Gérer les risques
Aujourd'hui et demain

Santé et qualité de vie au travail

L’innovation en renfort pour le travail en hauteur

Boostés par les campagnes de prévention, les fabricants d’échafaudage et de plate-forme individuelle roulante rivalisent d’imagination pour séduire les entreprises clientes. Lesquelles doivent redoubler de vigilance pour éviter les accidents.

Mini échafaudage plié

La Nano’Tower intéresse les artisans du second oeuvre. © Tubesca-Comabi

Gare au travail en hauteur ! Cette année encore, plusieurs ouvriers ont trouvé la mort après avoir chuté d’un échafaudage. Idem en 2018. Les seuls chiffres dont on dispose concernent ceux publiés en 2017 par l’Assurance maladie-Risques professionnels (AM-RP). Laquelle a recensé 1 133 chutes de hauteur avec arrêt de travail, 52 incapacités permanentes et 5 morts. Les accidents ont occasionné 70 538 journées de perdues et représentent 12 % des accidents de travail (AT) avec arrêt. Parmi les secteurs les plus touchés, le BTP arrive en tête avec un taux de 17%. D’autres activités sont aussi concernées. C’est le cas notamment de l’industrie, des énergies, du commerce non alimentaire. Sans oublier l’agriculture où les chutes de hauteur représentent 13% des AT selon la Mutuelle sociale agricole (MSA). Voilà pourquoi,on ne rappellera jamais assez que le travail en hauteur réclame d’organiser le chantier et de choisir les bons équipements adapté à la tâche et à l’environnement. Il est aussi nécessaire de se former, d’informer les salariés et de leur dispenser aussi une formation. C’est d’ailleurs ce que recommande le site chutesdehauteur.fr qui propose un test en ligne. L’idée étant de sensibiliser les artisans, les entreprises et leur personnel mais aussi d’aider les employeurs à mesurer leur maturité dans ce domaine. Ce site est opéré par l’Organisme professionnel de prévention du bâtiment et des travaux publics (OPPBTP) en partenariat les ministères du Travail et de l’Agriculture, la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam), l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS), la Mutuelle sociale agricole (MSA), la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales (CNRACL). Ces organismes de prévention ont d’ailleurs lancé cette année une nouvelle édition de la campagne « Travaux en hauteur, pas droit à l’erreur » tout en rappelant que les entreprises de 1 à 49 salariés peuvent bénéficier d’aides pour l’acquisition d’échafaudages. Ces subventions concernent les modèles fixes et roulants labellisés NF. Plafonnée à 25.000 euros, l’aide Echafaudage + est délivrée par l’AssuranceM-RP via les Carsat, CGSS et Cramif.

Micro nacelle électrique

Un homme sur une Pirl

Batistep intéresse la construction . © Audinnov

Ces aides financières contribuent à la croissance du marché français des échafaudages. Parmi les acteurs figurent CDH, Hymer, Layher et Tubesca-Comabi qui a lancé en mai dernier le Nano’Tower, un mini échafaudage roulant dépliable en moins d’une minute. Destiné aux artisans du bâtiment (plaquistes, peintres, électriciens, plombiers, etc), il ne pèse que 33 kilos. Parmi les autres acteurs du secteur, citons aussi Audinnov. Boostée par les campagnes de prévention, cette PME de 30 personnes, dont une quinzaine à la production, connaît cette année une croissance à deux chiffres. Pour mémoire, son chiffre d’affaires s’est élevé à 2,7 millions d’euros en 2018 et 2,5 millions d’euros en 2017. Forte de cette progression, la PME trentenaire s’apprête à inaugurer d’ici la fin de l’année sont troisième site de production qui accueillera son siège social et un show room. L’occasion d’y présenter sa nouvelle micronacelle électrique qui sera exposée sur Batimat, le salon international de la construction(du 4 au 8 novembre à Paris Nord Villepinte). Très facile à déplacer, cette plate-forme motorisée à déplacement manuel prend place dans n’importe quel ascenseur. « Ergolift est conçue pour réaliser des travaux de second œuvre en hauteur (jusqu’à 5 mètres) dans des espaces exigus », indique Yves Bugy, le président d’Audinnov. Désireux de renforcer ses positions sur le marché de la construction, le dirigeant lance Batistep, une nouvelle gamme de plate-formes dédiées aux travaux du bâtiment et de la construction. Facile à déplacer; « Batistep » est pourvue d’un garde-corps amovible qui permet de travailler à droite ou à gauche. Polyvalente, elle permet aussi de réaliser des opérations de pose ou de réservation dans les banches.

Echafaudage roulant avec plinthes intégrées

Un opérateur travaille en hauteur sur un mur extérieur

Cette PIRL est sécurisée avec des portes à verrouillage automatique. © Hymer

Pour sa part, l’allemand Hymer, un des poids lourds du secteur avec 400 collaborateurs dont 200 à la production, prévoit de lancer en 2020 une nouvelle gamme d’échafaudage roulant tout aluminium avec des plinthes intégrées. Ce qui lui confère un double intérêt. D’abord elle répond aux demandes du marché français. « D’autre part, l’intégration des plinthes va simplifier la gestion du chantier », souligne Murat Kucukoglu, directeur commercial France chez Hymer. Rappelons que l’entreprise familiale allemande créée en 1962 s’est distinguée en 2014 avec le lancement de la première plateforme individuelle roulante légère (PIRL) intégrant un garde-corps équipé de portes à verrouillage automatique. Ce qui contribue à renforcer la sécurité de l’utilisateur sachant que 90 % des utilisateurs de PIR ne mettent jamais la chaînette ou la barrière de sécurité.

Une cale en plastique recyclé empilable

Une cale en plastique pour échafaudage

La Baticale est fabriquée en France. © Layher

En matière de prévention, Layher pousse un cran plus loin son action en nouant un partenariat avec l’OPPBTP et la Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb). La PME créée en 1988 s’engage à informer les artisans et à mieux leur transmettre son savoir-faire pour les faire monter en compétence. Cette clientèle représente une cible de choix. « Une entreprise sur deux utilise un échafaudage », rappelle Laurent Meuley, ingénieur d’études chez Layher. Située à Ferrières-en-Brie (Seine-et-Marne), cette PME innove avec sa « Baticale », première cale pour échafaudage produite avec des déchets plastiques en polyéthylène provenant de bâches, bouteilles, conteneurs, bouchons, poubelles… Fabriquée en France, cette pièce est renforcée par une armature acier produite  par le personnel handicapé ou en réinsertion d’un établissement et service d’aide par le travail (Esat). Autre point important, elle ne nécessite pas de clou pour fixer les socles et se pose sur n’importe quel type de sols. En outre, elle est empilable grâce à son système d’ergots breveté et utilisables en camarteau (NDLR: il s’agit d’un empilement de pièces disposées en couches croisée pour servir de support temporaire à une construction). A cet égard, Layher présente un nouveau produit dédié à la maintenance des ponts. Il s’agit d’une poutre aluminium de faible hauteur. Elle est conçue pour limiter l’emprise au sol de l’échafaudage lorsqu’il est installé sur la chaussée située sous le tablier du pont. La poutre est plus petite mais d’un poids sensiblement identique à ses homologues sachant qu’elle va reprendre 40 % de plus de charge. « Son montage est rapide et suffisamment intuitif pour ne pas nécessiter de formation spécifique car cette poutre s’adresse à des entreprises de BTP spécialisées dans la construction de pont et autres ouvrages d’art », explique Laurent Meuley.

Réalité augmentée pour sécuriser les choix

Ecran de smartphone montrant une application de réalité virtuelle

La réalité augmentée au service du travail en hauteur. © Duarib

De son côté, CDH Group, né de la fusion de trois industriels français Centaure, Duarib et Haemmerlin prévoit de compléter en janvier prochain sa gamme de PIRL à hauteur réglable connue sous le nom de Gazelle avec un nouveau modèle ultra mobile. « Ce dernier va s’inspirer de notre plateforme Wheelys qui a pour particularité de se déplacer en position ouverte grâce à ses quatre roues », explique Anne-Elise Pillet, responsable marketing de la marque Duarib. Grâce aux quatre roues de la Gazelle RS, l’utilisateur n’aura plus à plier sa PIRL pour l’acheminer d’un point à l’autre du chantier, des rayons ou des chaînes de production. « Ce nouveau modèle va faciliter notamment le travail des préparatrices de rayon mais aussi celui des opérateurs de BTP », fait valoir la responsable marketing Duarib. Laquelle invite ses utilisateurs à passer à l’heure de la réalité augmentée afin de sécuriser le choix de leur futur produit. En effet, la réglementation demande aux entreprises de vérifier que le matériel choisi soit en adéquation avec les tâches à accomplir et qu’il soit adapté à l’environnement de travail et aux risques inhérents. Or, les utilisateurs hors BTP ont du mal à se projeter et à imaginer quelle sera la solution qui correspond le mieux à leur besoin. Ce qui a conduit Duarib à imaginer une application disponible en octobre sur Google Store et App Store. Une fois l’appli téléchargée, il suffit de choisir le produit à visualiser puis de scanner son univers de travail avec un smartphone ou une tablette compatible avec ce type de programme. En général, c’est le cas de tous les appareils vendus il y a moins de deux ans. Dès lors, le modèle de PIR, d’échafaudage fixe ou roulant va venir se superposer à l’image de l’environnement de travail. Il peut s’agir d’un local ou d’un véhicule professionnel. Dans les deux cas, l’artisan pourra ainsi vérifier que la taille de sa PIRL est compatible avec l’intérieur de la pièce de travail ou de son utilitaire ! De quoi gagner du temps dans le processus de décision.

Eliane Kan

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