Gérer les risques
Aujourd'hui et demain

Risques industriels et environnementaux

Naissance d’un aéroport à moindres risques

Le futur grand aéroport du Limousin sera inauguré dans quelques mois entre Brive et Souillac. Ultra-moderne dans son concept, il bénéficiera en matière de sécurité des toutes dernières technologies.

« En matière d’aéronautique et d’infrastructures correspondantes, le risque zéro n’existe pas, mais les équipements modernes de sécurité en permettent une limitation maximale.. »

Directeur de ce qui sera prochainement le second grand aéroport du Limousin, Dany Blanchet se veut lucide quant à la sécurité d’une structure dont l’ouverture est annoncée pour juin 2010. Portée par un Syndicat Mixte, la réalisation est en cours de finition, après neuf mois de travaux et 48,7 M€ dépensés. Objectif du projet, lancé en 2007 par différents décideurs économiques et politiques : doter le deuxième pôle économique de la région d’un aéroport à sa mesure, sans pour autant concurrencer d’autres plateformes et principalement Limoges-Bellegarde.

Trois départements en bénéficieront : la Corrèze, la Dordogne et le Lot, ainsi que leurs régions administratives (Limousin, Aquitaine, Midi-Pyrénées, clientèle visée, le monde des affaires et de l’entreprise, mais aussi le tourisme particulièrement actif sur ce territoire, terre de migration pour Hollandais et Britanniques fortunés. 125.000 passagers par an sont espérés avec l’apport d’une première ligne low-cost vers l’Angleterre dès l’ouverture, suivie d’une seconde un an plus tard. Ce chiffre mettra cependant un certain temps à se confirmer, les prévisions pour les six premiers mois étant plus modestes : 24.000 passagers entre juin et décembre 2010.

La zone de chalandise a été définie par les stratèges commerciaux de l’équipe dirigeante : 30 km alentour, allant du nord du Lot à l’ouest de la Dordogne, desservant l’export comme l’import. L’un répond au désenclavement des entreprises et à la circulation des mouvements d’affaires, l’autre au tourisme et aux résidents étrangers.

« De nombreux britanniques habitent la région, détaille le directeur, et ont donc des besoins de circulation entre la région et leur pays d’origine. C’est pourquoi nous espérons beaucoup dans l’arrivée d’une compagnie low-cost qui n’est pas encore choisie, mais qui fait l’objet de transactions en cours. Ces compagnies ont des exigences sécuritaires, qui vont du contrôle aérien à celui des passagers, des personnels comme les pompiers aux équipements nécessaires à l’atterrissage comme au décollage.. Nous serons outillés pour leur répondre. »

Une police bien faite

Aéroport à label international malgré sa taille modeste, Brive-Souillac aura fait ou fera l’objet de trois paraphes ministériels pour devenir une réalité : l’Intérieur, l’Immigration, les Transports. Le premier désignera un Préfet coordinateur (vraisemblablement celui de la Corrèze) auquel seront confiés tous les pouvoirs de Police. Un arrêté fixera toutes les règles, pour l’aviation civile, la police de l’air, les douanes, la gendarmerie. Ce même arrêté précisera également les agréments donnés aux entreprises appelées à travailler sur le site, comme les taxis ou les sociétés privées de surveillance.

Un poste frontière sera ouvert sous contrôle du second ministère, avec la création de nouveaux emplois, le troisième devant donner son imprimatur pour le fonctionnement des installations. C’est à ce dernier que reviendront les phases de tests divers, concernant les différentes structures, avant qu’il ne signe ses propres arrêtés.

« Tous ces acteurs jouent un rôle majeur en matière de prévention des risques à différents niveaux, analyse le dirigeant. La sécurité est en quelque sorte leur point commun, que ce soit celle des personnes et des biens, ou celle des bâtiments, des appareils, des structures annexes, etc.. Brive-Souillac aura des moyens de protection et de surveillance identiques à tous les aéroports, mais en proportion de ses besoins. Présence policière intra muros, surveillance par des entreprises dédiées de son périmètre, bureau de douane et de PAF. Bien entendu, les équipements modernes sont prévus, appareils de détection, portiques, etc.. »

La sûreté sera affaire d’hommes et de structures. Gestion des flux, que ce soit les personnes ou les marchandises, zones réservées, filtrage des individus amenés à circuler sur les tarmacs comme dans les locaux les plus divers, définition des places de parking des avions selon leur emploi, forment un catalogue non exhaustif des missions confiées aux employés. L’aviation dite commerciale – donc véhiculant des passagers – fera l’objet d’une surveillance accrue, sans que ne soit délaissée pour autant l’aviation d’entreprise.

« Nous avons une idée des outils qui nous seront attribués, explique Dany Blanchet. Détection EDS (scanner permettant d’analyser les bagages sans les ouvrir), tapis d’acheminement des valises et autres colis, portiques, espaces de réception et d’accueil. Notre souci est d’utiliser au mieux l’ensemble de ces process en gênant le moins possible les intéressés. Le nombre d’agents présents – fonctionnaires de police, vigiles privés, sera en regard de l’importance des arrivées. Il est évident que le débarquement d’un A320 nécessite plus de monde à sa réception qu’un petit appareil de tourisme. Nos équipes seront donc évolutives. »

Environnement et nuisances

Brive-Souillac aura fait l’objet de nombreuses études environnementales, à différents niveaux. Que ce soit en matière d’eau – respect de la nappe phréatique, consommation, évacuation des eaux usées – mais aussi d’architecture et de choix de son emplacement. Le site choisi, Nepouls-Cressensac, à 15 mn au sud de Brive par l’A20, répondait à ces critères, les inquiétudes des riverains étant prises en compte dans tous les domaines. Ainsi du bruit, régit par un plan d’exposition spécifique, défini par un arrêté préfectoral, qui sera limité dans sa durée quotidienne : aucun vol de nuit ne sera programmé, aucun vol de fret envisagé (le tissu économique local est insuffisant pour qu’une activité de ce genre soit pérenne). Les responsables de la SEM dirigeante ont même envisagé des mesures de protection et de conservation d’un papillon local « L’Azuré du Serpolet » menacé de disparition.

Scénario catastrophe

Le pire pouvant survenir à tout moment, sans que l’on puisse tenir compte des paramètres de lieu ou de taille, le futur aéroport aura les moyens techniques et humains pour y faire face. Des pompiers professionnels, utilisant du matériel de dernière génération et des véhicules adaptés seront présents en permanence aux heures d’ouverture (Brive Souillac sera fermé la nuit). Ce qui n’empêchera pas le maintien nocturne d’une équipe réduite de surveillance, travaillant en symbiose avec les agents de sécurité.

« En cas de crash, ou d’évènement dramatique grave, nous pouvons également compter sur les appuis extérieurs, rappelle le dirigeant. Le SDIS 19 a son siège à une vingtaine de minutes d’ici, les pompiers de Brive à un quart d’heure, la gendarmerie à quelques tours de roue. Tous ces professionnels très bien équipés ont déjà intégré dans leurs cartons des scénarii d’intervention, comme c’est le cas de tout établissement répertorié sensible. Les directives à ce sujet sont d’ailleurs très précises, placées sous la responsabilité première du Préfet, et les plans prévisionnels indiquent clairement les tâches de chaque service… »

Le niveau d’intervention de ces services sont en rapport avec le trafic : ainsi sont prévus différents degrés, entre l’arrivée d’un simple aéronef de moins de cinquante places et celle d’un Boeing 737 low-cost. Dans le premier cas sera positionné un simple camion avec un équipage restreint, dans le second plusieurs véhicules et une équipe complète de pompiers. Cette modularité des secours évolue en rapport avec le calendrier, les journées presque vides d’activité et les week-ends surchargés.

Tout les matériels d’incendie défendant Brive-Souillac sont déjà en place, en attente dans des locaux terminés. Leurs compétences d’intervention viseront aussi bien un simple petit Cessna de tourisme qu’un A321 ou un B757, atterrissant sur une piste longue de 2100 mètres sur 45 de large. Une réserve de terrain de trois cents mètres à son extrémité permettra au besoin de l’agrandir dans l’avenir, afin de recevoir des porteurs plus importants.

« Nous avons souhaité anticiper sur le développement, dévoile Dany Blanchet, en nous collant au plus près aux réalités du trafic. Nous nous sommes laissés une marge, sans pour autant nous surdimensionner, tout en nous octroyant les moyens de travailler ».

Le budget sécuritaire n’est pas pour autant défini, puisque des appels d’offre sont en cours vers des sociétés civiles de surveillance, et d’autres intervenants. A ce niveau, les responsables espèrent bien arriver à faire jouer la concurrence afin de limiter ses coûts en la matière, tout en apportant aux passagers le maximum de garanties.

Brive-Souillac en chiffres

– 20 ans de réflexions et études diverses

– 20 procédures préalables à la construction engagées.

– 5 ans de travaux

– 2,8 millions de m3 de terrassements

– 200 ha de foncier

– 13 partenaires financiers

– 7 vols quotidiens dont 3 sur Paris annoncés dès 2011

– Environ 45 emplois en 2010, 60 en 2012.

– 16 500 mouvements annuels d’aéronefs de toutes tailles.

Tests et mesures

Une fois la construction terminée, l’aéroport connaîtra quelques semaines d’essais à tous les niveaux de son activité. Atterrissages, décollages, approches en vol sont programmés, afin de vérifier le bon état des outils techniques mis en place, et celui des installations. Premiers coups d’ailes annoncés pour le 15 mars 2010, avec trois mois pour se mettre aux normes et améliorer si besoin les procédures.

Toutes ces opérations se feront sous le contrôle rigoureux du STAC (Service Technique de l’Aviation Civile) dépendant depuis 2005 de la DGAC, elle-même rattachée au Ministère des Transports. Cet organisme à compétence nationale intervient dans de nombreux domaines, et de multiples missions, concernant aussi bien les installations que la sûreté ou l’environnement. Il aura donc à vérifier et approuver tout ce qui constituera le fonctionnement de la plateforme Corrézienne, du contrôle des accès à celui des passagers et bagages, des équipements qu’il aura à certifier, à la sécurité globale et générale.

Le STAC aura de fait été présent dès la première ébauche du projet, validant les études préalables, surveillant l’application des normes internationales. Autre objet de ses attentions, la mise en place du système de gestion de la sécurité, qui vise, via l’installation de processus structurés et ordonnés, à garantir l’ensemble de la sécurité sur l’aéroport.

« Tout aura été réfléchi à tous les niveaux, confirme Dany Blanchet. Que ce soit pour l’incendie, les évacuations rapides, les problèmes sécuritaires, les règlements ERP, les accès, les portes, etc.. Un aéroport est un lieu sensible, qui ne peut se construire n’importe comment, et nous avons pensé à Brive, en compagnie des gens de l’aviation civile, à tous les incidents ou accidents pouvant arriver, que ce soit dans le domaine structurel, dans les équipements, les hommes, etc.

Classement des aéroports français

En regard de son nombre de passagers espérés, Brive Souillac fera partie des aéroports régionaux secondaires. Il y en avait 51 répertoriés sur le territoire en 2000, desservant des villes d’importance petite et moyenne. Mais avec ses 100 000 passagers annoncés, la structure corrézienne se retrouvera dans la sous classe des aéroports régionaux intermédiaires (de 100 000 à 500 000) au même titre d’ailleurs que son concurrent virtuel Limoges-Bellegarde qui accueille 400 000 passagers/an. Cependant, Brive pourrait aussi se retrouver en « petit aéroport régional » pour peu qu’il n’atteigne pas sa première limite.

Sa dénomination est en classe « C » : aptitude à recevoir des vols commerciaux de distances courtes et moyennes, ce qui n’influe par ailleurs absolument pas sur les équipements. Ces derniers seront au top niveau : ILS et autres aides à l’atterrissage, avec les moyens techniques permettant une circulation tous temps.

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