Gérer les risques
Aujourd'hui et demain

Santé et qualité de vie au travail

Les professionnels cherchent chaussures à leurs pieds

Sécurité, confort et élégance, voici les trois maîtres mots de la chaussure professionnelle. Mais pour se différencier de leurs concurrents, les fabricants cherchent à correspondre toujours plus aux attentes de leurs clients.

La pénétration de pointe sur les chantiers, l’écrasement, les chocs sur les orteils et les glissades… tels sont les principaux risques concernant la santé du pied au travail sur les chantiers, dans les cuisines, dans les entrepôts logistiques, l’industrie lourde, légère et dans bien d’autres endroits encore. « Toutes les personnes, hors bureaux, devraient porter des chaussures de sécurité », affirme Boris Dodin, chef de produits chaussures chez Honeywell.

« En France, la chaussure déchaîne les passions, poursuit-il. Tout le monde porte des chaussures toute la journée et a un avis à donner en termes d’esthétique et de confort. A nous fabricants de faire accepter ces équipement de protection individuelle (EPI) par les utilisateurs. » Ainsi, le point essentiel est-il le confort. La chaussure de sécurité doit être agréable à porter dans les premières minutes comme au bout de trois mois d’un usage quotidien. « Sur ce point entrent en question la qualité du chaussant, c’est-à-dire l’espace intérieur de la chaussure, la légèreté de la chaussure, sa flexibilité et la qualité des matériaux », développe Boris Dodin.

Polyvalence et sur-mesure. Dans les exigences des clients, vient ensuite la sécurité. Un cadre normatif définit des grandes familles de chaussures professionnelles (voir encadré). « La plupart de nos gammes sont polyvalentes, explique le chef de produits chaussures pour Honeywell. Puis, certaines chaussures sont adaptées à des métiers particuliers. Par exemple, notre gamme ProBTP a été développée en partenariat avec les professionnels du bâtiment. Ces chaussures apportent une solution anti-perforation avancée grâce au mélange de plusieurs couches de matériaux dans la semelle. Leur cuir est particulièrement résistant aux produits corrosifs présents sur les chantiers tels que le béton et le ciment. » 

Le troisième point essentiel tient au design. Exit les godillots noirs, à grosses semelles, en cuir grainé. La chaussure de sécurité version 2015 se fond dans le décor et ressemble de plus en plus à celle que l’on porte au quotidien. La grande tendance est le produit typé sport. « Les utilisateurs réclament des produits souples et légers, précise Jean-Pierre Boutonnet, directeur commercial France pour l’entreprise Lemaître Sécurité, basée à La Walck (67) qui affiche un chiffre d’affaires en 2014 de 30 millions d’euros, dont 11 millions d’euros à l’export. Ils souhaitent abolir la frontière entre chaussures de travail et chaussures de ville. C’est compréhensible puisque certains professionnels sont en costume. Mais difficile de mettre au point un produit qui réponde à la fois aux diktats de la mode et à ceux de la norme. On ne peut pas tout faire. Une chaussure de sécurité à bout pointu par exemple, est inenvisageable puisque on ne pourrait y insérer un embout protecteur. Pourtant, nos sneakers de la gamme Street, lancée en juin dernier, fondent leur réussite sur leur esthétique. »

Sécurité rime désormais avec féminité. Sans tomber dans les clichés sexistes, les femmes sont aussi particulièrement attentives à leur look pédestre. « La chaussure de sécurité doit être un plaisir, pas une punition. On donne de moins en moins des chaussures masculines en plus petites pointures aux travailleuses, ajoute Boris Dodin d’Honeywell. Les fabricants se penchent de plus en plus sur des gammes exclusivement consacrées au personnel féminin. Les formes sont différentes, le volume intérieur plus étroit, les coloris et les lignes plus adaptés. »

Il en va ainsi pour la nouvelle gamme Cocoon de la marque américaine, qui souhaite cependant éviter les déclinaisons de rose à tout bout de champ. « On reste tout de même dans le monde du travail, on conserve certains codes couleur sobres, conclut Boris Dodin. Un discret pictogramme représente un personnage féminin et les chaussures sont livrées avec deux paires de lacets : noir et lavande. »

Les chaussures Cocoon sont livrées avec deux paires
de lacets : noir et lavande.
© Honeywell
Les chaussures Cocoon sont livrées avec deux paires
de lacets : noir et lavande.
© Honeywell

Une pointure d’avance. Au delà des exigences de sécurité, de style et de confort, la demande des clients s’oriente également vers le service. Uvex Heckel, fabricant allemand d’EPI (CA 2014 : 360 millions d’euros) dont la filiale française est basée près de Strasbourg (67), a pour originalité de proposer des chaussures orthopédiques de différentes largeurs. « En Allemagne, les semelles orthopédiques sont très développées, explique Laurent Rebstock, manager chaussures chez Uvezx Heckel. Cette offre nous permet de résoudre le problème d’un utilisateur et de se différencier comme partenaire sur la durée. »

Dans l’idée d’aller toujours plus loin dans la performance des chaussures de sécurité, Glagla Shoes vient, de son côté, de lancer sa semelle chauffante. Spécialiste des chaussures et produits chaussants connectés, l’entreprise y a introduit de l’électronique et de l’énergie afin d’améliorer leurs fonctions. Les chaussures connectées chauffantes s’adressent ainsi aux individus qui travaillent à l’extérieur et qui ont froid aux pieds comme les facteurs, les policiers ou gendarmes ou encore les ouvriers du bâtiment et des travaux publics. Sans oublier les les personnels qui opèrent dans les entrepôts logistiques sous température contrôlée. « Je viens de recevoir un mail d’un monsieur qui travaille dans une boucherie et qui souffre de la maladie de Reno, confie Karim Omnia, le PDG de Glagla Shoes. A cause de cette maladie, ses extrémités sont froides en permanence et il risque de perdre son emploi. »

Jauger la contrainte professionnelle. Cette chaussure de Glagla Shoes dispose aussi d’un traqueur d’activités capable de mesurer la pénibilité du travail. Plus de trois ans ont été nécessaires au développement de la technologie. « C’était difficile, dévoile le PDG. L’électronique déteste la poussière, l’humidité, la chaleur, bref tout ce qu’on trouve dans une chaussure ! Nous avons modifié et renforcé les composants afin qu’ils supportent les contraintes du footwear. »

Deux entités commercialisent la chaussure. L’une vend le produit en tant que produit fini. L’autre licencie la technologie pour les fabricants. « Nous apportons une expertise en tant que spécialistes : comment intégrer la technologie dans la chaussure. Notre objectif n’est pas de faire des chaussures de sécurité mais de fournir la technologie à des spécialistes. »

Des industries françaises, américaines, des fabricants de chaussures tels que Caterpillar ainsi que l’Armée américaine ont d’ores et déjà commandé ces produits, disponibles dans les magasins le 1er novembre dans une quarantaine de pays. L’équipe de Glagla Shoes travaille déjà sur d’autres technologies comme les semelles avec capteurs de pression, pour évaluer la posture d’un travailleur et mesurer la pénibilité de son poste de travail : combien d’étages a-t-il monté, quels sont les risques de blessures, le poids qu’il a porté. « La batterie dans une chaussure permet des choses extraordinaires, conclut Karim Oumnia. Notre but n’est pas de gadgétiser la chaussure mais de mettre à la disposition des travailleurs des outils adaptés et utiles. »


Caroline Albenois

La semelle est chauffante
et connectée. © Glagla Shoes
La semelle est chauffante
et connectée. © Glagla Shoes

Sept classifications dans la norme EN ISO 20345
 
La norme ISO 20345:2011 définit les exigences de base et les exigences additionnelles relatives aux chaussures de sécurité. Sept classifications concernent ses caractéristiques obligatoires dont les marquages s’échelonnent de SB à S3. L’indice de protection le plus élevé correspond au S3. Pour l’obtenir, la chaussure doit être antistatique, imperméable, antidérapante, intégrer un absorbeur d’énergie au talon, un embout de protection ainsi qu’une semelle anti-perforation métallique ou composite insérée dans la semelle extérieure.
« La chaussure est aussi équipée d’un embout qui résiste à 200 joules, c’est-à-dire 20 kg lâchés d’une hauteur d’un mètre », explique Jean-Pierre Boutonnet, directeur commercial France Lemaître Sécurité et président de la commission chaussures du Synamap, le Syndicat national des acteurs du marché de la protection.

Une chaussure de sécurité peut ensuite posséder une ou plusieurs normes additionnelles : isolation thermique (normes HRO, HI et CI), imperméabilité résistant à l’immersion (normes WR et WRU), adhérence en fonction du sol (norme SRC)…

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