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Le marché des drones voit son avenir dans les applications spécialisées

Selon le cabinet d’analyse Wavestone, le marché mondial du drone passera de 1,6 milliard de dollars en 2015 – dont 49 % en Amérique du Nord, 29 % en Europe et 18 % en Asie-Pacifique – à 42,8 milliards en 2025. Durant la même décennie, le marché français devrait suivre une courbe analogue bondissant de 100 à 461 millions d’euros. Selon une étude de Drone Industry Insights (DII) d’octobre 2021, les trois leaders mondiaux du drone sont le chinois DJI (n°1), le français Parrot (n°2) et le chinois XAG (n°3).

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Doté d’une caméra 48 Mpix et d’une connexion 4G, l’Anafi Ai est léger, robuste et facile à utiliser. © Parrot

Suprématie chinoise

« DJI reste le leader incontesté des fabricants de drones commerciaux en 2021, avec une part de marché mondiale estimée entre 70 % et 80 %. D’autres, cependant, sont des fournisseurs plus spécialisés, fournissant des solutions professionnelles à des industries comme l’énergie et la construction, rapporte DII. Parrot semble toutefois être une exception. L’entreprise a été classée n°2 malgré ces années difficiles marquées par des licenciements de personnel et une baisse continue des ventes. Mais il reste l’un des fabricants de drones les plus importants au monde. » Comme beaucoup d’autres fabricants, le groupe français (voir encadré) profite des opportunités qu’offre le marché américain pour proposer des produits aux entités gouvernementales, comme l’armée américaine afin de remplacer les produits de DJI.

À la troisième place, XAG, un autre fabricant de drones chinois, a initialement développé des drones grand public. Mais le groupe se concentre dorénavant sur les drones agricoles. Après avoir introduit des drones de dépoussiérage des cultures en 2013, il possède maintenant plus de la moitié du marché chinois des drones agricoles. Sur les 40 premiers fabricants mondiaux de drones commerciaux, onze entreprises sont originaires de Chine. Reste que la France rêve de transformer l’essai Parrot. Une ambition qui conduit la filière à renforcer sa structuration. En témoignent le Cluster Drones Atlantique à Nantes, le pôle Aerospace Valley basé en Nouvelle-Aquitaine et en Occitanie ainsi que le Cluster Drones Paris-Région et le Hub Drones du pôle de compétitivité Systematic Paris-Région.

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CESA Drones permet aux acteurs du drone d’Aerospace Valley de tester leurs engins dans un espace protégé. © CESA Drones

Un grand équipement de test dans le sud…

Avec 809 membres – dont 592 PME et plus de 1 000 projets labellisés -, Aerospace Valley fait figure de poids lourd européen de la filière aérospatiale sur les segments de l’aéronautique, du spatial et du drone. Dont 38 acteurs du drone comme Aerix Systems, Aérocial, Aeronefs Services, Agenium, Akeros, Airnova, CGX Aero, Delair, Diodon, Drone Up, Drone X Solution, Hionos, i-Tech Drone, Lynxdrone, Microdrones, Skydrone Robotics, Sunbirds ou Thales. Le cluster accompagne les entreprises durant les différentes phases d’un projet : l’émergence, le financement public, la labellisation, le financement privé, le montage de la start-up et les projets européens. Concernant les drones, Aerospace Valley dispose à Mérignac, près de Bordeaux, du Centre d’essais et de services sur les systèmes autonomes, le CESA Drones, issu d’une collaboration entre la technopole Bordeaux Technowest, la DGAC, le Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine et le ministère de la défense. Cet équipement permet aux entreprises de développer et évaluer leurs produits dans un environnement adapté. Fort de trois zones d’essais en vols au Camp militaire de Souge, CESA Drone fournit des infrastructures de vol et des services intégrés pour systèmes autonomes en conformité avec la réglementation française.

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Le Cluster Drones Paris-Région bénéficie d’un espace de vol de 300 ha. © Cluster Drones Paris-Région

et un autre en Île-de-France

Même philosophie pour le Cluster Drones Paris-Région qui cherche à rapprocher de l’écosystème des drones professionnel les marchés : applicatifs, comme l’inspection d’ouvrages, de bâtiments, d’infrastructures (pipe-lines, réseaux électriques ou ferroviaires), la sécurité-sûreté (surveillance de site), la logistique (transport de marchandises) et les systèmes anti-drone. À Brétigny-sur-Orge (Essonne), le Cluster Drones Paris-Région bénéficie d’un espace de vol de 300 ha, le plus grand d’Île-de-France créé par la Direction générale de l’aviation civile (DGAC) sous l’appellation LFR 333. De quoi réaliser 2 000 heures par an de vols expérimentaux, vols spécifiques et démonstrations clients. Quant au Hub Drones de Systematic, dirigé par Morgan Bertin, directeur Digital ATC & UTM Services chez Thales, il s’inscrit dans la dynamique du Cluster Drones. « En tant que pôle européen des Deep Tech, Systematic mobilise en continu son écosystème sur tous les marchés d’avenir pour la France et pour le territoire francilien. Les drones en font partie », explique Jean-Luc Beylat, président de Systematic. Le Hub Drones rassemble une cinquantaine d’acteurs (start-up, PME et grands groupes industriels, académiques, institutionnels) parmi lesquels figurent des organisations emblématiques comme Uavia (plateforme pour connecter les drones au Cloud), Drones Center, Aeraccess, CDSI ou encore l’Université d’Evry, l’Office national d’études et de recherches aérospatiales (Onera), le CEA mais aussi Thales, Safran, Engie ou encore CS Group.

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Le drone Hercules 20 de Drone Volt. © Drone Volt

Drone Volt vers les secteurs industriels à valeur ajoutée

Une chose est sûre : le marché a tendance à se segmenter en une myriade d’applications. « Nous enregistrons une demande croissante en matière de sécurité-sûreté, inspection d’infrastructures et lutte contre le feu. Notamment de la part de Services départementaux d’incendie et de secours (SDIS) pour repérer les départs de feu, confie Marc Courcelle, directeur général de Drone Volt, créé en 2011, qui emploie 38 salariés et réalise un chiffre d’affaires de 8,6 millions d’euros. Mais le drone sert aussi à des fins de surveillance stationnaire lors d’accidents importants ou de grandes catastrophes. Une fois déployé à partir d’une valise, il filme la zone et envoie les images aux services de secours et sécurité pour qu’ils puissent analyser la situation et prendre leurs décisions rapidement. »

Dans le sillage de la gamme Hercules qu’elle conçoit et fabrique et la gamme de sa filiale néerlandaise Altura Zenith qu’elle fabrique aussi, Drone Volt, cotée sur Euronext Growth depuis 2015, poursuit son développement au profit des secteurs de l’industrie, de l’énergie et du portuaire, avec notamment le lancement de nouvelles solutions dédiées à l’inspection industrielle et à la détection. Drone Volt a ainsi signé un accord pour industrialiser un drone d’inspection des lignes électriques à haute tension alors qu’elles sont sous tension… Une prouesse ! Dans la foulée, Drone Volt a lancé l’Heliplane LRS, un drone hybride VTOL (Vertical Take-off and Landing) qui décolle et atterrit verticalement comme un drone mais vole comme un avion. Pour un poids total de 4,6 kg à 7,4 kg, selon les versions, ce transportable dans une caisse vole de 110 à 2120 minutes peut parcourir jusqu’à 300 km et résister à des vents de 40 km/h (pour la version 340).

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La solution Skeyetech sur un site pétrochimique. © Azur Drones

Azur Drones parmi les leaders du drone autonome résident

De son côté, Azur Drones, créée en 2012, compte parmi les leaders du drone autonome résident avec sa solution Skeyetech. Azur Drones vient d’annoncer une nouvelle levée de fonds de près de 8 millions d’euros afin de soutenir son développement sur l’année 2022. Menée auprès d’un investisseur privé français, cette levée porte le total de capitaux accumulés à près de 38 millions d’euros. Objectif : diversifier les usages du drone autonome, initialement développé pour des applications de surveillance. Depuis son lancement il y a trois ans, Skeyetech remplit des missions critiques sur des sites industriels de Total Energies, Orano, le Port de Dunkerque, Oiltanking…

De prestigieuses références clients dues à une stratégie très progressive : « Après l’analyse des besoins du client, la phase de démonstration et de tests conduit, généralement, à adopter nos technologies avant de les généraliser sur plusieurs sites au travers d’un contrat cadre », décortique Nicolas Billecocq, DG d’Azur Drones qui emploie 65 salariés à Mérignac, Paris et Dubaï.« À la suite, d’une alerte, on augmente l’intensité de l’information car, en s’élevant dans les airs, le drone supprime des points morts, poursuit Nicolas Billecocq. Les clients peuvent donc supprimer un certain nombre de caméras vidéo fixes et les compléter par un tandem radars-drone, par exemple. »

Connectés à des VMS du marché comme ceux de Genetec et de Milestone, les agents déclenchent à partir du PC de sécu, préalablement formés par Azur Drones, des rondes autonomes de sécurité ou agissent sur alerte. Résultat, ces machines résidentes sortent 15 à 20 fois par jour. « À force de les voir, les métiers les adoptent pour des missions de plus en plus spécifiques. Notamment pour des inspections environnementales », remarque Nicolas Billecocq. La société élargit ses applications par exemple à la photogrammétrie pour un acteur majeur du secteur nucléaire ainsi qu’à la détection de radioactivité dans le secteur minier, en exclusivité mondiale avec Avnir Energy. Une solution récompensée fin 2021 aux World Nuclear Exhibition Awards.

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La station d’accueil pour le drone de la solution ISS Spotter. © Delta Drone

Delta Drone intègre une société de sécurité privée

Comme ses confrères, Delta Drone, créée en 2011 à Dardilly près de Lyon, déploie la panoplie complète des prestations d’un fabricant de drones, de la conception jusqu’au déploiement, la formation et la maintenance sur site. « Le drone de surveillance est en position innovante sur le marché traditionnel de la sécurité privée, ancré sur la sécurité humaine, analyse Laurent Rozewicz, directeur des opérations ISS Spotter chez Delta Drone qui, selon la version, combine un drone automatique et station d’accueil ou bien un drone filaire. Nous parvenons à nous rendre indispensables en nous basant sur l’analyse globale du risque de sécurité. L’idée, c’est d’améliorer l’efficacité humaine en utilisant un drone, comme un maître-chien avec son animal. » Autrement dit, la demande est là… mais elle est difficile à transformer en projets d’intégration de solutions innovantes.

Du coup, le fabricant rhodanien de drones, qui réalise un chiffre d’affaires de 17 millions d’euros en 2021 et emploie 600 salariés, pousse le raisonnement un cran plus loin en se positionnant comme un fournisseur de sécurité globale. À cet égard, Delta Drone a finalisé en juin 2021 le rachat de la société de sécurité privée ATM Group SRA dont il détenait déjà 65 %. Laquelle réalisait un chiffre d’affaires de 10 millions d’euros. En décembre dernier, l’activité s’est rebaptisée Delta Drone Human Tech symbolisant la sécurité globale, humaine et technologique. Est-ce la voie d’avenir ? « Il est trop tôt pour mesurer les effets de cette stratégie, reconnaît Laurent Rozewicz. Mais les clients se rendent compte que nous avons compris leurs besoins. Du coup, ils relativisent les difficultés et les coûts de la mise en place de solutions technologiques pour se laisser convaincre par la collaboration homme-machine. »

Erick Haehnsen

 

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Chris Roberts, directeur commercial et marketing de Parrot. © Parrot

« Nous nous basons sur une plateforme Open Source pour faciliter l’intégration d’applications tierces »

Interview de Chris Roberts, directeur commercial et marketing de Parrot Drones SAS.

Quelles sont les activités de Parrot dans le domaine professionnel de la sécurité et de la lutte contre l’incendie ?

Nous avons conçu et développé Anafi USA et Anafi Ai, une gamme innovante de micro-drones faciles à utiliser, dotés d’une connectivité 4G. Ces micro-drones servent à la sécurité publique, aux services de secours et à la défense. Grâce à un déploiement rapide, ils facilitent la recherche et le sauvetage des victimes, l’évaluation de la situation, les enquêtes médico-légales… Ils embarquent des systèmes d’imagerie RVB et thermique avancés ainsi qu’une interface Homme-Machine intuitive.

Quels en sont les « plus » technologiques ?

Nos investissements en R&D portent, entre autres, sur l’ergonomie du logiciel de pilotage FreeFlight. Par sa forme très compacte, le drone est à la fois léger et robuste. Ensuite, nous avons un niveau de sécurité très élevé. Les données sont dans un coffre-fort numérique. De plus, aucune donnée n’est partagée par défaut. Nous respectons le RGPD. À cet égard, nos serveurs basés en Europe. De plus, Parrot soutient fortement la communauté des logiciels libre avec une plateforme Open Source très complète (sol, air, application et simulateur) pour intégrer les applications issues de développeurs tiers. Ce qui permet de créer des logiciels professionnels dédiés à des missions professionnelles spécifiques. Cet écosystème étendu élargit l’utilisation de drones professionnels.

Quels sont les leviers de Parrot pour développer son marché en Europe et en France ?

Notre stratégie vise à développer les secteurs verticaux à l’échelle mondiale. Dans le cadre de l’évolution vers une orientation 100 % drones professionnels, nous avons mis en place un certain nombre de programmes pour aider nos équipes déployées localement, spécifiquement axés sur la sécurité publique, la défense, les premiers intervenants, les entreprises, le gouvernement, l’inspection et les secteurs de la construction. Ces programmes (Tech Day, prêt aux entreprises, appel d’offres, accès anticipé…) permettent à nos prospects d’expérimenter directement nos solutions dans leur dans leur environnement quotidien.

Propos recueillis par Erick Haehnsen


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