Gérer les risques
Aujourd'hui et demain

Risques industriels et environnementaux

Protection du visage | A la recherche de l'écran total

En matière d’écrans de protection individuels, les efforts des fabricants se portent désormais sur le confort et le design pour mieux séduire les utilisateurs.

Qui n’a jamais frissonné devant ces images impressionnantes d’ouvriers travaillant au milieu de gerbes d’étincelles, de ces immenses scies mécaniques projetant des copeaux de bois à la ronde, ou encore de ces laborantins manipulant des produits hautement toxiques et instables ? L’extrême diversité des risques encourus par les opérateurs industriels a conduit les constructeurs d’équipements de protection individuels à développer des écrans de protection spécifiques, seuls à même de pouvoir protéger à la fois leurs yeux et leurs visages.
Ainsi les constructeurs comme Infield, Bollé Safety ou encore Proviso fournissent-ils toute une gamme d’écrans de protection permettant de palier à ces différents risques. La plupart du temps fabriqués dans des matériaux minéraux ou organiques (polycarbonate, acétate ou propionate de cellulose) ils se différencient par les ajouts de films protecteurs ou de filtres, suivant les usages dont ils font l’objet. Certains constructeurs, comme EDC protections, se sont ainsi spécialisés dans la protection thermique, et développent un ensemble d’écrans résistants uniquement à la chaleur, grâce à différentes techniques comme l’ajout de tissus métalliques sur les écrans. L’un d’entre eux, traité avec une mince pellicule d’or, permet par exemple de réfléchir la chaleur rayonnante.

« La première protection qui nous est demandée est la protection ultraviolet », explique David Gafsou, responsable commercial chez Bollé Safety. « Ensuite, selon les activités, cela peut être la résistance aux impacts, ou alors le risque électrique. » La plus grande difficulté résulte justement dans l’analyse précise de l’équipement nécessaire. « Lorsqu’il y a une demande, poursuit-il, nous essayons dans un premier temps d’analyser le poste de travail. Ensuite, nous déterminons le risque, puis l’écran adapté à ce risque. » Une démarche d’analyse des risques d’ailleurs vivement recommandée par l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS). Selon Michel Jacques, responsable de l’unité Prévention technique des équipements de protection individuels (EPI), « Le Comité hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT), la médecine du travail et les utilisateurs doivent être étroitement associés à ce choix ». Les constructeurs n’hésitent d’ailleurs pas à proposer des échantillons de produits à l’essai, afin que les opérateurs directement concernés s’approprient totalement ces équipements. En matière d’EPI, le compromis entre sécurité et confort de travail est, en effet, selon Michel Jacques probablement l’un des plus difficiles à trouver : « Si vous mettez un écran qui déforme la vision alors qu’on a un travail de précision à effectuer, cela n’est pas jouable. » Or, ajoute-t-il, « un écran non accepté ne sera pas porté ». D’où l’importance accordée à l’adaptation individuelle des écrans de protection.

Confort et design

Paradoxalement, la gêne ressentie ne provient d’ailleurs pas uniquement d’agressions extérieures, mais de l’opérateur lui-même. La principale demande concerne en effet la buée provoquée par la respiration renvoyée sur les écrans. Ce phénomène provoque des désagréments certains en matière de visibilité, en dépit des traitements antibuée généralement administrés aux matériaux utilisés. Pour limiter ce phénomène, Infield Safety propose un modèle de pare-visage avec serre-tête, équipé d’un protège-front, où on a inséré un système de ventilation au-dessus de l’écran. Selon David Laird, le PDG cette solution élimine totalement le problème de la buée. Son rival, Bollé Safety a fait un autre choix avec le « B200 » livré sous la forme d’une petite fiole. Cette solution s’applique directement sur l’écran. « Sans ammoniac, ni alcool, elle garantit une protection contre la buée de 48 h », précise David Gafsou.

Dans cette quête de confort, les recherches deviennent de véritables enjeux. Du point de vue de David Laird : « Il n’y a pas, ou peu, de nouveautés dans le domaine des matériaux ou des techniques utilisées. » La plupart des marques, comme Speedglas (3M), axent d’ailleurs leur promotion sur cette notion d’aisance du port de l’écran. « Une protection confortable pour un soudeur en sécurité », titre ainsi le fabricant dans sa brochure, qui affirme consulter régulièrement des experts internationaux en ergonomie et en anatomie. Plus étonnant, la marque insiste également sur le volet du design, développant une véritable « collection graphique », avec un slogan choc – et peut-être un peu étonnant pour des soudeurs, même amateurs : « Affirmez votre identité ! »

De la même manière, Sperian Bionic met en avant « son design ergonomique avancé (qui) allie protection accrue et confort au quotidien ». Mais ces efforts en terme de design ne doivent pas être pris à la légère. Tous les acteurs admettent, en effet, que ces efforts ont un impact réel sur le port des écrans et masques de protection. « Les pare-visages sont plus modernes et plus design que dans le temps, c’est certain », admet David Laird. « Cela aide au niveau du port parce que les gens trouvent que ça fait moins cheap. » Un point de vue partagé par David Gafsou, qui précise néanmoins que « les soudeurs privilégient la modernité et la sobriété ».

Normes et risques encourus
Tous les écrans de protection doivent répondre à minima à la norme européenne EN 166, qui prévoit notamment un test de résistance commun au choc provoqué par une bille d’acier de 43 g lancée à 5,1 m/s. Mais les risques encourus diffèrent selon les métiers. L’INRS les distingue en cinq grandes catégories : mécaniques, chimiques, biologiques, liés aux rayonnements optiques, et thermiques. Certains métiers, comme la soudure, présentent des risques multiples. Ainsi la présence d’un arc électrique combinera à la fois des risques liés à des rayonnements UV, des projections de particules, une chaleur intense, etc. D’autres normes élaborées en fonction de ces risques ont abouti au développement d’une nomenclature complexe, composée de degrés d’échelons liés à l’intensité du ou des rayonnements subis, ou encore de la température subie. Tous les tableaux de référence sont disponibles dans le rapport de l’INRS : « Les équipements de protection individuelle des yeux et du visage », rapport ED 798, décembre 2009.

Ecrans « intelligents »

Mais dans le soudage, si ces efforts ont permis une meilleure acceptation des écrans, c’est surtout leur praticabilité et leur efficacité qui ont constitué les principales évolutions ces dernières années. Les progrès technologiques ont, en effet, permis l’élaboration de produits parfois complexes, qui dépassent l’imagination. Le développement de technologies « intelligentes » ou « commutables » permet à l’utilisateur de bénéficier d’écrans couplés à des filtres anti-UV et/ou anti-infrarouge (cristaux liquides), qui se modifient en fonction de l’intensité de la lumière. Les masques sont ainsi équipés de capteurs, qui indiquent à une cellule de faire varier la teinte de l’écran en fonction de l’intensité de l’arc. Cette commutabilité n’est pas nouvelle, mais les fabricants rivalisent désormais d’ingéniosité pour accélérer le temps de réaction, qui devient une exigence de plus en plus importante de la part des soudeurs. Selon le type de soudage, les opérateurs ont ainsi besoin d’un temps de réaction plus ou moins rapide. S’il s’agit du soudage par point, il est nécessaire de passer en quelques dixièmes de seconde d’une teinte claire à une teinte foncée, d’où la nécessité d’un délai de réaction rapide. Un autre progrès réside également dans l’extrême sensibilité de ces écrans. Nous venons justement de lancer un masque, le Fusion, explique ainsi David Gafsou de Bollé Safety, qui intègre désormais quatre capteurs solaires, contre deux auparavant, de manière à améliorer la sensibilité à la lumière, et d’aider l’opérateur à travailler plus facilement sur des soudures à faible variation de lumière, comme les soudures plasma. Sur ce masque, peint en Zytel (qui garantit une haute résistance à la chaleur) et à alimentation solaire, le temps de réaction est de 0,1 ms.

Mais ces innovations technologiques ont leur revers, et les fabricants développent désormais de véritables stratégies de service après-vente, avec récupération du matériel, réparation ou remplacement de la cellule. Autant de prestations qui nécessitent pour les utilisateurs de se renseigner attentivement sur les conditions et délais de garantie proposés par les fabricants et les distributeurs.

Ecrans de protection non individuels
Avant de mettre un écran facial sur le visage de chacun, peut-être faurait-il penser à placer des écrans sur les machines qui émettent des rayonnements, ou d’autres types de projections. Pour Michel Jacques, responsable Prévention techniques des équipements de protection individuelle de l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS), les logiques des employeurs sont parfois contestables. Car protéger les opérateurs de tout ce qui provient des machines est parfois plus efficace – mais aussi plus onéreux – que d’équiper les opérateurs en écrans individuels. Une démarche prévention dictée par une directive européenne datant de 1989 (directive cadre 89 391) prévoit théoriquement de n’avoir recours à ces EPI qu’en dernier ressort. Par soucis de facilité… Mais aussi d’économie, les entreprises ont néanmoins tendance à les privilégier. Pourtant, pour certaines catégories de machines, des écrans existent qui assurent une protection collective suffisante. Ainsi les écrans Loc Lines et Otelo s’ajustent rapidement dans toutes les positions. Totalement rotatifs à 360°, ils protègent efficacement contre les copeaux ou les fluides. Accmas propose également des écrans de protection large destinés à protéger les opérateurs des rayonnements provenant de cellules de soudure robotisées, par exemple.

© Gael Grilhot/agence TCA

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