Gérer les risques
Aujourd'hui et demain

Sûreté et sécurité

Métiers de la sécurité : les intégrateurs et distributeurs dans la course à la valeur ajoutée

La mise en œuvre des technologies de la sécurité s’oriente vers la Smart & Safe City. Du coup, intégrateurs et distributeurs mettent leurs compétences en interaction pour décloisonner les services urbains.

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Engie Solutions dispose de deux Living Labs urbains et compte en ouvrir bientôt trois autres. © Engie Solutions

Avec l’accélération de l’innovation technologique, intégrateurs et distributeurs de systèmes de sécurité élargissent et enrichissent leurs missions et compétences. Pour leur part, les intégrateurs d’envergure nationale propulsent délibérément la sécurité-sûreté dans la sphère des Smart & Safe Cities. Forts de leurs services de recherche et développement, certains ont ainsi développé des hyperviseurs ainsi que des Livings Labs. À savoir des laboratoires qui leur permettent de démontrer à l’échelle d’un quartier comment fonctionne la Smart & Safe City. En grandeur réelle.

Corrélation et transversalité

En témoigne Pascal Agostini, responsable de projets nationaux chez Engie Solutions : « Mobilité douce, éclairage public, santé, qualité de l’air, traitement des déchets, sécurité-sûreté… Dans le cadre de marchés publics à l’échelle d’une ville, on nous demande de mettre tous ces services en interaction. Dans nos missions de conception, réalisation et maintenance, l’idée, c’est d’innover le plus possible. Les maîtres mots sont corrélation et transversalité. »

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Laurent Verlaguet est directeur de la marque Expercité chez Eiffage Énergie Systèmes. © Expercité

Des Livings Labs pour coconstruire la Smart & Safe City

« De l’urbaniste de systèmes d’information jusqu’au Data Scientist, les compétences des macro-intégrateurs se sont considérablement élargies », développe Dominique Legrand, président de l’Association nationale pour la vidéoprotection (AN2V). À tel point que leurs clients sont loin d’identifier l’ampleur de leurs capacités. D’où l’intérêt de bâtir des Living Labs, à savoir des laboratoires pour expérimenter les technologies innovantes en grandeur réelle. « Nous en avons un à Montpellier (34) et un autre à Nanterre (92), précise Laurent Verlaguet, directeur de la marque Expercité chez Eiffage Énergie Systèmes. Nous y déployons en conditions réelles les solutions que nous proposons à nos clients et prospects. Surtout, nous les testons très en amont du marché. » Bien sûr bon nombre de ces solutions proviennent de fabricants établis, d’éditeurs de logiciels et de start-up qui démarrent. L’art de l’intégrateur étant de les orchestrer dans un ensemble cohérent, solide et résiliant.

Étudier les scénarios du déconfinement

« Nous avons un Living Lab à Lieux-Saint (77) et un autre à Vitrolle (13). Et nous allons en ouvrir bientôt d’autres à Roubaix (59), à Baugy (18), à Nanterre, annonce Pascal Agostini. Nous y coconstruisons de nouveaux environnement avec nos clients. » En l’occurrence, Engie Solutions étudie actuellement des scénarios pour mettre en œuvre la distanciation sociale dans le cadre du déconfinement. Comment détecter que les usagers portent leur masque dans les transports en commun ? Sinon comment agir ? Faut-il faire de la pédagogie ou de la sanction ? Avec quels messages vocaux s’adresser aux contrevenants ? Comment les contextualiser ? Peut-on automatiser certaines tâches ? Telles sont les questions que posent les collectivités.

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Pascal Agostini, responsable de projets nationaux chez Engie Solutions. © Engie Solutions

Caméras de vidéoprotection : des capteurs pour la transversalité

Concrètement, les données issues d’un service urbain vont de plus en plus enrichir les autres. Prenons les données de la fréquentation des véhicules sur la voirie : nombre, vitesses moyennes, classification de véhicules (légers, privés, véhicules utilitaires légers, poids lourds, bus, cars, trams). Ces données aident à prévoir les futurs travaux de réaménagement de la voirie. Elles servent aussi à mesurer le succès des pistes cyclables à l’annonce du déconfinement. De même, l’éclairage public sert la sécurité. Si un secteur tombe en panne, la caméra de vidéoprotection en remontera l’anormalité. « La caméra est un formidable capteur qui sert la transversalité de la Smart & Safe City », reprend Pascal Agostini.

Décloisonner les services

« Mobilités, navettes autonomes, stationnement dynamique, cadre de vie, éclairage public, feu tricolore, mobilier urbain, sûreté-sécurité… Le digital s’essaime dans toutes ces activités urbaines. Du coup, nos missions évoluent car nous ne pouvons plus raisonner qu’en termes de Smart & Safe City, souligne Laurent Verlaguet. Et, grâce à l’hypervision, nous faisons converger toutes ces activités. Ainsi l’offre de services urbains connaît-elle une profonde rationalisation qui décloisonne les usages. Par ailleurs, ce décloisonnement bénéficie de la mutualisation des réseaux informatiques urbains. En fait, l’hypervision permet de faire plus avec autant. »

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Sous la marque Expercité, Eiffage Énergie Systèmes a développé un hyperviseur qui décloisonne les services urbains.
© Expercité

Les hyperviseurs au cœur de la transformation numérique

Une chose est sûre. La demande des municipalités a poussé les macro-intégrateurs à se différencier grâce à leurs hyperviseurs. « Nous faisons affaire avec certaines villes en commençant par moderniser leur éclairage public ou la gestion de la mobilité. Pas forcément avec la sécurité », confie Laurent Verlague. Tel est l’intérêt des hyperviseurs : répondre à la préoccupation immédiate de la collectivité en proposant un chef d’orchestre électronique. Par la suite, celui-ci pourra, peu à peu, intégrer la synchronisation à tous les autres services urbains. Dans cet esprit, le centre de supervision urbain devient un élément clé. « C’est un vrai centre de pilotage », insiste Pascal Agostini. À cet égard, Engie Solutions a développé son propre hyperviseur, Livin’. Associé à un puissant un outil d’intégration de chez Talend, celui-ci permet aux différents superviseurs métier de dialoguer entre eux.

La personnalité d’abord

Du côté des distributeurs, les compétences sont sans cesse remises en cause. « C’est la personnalité qui prévaut. Nous ne mettons pas de seuil avec un diplôme. La première compétence, c’est la capacité à évoluer dans le métier grâce à la veille et à la formation interne, fait valoir Sébastien Gilbert, responsable technique du distributeur Tracor Europe. Nous l’avons vécu nous-mêmes lorsque nous sommes passés de distributeur informatique à distributeur de système de sécurité ! Nous avons évolué sans faire d’études supérieures supplémentaires. Il nous a fallu apprendre sur le tas. » Bien sûr les formations chez les fabricants sont indispensables. « Nos salariés ont toutes les certifications techniques des constructeurs que nous distribuons. C’est un véritable effort », renchérit Catherine Dalle, co-gérante de Tracor Europe.

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En tant que distributeur, Tracor Europe est avant tout un logisticien bien organisé.
© Tracor Europe

Compétences : un niveau en constante augmentation

Chevilles ouvrières de la transformation digitale des villes, les hyperviseurs – et les superviseurs qu’ils fédèrent – s’appuient sur les réseaux. « Nous avons des spécialistes réseaux. Ils travaillent sur les règles de routage et de sécurité, les réseaux privés virtuels (VPN). Ainsi que sur les sous-réseaux en fonction des applications de sécurité : vidéosurveillance, contrôle d’accès, détection d’intrusion, interphonie, objets connectés », détaille Serge Gravis, DG de Trafic Transport Sécurité. Cet intégrateur édite des superviseurs et des hyperviseurs généralistes ou dédiés à la sécurisation de projets d’autoroutes ou de tunnels. Lesquels sont en cours de certification CSPN (1) auprès de l’ANSSI (2). « À cela, nous ajoutons la compétence en cybersécurité des systèmes de sécurité. Les accès à tous les équipements de sécurité sont cryptés. Les bases de données des accès sont également cryptées. De plus nous rajoutons des identifiants uniques à chaque session d’accès », poursuit Serge Gravis.

Large palette de compétences chez les intégrateurs

Chez les grands intégrateurs, la palette des compétences est bien sûr la plus large. Outre les chefs de projets, les urbanistes de systèmes d’information sont au cœur du métier d’intégrateur. En effet, ils doivent maîtriser les architectures orientées service et les outils d’intégration (ESB, API, ETL…). « Ajoutons les experts en réseaux IP, MPLS, LoRA, SigFox, fibre optique, 4G et 5G, insiste Pascal Agostini. Sans oublier les compétences en stockage, en Cloud et en design (UX/UI) pour rendre les applications ergonomiques et soulager la charge mentale des agents de sécurité. »

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L’intégrateur Trafic Transport Sécurité édite des superviseurs et des hyperviseurs qui sont en cours de certification CSPN auprès de l’ANSSI.
© TTS

Timide percée de l’intelligence artificielle

Concernant l’intelligence artificielle (IA), intégrateurs et distributeurs la développent rarement. « Nous intégrons l’IA mais nous n’en concevons pas les algorithmes », confirme Laurent Verlaguet. Cependant, les Data Scientists sont à l’œuvre pour analyser la donnée. « Notamment pour anticiper les pics de pollution, de congestion et d’insécurité dans la ville », remarque Pascal Agostini. « L’IA est de pus en plus présente à bord des caméras. On parle d’auto-calibrage et d’auto-apprentissage. Du coup, il y a moins de murs d’images dans les PC de sécurité. Un smartphone peut parfois suffire. On ne fait apparaître que l’image d’alerte » souligne Sébastien Gilbert.

Développement attendu de la compétence juridique

Face à la complexité technologique croissante de la Smart & Safe City, la compétence juridique a des chances de se développer : « Nous avons été assez sollicités avec la mise en place de la vidéosurveillance. Les clients ignoraient les réglementations qui se sont sophistiquées. Notre intervention était surtout pédagogique, insiste Nicolas Dalle, responsable administratif et financier de Tracor Europe. Aujourd’hui, le RGPD (3) conduit à s’interroger sur la gestion des données personnelles. Si les grosses sociétés ont toute un DPO (4), ce n’est pas le cas des sociétés plus petites. »

Erick Haehnsen

(1) Certification de sécurité de premier niveau

(2) Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information

(3) Règlement européen général pour la protection des données personnelles

(4) Data Protection Officier, responsable de la protection des données

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