificités de certaines substances, présentant des dangerosités particulières liées à leur composition, et les points éclairs atypiques de quelques autres. (16 °C pour l’Hibisprint, 23 °C pour le Manugel ou le Phisomain, etc.). Il y aura donc une surveillance très précise du stockage effectué dans des armoires ou locaux sécurisés, du contrôle des quantités, de leur pérennisation, de leur emploi.
Les salles à vocation de recherche sont très encadrées à cet effet : les quantités acceptables de liquides inflammables doivent rester inférieures à deux jours de fonctionnement tandis que le laboratoire doit entreposer ces derniers dans des conditions précises, notamment sur leur volume : pas plus de 1 000 litres de liquide de 1re catégorie intra-muros, et en extérieur, dans une annexe isolée, au-delà de cette quantité. Si ces liquides doivent, pour des raisons scientifiques et pratiques, rester à portée de main des laborantins, on les réservera dans des placards ventilés ou des armoires adaptées, situés obligatoirement sous les sorbonnes (c’est ce que l’on nomme des lieux de stockage intermédiaire).

Une protection passive efficace

Armoires, cuves, récipients protégés sont autant d’éléments de protection passive contre l’incendie, secteur, selon la définition officielle, qui englobe les techniques et moyens matériels mis en œuvre pour limiter les effets d’un feu déclaré. Il s’agit dans la plupart des cas d’une protection préventive, qui sera un élément de la lutte contre les incendies, mais qui sera bien évidemment insuffisante pour agir avec une efficacité maximale. Elle devra se compléter par une protection active, curative, visant à secourir les victimes et à éteindre les feux.
Néanmoins, par ses structures – évoquées dans cet article, comme les armoires et réservoirs – elle assure des missions de résistance au feu dans un temps déterminé, permettant à l’ouvrage, qu’elle protège, de tenir en attendant l’arrivée des secours. Elle évite la propagation des flammes, stoppe la progression des fumées, maintien les éléments de la structure en bon état, durant un certain temps. Son objectif est simple : fonctionner sans intervention humaine ni apport extérieur d’énergie, durant les instants les plus sensibles du déclenchement d’un sinistre.
Les moyens mis en œuvre pour assurer cette tâche indispensable sont purement affaire de structures et de matériaux, principalement dans le cas des stockages de matières inflammables, de liquides chimiques dangereux, de produits explosifs. Ils peuvent aussi être tout simplement tirés du bon sens, de la prudence et de la connaissance. On ne conserve pas n’importe où, en n’importe quel lieu ou local de l’essence, des acides, et autres adjuvants, pas plus qu’on ne les fait cohabiter sans réflexion. On l’a vu dans l’affaire AZF et l’explosion qui bouleversa Toulouse à l’automne 2011 puisque, d’après l’enquête officielle, la proximité ou le mélange de deux produits antagonistes serait à l’origine du drame. C’est peut-être dans cet exemple qu’il faudrait évoquer le tout premier élément d’une protection passive efficace, qui veut que, en matière de stockage, l’amateurisme ne soit pas de mise.

Les installations classées
Trois catégories d’installations classées ont été définies par une loi en 1917, visant à moderniser des dispositifs antérieurs. Elle sont toujours d’actualité, concernant : les installations soumises à déclaration, celles soumises à autorisation, et celles à éloigner des habitations pour leur dangerosité (devenues depuis AS).
En 1953, une nomenclature des installations classées est créée, renforcée en 1976 par une nouvelle loi concernant l’environnement et sa protection. Un travail de refonte des textes sera ensuite lancé, prenant en compte les subtilités du droit européen et ses avatars. Elle aboutira en 2000 à la rédaction du Code de l’environnement.

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