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Sécurité dans les établissements scolaires : le gouvernement veut prévenir et surveiller

Si la prévention, la formation et l’organisation des interventions pour lutter contre la délinquance dans les établissements scolaires restent à l’ordre du jour, le ministère de l’Intérieur veut également – dans certains établissements – s’appuyer sur la vidéosurveillance pour lutter contre la délinquance...

Mercredi 23 septembre, Luc Chatel, ministre de l’Education nationale, et Brice Hortefeux, ministre de l’Intérieur, ont présenté le plan d’action visant à la sécurisation des établissements scolaires : leur action commune a dont été formalisée à travers la signature d’une circulaire et d’une convention spécifiques.

Principaux objectifs de ce plan : prévenir les situations de violence, former les personnels et organiser les conditions d’intervention.

Prévenir, former et organiser

Pour sécuriser les établissements scolaires, l’action concertée des ministères concernés s’organisera autour de trois axes :

– Prévenir les situations de violences.

– Former les personnels.

-Organiser les conditions d’intervention.

Dans les faits, les actions engagées en matière de prévention seront issues des préconisations des diagnostics de sécurité des établissements les plus exposés aux intrusions et violences, lesquels seront réalisés au cours de l’année 2009-2010. En outre, des incriminations seront créées pour réprimer de manière spécifique les intrusions non autorisées et les introductions d’armes en milieu scolaire.

En ce qui concerne la formation, une convention de partenariat est signée entre l’Esen (Ecole supérieure de l’Education nationale) et l’Inhes (Institut national des hautes études de la sécurité) pour un plan de formation des personnels d’encadrement (personnels des établissements les plus exposés, formateurs académiques, responsables des équipes mobiles de sécurité). Les formations à la sécurisation des établissements seront assurées dans les académies (14 000 personnels de direction dans le cadre de la formation continue, information des policiers et gendarmes référents).

Enfin, dernier volet de ce plan d’action : l’intervention. Cette mission reposera, en partie, sur des équipes pluridisciplinaires de 20 à 50 personnes par académie dirigées par un « conseiller sécurité » placé auprès du recteur. Elles auront à remplir trois types de missions : informer et prévenir en amont pour réduire les tensions, intervenir immédiatement en cas d’incident grave, protéger les personnes et les biens par une présence continue. A noter qu’une circulaire spécifique * viendra préciser les missions des équipes mobiles de sécurité qui seront installées dans toutes les académies avant la fin de l’année 2009.

Les chiffres clés de la violence en milieu scolaire 2008-2009 *

Les chiffres démontrent une stabilité de la violence en milieu scolaire mais des formes nouvelles et préoccupantes de la violence apparaissent.

> 10,5 : c’est le nombre moyen d’incidents graves déclarés pour 1 000 élèves du second degré.

> 80,6 % des incidents graves sont des atteintes aux personnes (dont violences physiques pour 38,8 %).

> 6,3 % des incidents graves sont des atteintes à la sécurité des établissements (dont port d’arme blanche pour 2,2 %).

> 14,8 % des auteurs d’incidents graves sont extérieurs à l’établissement.

Source : système d’information et de vigilance sur la sécurité scolaire.

La vidéosurveillance sera renforcée

Ce plan d’action va également s’appuyer sur un important programme d’équipements en caméras de vidéosurveillance d’ici 2010 aux abords de 100 à 110 établissements scolaires (134 selon certaines sources). Selon le ministre de l’Intérieur, « la vidéoprotection ce n’est pas épier, c’est protéger. […] Ces caméras servent à prévenir et à s‘assurer de la transparence pour éviter toute polémique lors des interventions de police et de gendarmerie.

A l’annonce de cet important programme, les professionnels de la vidéosurveillance se sont réjoui (d’autant qu’il y a quelques semaines le ministère avait aussi annoncé sa volonté de co-financer le déploiement de caméras dans 75 villes). L’effet d’annonce passé, ils ont toutefois volontiers reconnu que ce marché – qui financièrement parlant ne pèsera pas très lourd – leur pose souvent plus de problèmes que d’autres secteurs d’activités (cf. encadré : Le point de vue d’un fabricant : Axis Communications).

 

* > Pour consulter la Circulaire relative à la sécurisation des établissements scolaires et au suivi de la délinquance 

« Un marché difficile qui relève d’une volonté forte de l’Etat »

Pour Philippe Benard, ingénieur technico-commercial chez Axis Communications, qui connaît très bien le marché des établissements scolaires et ses problématiques particulières, l’annonce du gouvernement ne sera suivie d’effets que si l’Etat en fait un axe majeur de sa politique de sécurité nationale.

 

« Le marché des établissements scolaires est difficile. Pas tant du point de vue technique que de ses aspects sociaux et politiques. Il n’est pas rare, pour des raisons politiques ou sociales (changement de majorité, pression des syndicats, des parents d’élèves, etc.),  de voir tomber à l’eau des marchés alors que les constructeurs avaient répondu aux appels d’offres, que le choix du matériel était finalisé et que les travaux allaient commencer. Par ailleurs, il ne faut pas présenter la vidéosurveillance dans les établissements scolaires comme la panacée. Elle n’est qu’un outil mis à disposition du chef d’établissement et des équipes pour prévenir les débordements et les problèmes. A quoi bon installer des caméras si c’est pour se contenter de constater un vol, des dégradations et n’interpeller les individus que 48 heures après les faits. Une installation bien conçue de vidéosurveillance dans un collège ou un lycée doit permettre au responsable d’être alerté en amont d’une possibilité de problème grave ou de débordement afin que des actions de prévention et de répression soient engagées avant que les faits ne s’aggravent. On peut imaginer que les caméras soient associées à d’autres systèmes permettant d’analyser la situation et de prendre les mesures adéquates. Autre souci : les budgets. Il est bien beau d’annoncer un vaste plan mais les budgets sont soumis à de tels aléas au niveau régional qu’ils ne permettent pas toujours de réaliser une installation digne de ce nom. A mon sens, pour que ce plan soit réellement suivi d’effets, il faut que le gouvernement et les pouvoirs publics inscrivent ce programme dans un chantier plus vaste de lutte contre la délinquance et le présentent comme un axe fort de leur politique de protection des biens et des personnes au niveau national afin que ce projet ne soit plus soumis aux aléas locaux.»

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