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Selon l’Inserm, plus il fait chaud, plus les suicides augmentent

Des chercheurs de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) ont analysé l’ensemble des décès en France depuis 49 ans. En les corrélant avec la température, ils ont remarqué que la mortalité évoluait en fonction des hausses et des baisses de chaleur. Quant aux suicides, ils augmenteraient fortement en cas de canicule.

Et si la chaleur pouvait être une cause de suicide ? Qu’on le croit ou non, il semblerait que la température joue un rôle dans la mortalité et notamment dans les causes d’un passage à l’acte. Pour le prouver, des chercheurs de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) ont réalisé une vaste étude au sein de l’Institut pour l’avancée des biosciences à Grenoble. Étudiant plus de 24,4 millions de décès sur 49 ans, les scientifiques ont cherché à corréler les relations entre température et mortalité selon les causes médicales, et pour quelles causes de décès l’effet des températures chaudes est le plus important. 

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Selon l’Inserm, la chaleur impacte la mortalité et notamment le taux de suicides. © Inserm / Adobe Stock

Une relation en U

Il s’agit de déterminer l’impact de la température sur la mortalité grâce à ce que les chercheurs appellent une « relation en U ». C’est-à-dire que la mortalité augmente à court terme en fonction de températures plus chaudes ou plus froides. 

Une période de 49 ans

Pour confirmer cette relation en U, les chercheurs ont passé au crible l’ensemble des décès survenus en France sur une période de 49 ans. Si l’évolution selon les variations de température a été confirmée, l’étude constate une exception est en ce qui concerne la mortalité par suicide : celle-ci croît régulièrement à mesure que la température augmente, sans pour autant augmenter en cas de températures froides. 

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Association température-risque relatif de mortalité sur la période 1968-2016. © Inserm

24,4 millions de décès étudiés

Publiée dans l’American Journal of Epidemiology, l’étude s’est appuyée sur le registre des causes médicales de décès de l’Inserm (CépiDc), qui dispose d’un recul permettant de remonter jusqu’à 1968. Au total, 24,4 millions de décès ont été enregistrés sur 49 ans, dont plus de 502 000 par suicide. Ensuite, les scientifiques ont croisé le nombre de décès dans chaque région avec les températures quotidiennes tout au long de la période d’observation. 

Une chaîne causale multifactorielle

« Nous n’observons ici qu’une des toutes dernières étapes d’une longue et complexe chaîne causale multifactorielle menant au décès », tient à préciser Rémy Slama, responsable de l’étude et directeur de recherche à l’Inserm.

La chaleur impacte le système nerveux

Dans le détail de cette relation en U, les chercheurs remarquent un taux de mortalité au plus bas en cas de température moyenne, autour de 20°C. Puis, les décès augmentent à mesure que les températures varient au-dessus et en dessous de 20°C. Parmi les dix causes de décès les plus fortement liées à la chaleur, quatre implique le système nerveux : les troubles mentaux et comportementaux, les maladies du système nerveux, les maladies cérébrovasculaires et le suicide.

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Association température-mortalité des décès par suicide sur la période 1968-2016 © Inserm

Des températures plus fortes le jour du suicide

En ce qui concerne la mortalité par suicide, elle augmente seulement lorsque les températures sont en hausse. Quant au lien entre chaleur et suicide, l’association la plus forte se situe en cas de température encore plus forte le jour du décès. Il s’agit donc d’une association à très court terme.

Comprendre les mécanismes sous-jacents

« L’étude ne visait pas à expliquer les ressorts de cette adaptation, mais on peut faire l’hypothèse qu’elle est essentiellement sociétale, passant par l’amélioration de l’habitat ou du système de santé plutôt que par une évolution biologique, a priori très lente, explique Rémy Slama. Pour creuser ces résultats, il serait intéressant d’étudier des paramètres biologiques qui permettraient de comprendre les mécanismes sous-jacents permettant d’expliquer ce lien entre température et suicide. »

Une altération des systèmes endocriniens et nerveux

Parmi les hypothèses avancées pour expliquer ce phénomène, les chercheurs songent à la modification des relations sociales quand les températures sont très élevées, ce qui pourrait influencer le passage à un acte suicidaire. Par ailleurs, sur le plan biologique, il pourrait s’agir d’une altération du fonctionnement des systèmes endocriniens et nerveux en cas de grande chaleur. 

Une baisse de la sérotonine

« Des travaux indiquent notamment une tendance à la baisse des niveaux de l’hormone sérotonine quand la température est élevée. Or un niveau abaissé de sérotonine, neuromédiateur impliqué dans la régulation de l’humeur et de l’anxiété, pourrait être impliqué dans le passage à l’acte suicidaire », conclut le directeur de recherche.

Des campagnes de prévention

Pour conclure, l’étude suggère que l’association entre la température et le risque de suicide pourrait faire l’objet de campagnes de prévention en cas de canicule. En toile de fond, elle soulève de nombreuses questions en termes d’impact du changement climatique sur la mortalité, et de la capacité des sociétés à s’adapter aux températures extrêmes.

Ségolène Kahn

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