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Risques industriels et environnementaux

Le marché de l'interphonie se cherche une nouvelle identité

En plein mutation sous l'influence des réseaux informatiques, l'interphonie est en train de véritablement se réinventer. Ce qui soulève des questions : faut-il faire de l'interphone le terminal multimédia des foyers ? Et, dans les entreprises, le connecter aux systèmes d'information ? Allô, quoi !

Péages autoroutiers, bateaux, immeubles résidentiels, salles de marchés financières, prisons, hôpitaux : les interphones font désormais partie du quotidien, même si, comparée à la vidéosurveillance ou au contrôle d’accès, l’interphonie reste un marché de niche. Elle connaît néanmoins de profondes évolutions, poussées tant par la technologie que par les besoins du marché. 

Résidentiel : la vidéo s’impose

Si le marché de la villa individuelle est actuellement plutôt tendu, il évolue qualitativement. Désormais, les nouvelles platines de rue sont de plus en plus souvent équipées de caméra et reliée à un interphone doté d’un écran. Les propriétaires peuvent ainsi voir qui sonne à leur porte avant de parler et d’ouvrir. La pénétration de ces équipements augmente d’autant plus que certains modèles s’installent désormais avec seulement deux fils (au lieu de quatre, généralement, pour la vidéo) et ne demandent donc pas un nouveau cablage par rapport à l’interphone classique ou à la simple sonnette. Certains, comme Legrand (marque Bticino ) proposent en outre, pour quelques dizaines d’euros supplémentaires, un pack de badges qui, passés devant la platine de videophonie, ouvrent le portail, combinant ainsi interphonie et contrôle d’accès domestique.
Le transfert des appels de la platine de rue vers un téléphone ou un smartphone est un autre fonctionnalité en plein essor. Mais certains voudraient carrément faire du moniteur de l’interphone une interface domotique des foyers. Tel Legrand, très impliqué par ailleurs dans la domotique au travers des technologies de la gamme MyHome ». « Dans nos nouveaux kits portiers, les menus MyHOME sont intégrés par défaut », explique Laurent Do Dinh, responsable marketing de l’offre sécurité et systèmes du bâtiment du groupe Legrand France. Antoine Pelloux, directeur marketing de son concurrent Aiphone, reste au contraire sceptique : « Cela risque de renchérir le prix du produit alors même que les applications domotiques restent pour beaucoup incompatibles entre elles même si les nouveaux protocoles de communication, comme le KNX, devraient modifier cette situation. » Et de fait, les interphones de Legrand ne dialoguent qu’avec les accessoires du groupe. « Mais, depuis l’année dernière, avec six industriels nous avons constitué une société commune, Confluens, pour justement favoriser l’interopérabilité entre les équipements domotiques », explique Laurent Do Dinh. A terme, donc, la situation pourrait donc évoluer et les interfaçages devenir possibles. 

Logement collectif : l’accessibilité pousse la demande

Même tendance dans le collectif, où certains voudraient bien faire de l’interphone non seulement le centre de contrôle de la domotique mais aussi celui de la RT 2012, à savoir la dernière Réglementation thermique. En effet, la RT2012 impose d’informer au moins une fois par mois les habitants de leurs consommations. « Pourquoi ne pas les afficher sur l’écran de l’interphonie ? », interroge Laurent Do Dinh (Legrand). D’autant que les nouvelles générations d’interphones permettent aussi aux gestionnaires d’immeubles d’envoyer des messages à leurs résidents : la date de relevé des compteurs d’eau, par exemple.

Cependant, le marché de l’interphonie intelligente reste relativement émergent. D’ailleurs, les fabricants d’interphones ne se montrent pas tous aussi enthousiastes. Dans le logement collectif, la tendance lourde qui soutient les constructeurs dans une conjoncture mauvaise – puisque les nouvelles constructions sont en chute libre – est la loi sur l’accessibilité : elle contraint les nouveaux immeubles à s’équiper d’une platine de rue dotée d’une caméra et d’un câblage permettant aux habitants qui le souhaitent de troquer leur interphone contre un vidéophone. La valeur des équipements s’en trouve augmentée.

Tertiaire : un pas vers l’IP

« Dans le tertiaire, du moins pour les ERP (établissements recevant du public), les exigences d’accessibilité ont également modifié le marché », remarque Antoine Pelloux (Aiphone). Mais les échéances initiales (début 2015) ont été repoussées de 3 à 6 ans, ralentissant le taux d’équipement. Cependant, le tertiaire reste actuellement un marché plus porteur que celui du résidentiel. Les constructeurs se livrent alors à une guerre de l’innovation sur deux créneaux. Tout d’abord, l’IP (Internet Protocol). « Désormais plus de la moitié de nos systèmes vendus sont en IP », assure Ali Mahmoud, directeur opérationnel de Castel, un fabricant français à basé à Saumur (49), qui compte 70 personnes et réalise un chiffre d’affaires de 9,2 millions d’euros pour 2013 – dont 12% à l’export. Ue proportion que confirme Christophe Leroy directeur général de Zenitel France (marque Stentofon). Si les hôpitaux, qui se dotent de systèmes extrêmement complexes, en sont désormais friands, d’autres secteurs, comme les prisons, restent néanmoins attachés au câblage en paires torsadées.

Reste que l’IP présente un certain nombre d’avantages : tout d’abord, il permet de relier des sites géographiquement distants. Qu’il s’agisse d’un éloignement relatif puisque la distance maximale pouvant être desservie en analogique ne dépasse pas 4 km. Ou d’un éloignement absolu car les sites reliés sont susceptibles d’être répartis sur tout le territoire national, voire sur plusieurs pays. Ensuite, l’IP n’impose pas obligatoirement de s’équiper d’une centrale d’interphonie physique puisque les interphones peuvent être intégrés au système d’information de l’entreprise. Et donc être contrôlés via un ordinateur, une tablette, un smartphone…. Autre avantage : il devient plus facile d’interfacer les systèmes d’interphonie avec les autres systèmes d’information de l’entreprise. Les téléphones bien sûr, mais aussi, par exemple, la vidéophonie ou le contrôle d’accès. Ainsi peut-on relier un interphone à un système de contrôle d’accès ou piloter une caméra vidéo située à proximité de l’interphone pour ajouter l’audio à la surveillance visuelle et ainsi renforcer la sécurité du site.

« Cet interfaçage entre différentes fonctions concerne environ 20% à 25% des systèmes que nous vendons », relève Ali Mahmoud. L’IP permet aussi d’enrichir les fonctions : si l’appel général a toujours été une caractéristiques des systèmes d’interphonie, il devient plus facile d’enregistrer les appels audio ou vidéo pour assurer la traçabilité de certains processus. « Nous travaillons aussi sur des solutions d’interphonie disponibles en mode SaaS [Software as a Service], autrement dit accessible dans le nuage d’Internet », poursuit le directeur opérationnel de Castel. Le mouvement d’intégration de l’interphonie aux systèmes d’information n’en est cependant qu’à ses débuts. Le monde de l’interphonie reste en effet largement propriétaire, les interphones d’une marque ne pouvant pas dialoguer avec les centrales d’une autre. Et inversement. L’IP ne règle donc qu’une partie des problèmes. Ainsi le protocole de communication de téléphonie sur Internet SIP (Session Initiation Protocol) est-il capable de relier l’interphonie au système téléphonique de l’entreprise. Mais, même si le langage SIP offre aujourd’hui une standardisation entre les systèmes pour les fonctions principales, chaque fabriquant peut y apporter certaines fonctions spécifiques. « Depuis 10 ans, notre stratégie consiste à travailler le plus possible avec des standards ouverts en vue d’interfacer différentes fonctions de sécurité« , conclut Ali Mahmoud.

Ali Mahmoud, directeur opérationnel
du fabricant français Castel. © Castel
Ali Mahmoud, directeur opérationnel
du fabricant français Castel. © Castel

La chasse aux bruits parasites

Le deuxième vecteur de développement du marché porte sur l’innovation produit. Les interphones sont de plus en plus segmentés et adaptés aux fonctionnalités de leur marché. Zenitel (marque Stentofon), spécialiste de la communication cruciale entre autres dans le secteur médical, propose ainsi des platines quasiment plates pour les salles d’opération dont la surface antibactérienne et résistante aux produits chimiques facilite et accélère la décontamination. A côté de cela, sa gamme Turbine se fait au contraire fort de résister au vandalisme le plus brutal. Mais surtout, Zénitel et Castel emploient des équipes de R&D spécialistes du son qui cherchent à améliorer la qualité sonore des communications. Pour un meilleur confort d’écoute mais aussi pour garantir une bonne compréhension (indispensable en milieu médical) et donc une meilleure sécurité.

Les nouvelles générations d’interphones sont ainsi capables de supprimer les bruits ambiants, par exemple les bruits de moteur dans les usines, les bruits de véhicules aux péages d’autoroute ou à l’entrée des déchetterie. « Nos interphones disposent aussi de communications mains libres full duplex et de systèmes d’annulation d’écho », précise Ali Mahmoud. « Tous nos modèles IP sont nainsi capables de détecter les bruits anormaux (cris, alarmes, coup de feu) mais aussi de les analyser et de les reconnaître afin de lancer un appel vers un centre de contrôle et d’alerter d’une situation anormale voire critique les gardiens ou les vigiles. » Le gage d’une sécurité accrue !

Catherine Bernard

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