Gérer les risques
Aujourd'hui et demain

Risque incendie

Patrick Ginet (Ginet Courtage) : « Entrepôts logistiques : les menaces sont nombreuses »

Interview du PDG de Ginet Courtage d'Assurance, un cabinet lyonnais de courtage d'assurance spécialisé dans le transport et la logistique.

Quels sont les points de discussion que les transporteurs-logisticiens doivent aborder avec les assureurs ?

Les mesures de prévention. L’assureur demande un certain nombre de certificats de sécurité. A commencer par le Q4 sur la vérification annuelle des extincteurs qui doivent être présents en nombre suffisant (1 tous les 200 m2 en fonction des matières stockés) et en bon état de fonctionnement. De son côté, le certificat Q18 sur la vérification annuelle de l’installation électrique montre, sous forme d’un tableau qui est très bien fait, quelle est la dangerosité éventuelle de l’installation avec une graduation. Cette vérification doit être effectuée par un organisme indépendant et compétent comme l’Apave auprès duquel les entreprises prennent un abonnement annuel. Avec le certificat D19 sur la  »thermographie par infrarouge » à laquelle les assureurs peuvent participer financièrement, on ausculte par caméra infra-rouge les tableaux électriques pour y détecter les éventuelles zones de surchauffe qui n’apparaissent pas autrement. Comme une cosse mal serrée qui peut déclencher un incendie. On conseille de le faire tous les 2 à 3 ans. Et s’il y a un un investissement (800 euros par tableau) à consentir, c’est celui-ci qu’il faut choisir !
Y a-t-il d’autres certificats ?
Oui. Le N5 sur les Robinets incendie armés (RIA), c’est-à-dire les lances incendie qui, à l’instar des extincteurs, doivent être en nombre suffisant et dont l’état de bon fonctionnement doit aussi être vérifiés par des entreprises spécialisées comme, entre autres, Desaultel ou Sicli. A côté de cela, les assureurs exigent la norme R1 du référentiel Apsad (Assemblée plénière des sociétés d’assurances dommages) sur les sprinklers. Il faut savoir que les lances incendie ont un rayon d’action limité à 7 m de hauteur. Or, les racks dépassent souvent cette hauteur. Au-delà de 7,20 de hauteur, l’assureur demande un sprinklage ou impose une forte majoration de la prime, de l’ordre de 20% à 30%. Il peut même refuser le risque. 80% des entrepôts en France ne sont pas encore sprinklés. Surtout les petits.
De quels autres risques discutez-vous ?
Entre autres, des zones de charge de batterie pour les chariots élévateurs car elles sont génératrices d’étincelles. Or les exploitant font souvent l’erreur de les considérer comme de simples zones de décharge pour les emballages vides. Nous leurs conseillons d’isoler ce type de zones. Et, dans l’idéal, de monter un monter un mur de parpaings de 1,5 m de haut en forme de U pour protéger les emballages des étincelles. Nous parlons aussi du stockage de palettes. Les exploitants ont tendance à les adosser à un mur extérieur. Il suffit d’un mégot pour y mettre le feu. Nous conseillons alors de les stocker à plus de 10 m de distance des murs de l’entrepôt. Les palettes, c’est la bête noire des assureurs ! Important, il faut également gérer les  »permis de feu », des documents Cerfa signés par l’exploitant et l’artisan qui vient faire des travaux impliquant un point de feu comme un chalumeau. Si le permis de feu n’est pas signé cela peut constituer une clause de déchéance du contrat d’assurance. J’ajouterais qu’il convient de gérer le protocole de sécurité, un document qui résume les risques particuliers à l’entrepôt (ex: livraison, zones de piétonnement matérialisées). Lorsqu’un entreprise livre, il faut être en mesure de prouver qu’on lui a remis ce protocole de sécurité pour engager sa responsabilité en cas d’accident et pour que l’exploitant dégage la sienne. Enfin, et c’est nouveau, le principe du pollueur-payeur s’applique même s’il n’y a pas de dégât chez un tiers. Une simple pollution, par exemple une fuite de la cuve gazole réclame la remise en état du site. L’impact est énorme pour les sites anciens sites.
Que se passe-t-il au niveau du vol de marchandises ?
Je préconise d’utiliser des puces RFID afin de garantir la traçabilité des entrées et sorties de marchandises. Car, en logistique, l’essentiel des vols porte sur le détournement massif de marchandises par les salariés et leurs complices. Certains viennent pour charger des palettes par camions entiers ! Il y a toute une mafia avec des faux documents de transport. Le conducteur charge le fret en toute légalité et, bien sûr, on ne le revoit jamais. Chaque semaine, nous enregistrons 2 ou 3 cas de détournement par de faux de transporteurs ! Un conseil : exigez l’attestation d’assurance du conducteur, vérifiez s’il dispose d’un site internet sérieux avec autre chose qu’un numéro de téléphone portable. En général, les malfaiteurs ne vont pas très loin dans le maquillage.
La cybercriminalité a-t-elle un impact sur les entrepôts ?
Oui. C’est un énorme problème. Il ne se passe pas une journée sans cas de piratage des bases de données. Les gros logisticiens sous-traitent auprès de petits logisticiens en bout de chaîne auxquels ils confient des bases de données clients. Le petit logisticien signe un contrat mais sans le lire. Or, en cas d’attaque de son système d’information, ce type de contrat prévoit qu’il sera redevable de sommes énormes pour notifier les les clients que leurs données ont été corrompues. Il faut savoir qu’une seule notification coûte 60 euros par adresse ! Heureusement, depuis un an, Axa, AIG, Ace et Allianz ont mis au point des contrats de cyberassurance pour protéger ces petits logisticiens.

Propos recueillis par Erick Haehnsen

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