Gérer les risques
Aujourd'hui et demain

Risques industriels et environnementaux

Protection périmétrique | Assembler les barrières

De l'infrarouge à l'hyperfréquence en passant par le laser ou encore les câbles et barrières intelligents, le responsable de sécurité en charge de la périmétrie extérieure d'un site sensible ne doit jamais se fier à une seule technologie. Au contraire, il a intérêt à les employer toutes... à bon escient.

« A vue de nez, le marché français de la protection périmétrique pèse 50 millions d’euros », lance Jésus Jimenez, dirigeant de Prodatec, fabricant français de systèmes infrarouges et hyperfréquences. Née il y a une trentaine d’année avec l’installation des premières centrales nucléaires, cette branche de la sûreté, visant à détecter un intrus à l’extérieur de locaux sensibles, a  »bénéficié »… des attentats du 11 septembre. Lesquels ont contribué à redonner des couleurs au marché. Toutefois, dans un contexte économique difficile, ceux qui décident de s’équiper recherchent avant tout le meilleur rapport qualité/prix. Or, l’installation d’une protection périmétrique est coûteuse. « Entre 50 et 300 euros le mètre linéaire protégé », souligne Yves Monneret, président de Sorhea, fabricant français d’équipements de barrières périmétriques multitechnologiques. « En plus, chaque technologie a ses points forts… et ses points faibles. » Du coup, mieux vaut donc multiplier les types de protection. A l’heure actuelle, la grande tendance en matière de barrières multitechnologiques consiste à associer aux grillages, clôtures et autres barrières physiques déjà existantes, des barrières virtuelles. Avec deux technologies phares, à savoir l’infrarouge et les hyperfréquences.

Infrarouge

La technologie la plus plébiscitée par le marché est l’infrarouge actif. Il s’agit d’un système de colonnes, de hauteur variable (de 1 m à 3 m), fonctionnant par deux, installées face à face et dotées de cellules photosensibles. A savoir, des émetteurs de type diode d’un coté et des récepteurs de l’autre. « Chaque émetteur génère un faisceau infrarouge réceptionné par la cellule d’en face, de manière à créer un  »fil virtuel » invisible à l’œil nu », souligne Bernard Taillade, président d’Hymatom, un fabricant de barrières multitechnologiques. Pour garantir la stabilité des colonnes, celles-ci sont ancrées dans le sol et doublées d’une enveloppe de protection afin de résister à la puissance des vents violents. Reste à multiplier le nombre de faisceaux sur la colonne pour gagner en efficacité. Le faisceau supplémentaire coûte environ 200 euros pièce, émetteur et récepteur inclus. Hymatom a remplacé les récepteurs par un jeu de miroirs, plus économiques, qui renvoient les faisceaux vers la double lentille d’une caméra (lire l’encadré). En cas d’intrusion, les cellules donnent l’alerte et la centrale prévient le responsable de la sécurité. Celui-ci peut alors se connecter, même à distance. « Auparavant, les équipements fonctionnaient en réseau local. Désormais, ils sont connectés à Internet, via le réseau IP [Internet Protocol NDLR] », explique Yves Monneret.

Hyperfréquence et laser

Le principe est à peu près le même concernant la barrière hyperfréquence, l’autre solution phare du marché. En revanche, il ne s’agit plus de déployer un mur lumineux mais une barrière radio. Là encore, émetteurs et récepteurs se font face et l’alerte est donnée lorsque la liaison est coupée. « Cette technologie est notamment capable de dresser un mur virtuel sur plus de 200 mètres alors qu’il est impossible de garantir la précision d’une barrière infrarouge sur plus de 100 mètres », reprend Yves Monneret.
« Reste que l’hyperfréquence possède un défaut de taille. » A savoir, l’épaisseur du champ radio qu’elle génère, fin aux extrémités mais très important au milieu. « Un véritable  »No man’s land » de 4 à 6 mètres de large… » En pratique, l’espace de détection prend la forme d’un ballon de rugby. Ce qui rend la zone infréquentable par des intrus mais également par les exploitants, sous peine de générer des alarmes… Moins connues, des alternatives existent. Citons les rideaux laser, une technologie qui consiste à balayer une zone à l’aide d’un faisceau laser et à analyser le signal de retour. Très fiable, notamment parce qu’elle offre un paramétrage précis de la zone de détection, cette solution reste toutefois l’une des plus coûteuses en termes de maintenance…

Le logiciel de vidéodétection, un outsider capable de séduire le marché
Le marché de la vidéodétection s’est accru depuis cinq ans, remettant en selle
le rêve d’une solution entièrement automatique. Désormais, même les plus gros
acteurs du marché de l’infrarouge ne peuvent plus passer à coté. « La pièce
maîtresse d’une installation de vidéodétection, c’est l’algorithme d’analyse
d’images », explique Laurent Assouly, directeur marketing d’Evitech, éditeur
français du logiciel de détection vidéo Jaguar. « L’algorithme doit distinguer
le décor, qui bouge à vitesse réduite, de l’intrus qui est également
en mouvement. » Concrètement, le logiciel créé des polygones à l’intérieur
de l’image et détecte automatiquement les objets qui pénètrent ces champs
avant de leur attribuer des caractéristiques, de type forme et mouvement.
Objectif : donner l’alerte sans générer de fausses alarmes.

Double technologie

D’une manière générale, l’hyperfréquence possède de gros avantages par rapport à l’infrarouge. Par exemple, l’insensibilité au brouillard alors que l’infrarouge ne fonctionne plus dès que le faisceau est masqué par la brume. Du coup, les fabricants ajoutent de l’hyperfréquence dans les colonnes infrarouges (lire l’encadré) pour contrecarrer la météo. Afin de combler également les creux et les bosses que les faisceaux infrarouges ne peuvent pas atteindre, au pied des colonnes sont installés des modules hyperfréquence visant à détecter un intrus même s’il essaie de ramper sous la barrière infrarouge. Ces modules embarqués sont généralement des systèmes dénués d’émetteurs, appelés « antennes à effet Doppler », des systèmes hyperfréquences moins puissants que leurs aînés (dotés du couple émetteur/récepteur) mais plus mobiles. L’infrarouge possède également une variante de ce type, à savoir un récepteur passif uniquement capable de repérer les modifications de chaleur face à lui, afin de donner l’alerte. D’autres systèmes hyperfréquences sans émetteur ont vu le jour, tels que des câbles de détection enterrés dans le sol. Principe : le moindre mouvement à la surface génère instantanément une alerte. Par ailleurs, des systèmes double-technologie existent combinant capteur infrarouge passif et antenne Doppler.

La double technologie contre le brouillard
Comme des yeux humains, si
le capteur infrarouge ne « voit »
rien, la détection est impossible.
En cas de brouillard, le récepteur
infrarouge peut en déduire
qu’un intrus est dans le passage.
Heureusement, Prodatec,
fabricant français de barrières
infrarouges, remédie à ce problème. « Lorsqu’une diminution progressive du signal est repérée sur une cellule, le système vérifie les autres. Si l’anomalie est constatée suivant la même progression par tous les capteurs, c’est qu’il y a du brouillard », explique Jésus Jimenez, président de Prodatec. L’alarme n’est donc pas déclenchée. Cependant, la protection devient caduque. Du coup, le fabricant rajoute dans ses colonnes de l’hyperfréquence qui prend alors le relais lorsque les faisceaux infrarouges sont perturbés.

Triple technologie

Que les demandeurs de protection périmétriques optent pour de l’infrarouge, de l’hyperfréquence ou pour un mélange des deux, il n’est pas rare que des caméras de surveillance soient associées, en plus, à la protection. Des caméras installées en « enfilade » s’observent alors mutuellement tout en surveillant les barrières virtuelles. Reste à choisir la caméra : traditionnelle, infrarouge ou thermique. La première, la moins coûteuse (entre 300 et 500 euros par caméra, hors coût d’installation) offre une visibilité sur 130 m, à condition d’être installée dans un environnement lumineux, comme par exemple en milieu urbain. Pour protéger une zone industrielle de nuit, la seconde solution consiste à s’équiper de caméras infrarouges. L’appareil, vendu près de 200 euros de plus que les caméras traditionnelles, envoie un faisceau de lumière invisible à l’œil nu sur une distance de 50 m, provoquant des réfractions qui lui donnent une meilleur visibilité. Dernière solution : les caméras thermiques, capables d’enregistrer une image jusqu’à 500 m dans n’importe quelle condition de luminosité. Tout objet dont la température interne est supérieure au zéro absolu, à savoir -273 °C, émet naturellement un rayonnement de chaleur. Du coup, la caméra capte et cartographie ces émissions qu’il vente, pleuve ou neige… Reste à y mettre le prix : une caméra thermique vaut dix fois plus cher qu’une caméra traditionnelle. « Ces équipements sont reliés à un centre de télésurveillance afin qu’un opérateur puisse  »lever le doute » et, au besoin, contrôler à distance. A moins de disposer d’un logiciel de détection capable d’automatiser la gestion des alertes (lire l’encadré) », explique Laurent Assouly, directeur marketing d’Evitech, éditeur français de logiciels de vidéosurveillance.

La vision 3D appliquée à la détection périmétrique
Avec sa solution MoviWall, Hymatom a disposé un miroir tous les 20 cm en lieu et place des cellules de détection. Ensuite, chacun a été orienté de manière à dévier les faisceaux infrarouges vers le sommet de la colonne où un dispositif vidéo les réceptionne. En pratique, celui-ci est constitué de deux caméras orientées vers le bas de la colonne. Ainsi, chaque faisceau reçu est analysé sous deux angles différents. « L’intérêt, c’est de produire une image stéréoscopique, autrement dit en 3D », explique Bernard Taillade, président d’Hymatom, fabricant de barrières infrarouges. Du coup, le système est capable de mesurer le volume de l’objet qui coupe la barrière.

Ne pas négliger les protections physiques

Les protections périmétriques impliquent souvent de creuser des tranchées pour passer les câbles… Ce qui revient très cher en termes de travaux. Afin de réduire la facture, la parade consiste à développer des équipements sans fils (Wireless), à l’instar de Sorhea, qui a remporté, avec sa solution Solaris, le prix de l’Innovation Sûreté/Sécurité lors du dernier salon Expoprotection. Une autre tendance consiste à revenir aux protections mécaniques, également capables de donner l’alerte, par exemple en cas de chocs via un petit boîtier autoprotégé accroché à la barrière. « A chaque secousse, le système génère une signature et la compare à celles qu’il a en mémoire afin de caractériser la menace », explique Yves Monneret. Pour éviter la découpe à la pince, un fil conducteur peut être intégré dans les mailles d’un grillage ou à l’intérieur des tubes qui constituent les clôtures, à l’instar du dispositif PeriFence d’Orep, fabricant français de systèmes périmétriques. « Quel que soit l’endroit de la coupure, l’alarme est déclenchée », assure Stéphane Vallette, directeur commercial d’Orep. En outre, il est même possible de glisser le fil conducteur dans des « concertinas », à savoir des fils barbelés enroulés en spirale. Par ailleurs, contre l’escalade, le système PeriStop vise à installer des bavolets au sommets des barrières, à savoir, des tubes métalliques articulés. « Si quelqu’un s’accroche ou s’appuie dessus, le bavolet descend d’un cran sectionnant le fil conducteur caché à l’intérieur et l’alarme se déclenche. » En 2012, deux nouveaux produits sont attendus : une clôture détectrice mobile visant à équiper les chantiers de construction et une barrière capable de détecter l’escalade sans recourir à un bavolet. Last but not least, notons le G-Wall de Sorhea, un câble détecteur de vibrations qui s’installe sur les murs ou les bardages des entrepôts et donne l’alerte lorsque qu’une personne tente de passer… à travers la cloison. Reste, pour les amoureux de la nature, à jeter un œil sur la barrière végétale qui pourrait inciter les oiseaux à revenir picorer près des sites industriels.
© Guillaume Pierre / Agence TCA-innov24

Les charmes de la barrière végétale
Bordés de barrières en métal,
les sites industriels ne brillent pas
pour leur sens de l’esthétique…
Afin de changer la donne,
Sinnoveg commercialise
une barrière tressée à partir de… poivriers et citronniers de Chine, des végétaux très épineux qui peuvent être doublés d’une clôture en métal ou en béton. Le tout restant agréable à l’œil puisque camouflé dans une végétation qui continue de fleurir au gré des saisons… et de pousser. En effet,
une barrière prend en moyenne 1,50 m par an jusqu’à atteindre 10 m. Il y quelques années, les salariés de Renault Trucks ont pu éprouver la résistance de l’installation : un poids-lourd a heurté la barrière. Résultat, le véhicule a dû être remorqué !

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