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Santé et qualité de vie au travail

La France en tête du classement mondial des heures supp'

Un tiers des français déclare effectuer près 15 heures de travail supplémentaires par semaine. Quoi de plus étonnant qu'un quart des salariés ait déjà subi au moins un burn-out au cours de leur carrière... Alors que la loi des 35 heures faisait passer les français pour des fainéants, ceux-ci seraient, en réalité, en tête du classement mondial des heures supplémentaires d'après une étude de Regus, le fournisseur d'espaces de travail.

Le projet de loi annoncé par Manuel Valls, Premier ministre, visant à réformer le code du travail et empiéter sur la mesure des  »35 heures » vient d’être révélé par notre confrère Le Parisien. Cette petite révolution, qui porte sur la durée hebdomadaire du temps de travail, est actuellement devant le Conseil d’État. Alors que ce projet devrait être soumis au Conseil des ministres le 9 mars prochain, après une dernière consultation avec les partenaires sociaux, la situation des salariés face aux heures supplémentaires s’avère, en France, plus que d’actualité. N’oublions pas que l’emblématique mesure de Martine Aubry, durant le gouvernement de Lionel Jospin (1997-2002), sur les 35 heures de travail hebdomadaire à temps plein (au travers des lois de 1998 et de 2000) aura contribué à diminuer le temps de travail.
Effet fort inattendu : au lieu de développer l’emploi, cette mesure a surtout conduit les Français à effectuer davantage d’heures supplémentaires. Résultat, d’après le baromètre annuel du climat social et de la qualité de vie au travail mené par l’organisme de formation professionnelle Cegos, un quart des Français a déjà subi au cours de sa carrière un burn-out ou un problème psychologique grave ! De plus, un salarié sur quatre affirme avoir souffert de harcèlement moral sur son lieu de travail… Avec l’avènement des smartphones, les techniques managériales deviennent très agressives en entreprise. Lesquelles exigent des salariés une disponibilité bien plus assidue (répondre aux mails, aux SMS hors période de travail) afin d’obtenir plus de rendement et de donner l’illusion d’un engagement plus intense du salarié.

Les Français accros aux heures supplémentaires. De son côté, le fournisseur mondial d’espaces de travail Regus vient de publier une étude révélant que les Français auraient massivement recours aux heures supplémentaires. En effet, 63% d’entre eux (contre 79% au niveau mondial) estiment réaliser entre 1 à 12 heures supplémentaires par semaine. Plus inquiétant, 27% des personnes interrogées déclarent réaliser plus de 15 heures supplémentaires par semaine. Ce qui représente près de deux jours. De quoi rallonger la semaine de travail à 7 jours ! En tête, les activités de consulting à 31,3%, l’informatique (29,6%), le commerce de détail (28,6 %), les médias et le marketing (28 %) ainsi que la banque et l’assurance (27,3 %). En outre, ce phénomène touche particulièrement les PME (29,3%).

Les Français, fainéants de l’Europe ? L’étude de Regus, qui porte sur 44.000 clients dans 106 pays dont 945 chez nous, révèle que la France monterait sur la première marche du podium dans le classement mondial des heures supplémentaires avec un taux de 27% de ses salariés. Vient ensuite le Royaume-Uni (17%), les Pays-Bas (16,2 %) et l’Allemagne (15,6%), loin devant les Etats-Unis (12 %) ou la Chine (9 %). De plus, l’étude révèle une forte propension à réaliser plus de 15 heures supplémentaires dans les grandes villes du sud avec un taux de 37% à Nice (Alpes-Maritimes), suivi par les Strasbourgeois (23,5%), les Nantais (20%) et les Marseillais (17,6%). Quant aux Parisiens, ils arrivent en sixième position. Enfin, si partout dans le monde, les salariés préfèrent effectuer leurs heures supplémentaires le lundi, afin de rattraper le week-end, les Français, de leur côté, privilégient le jeudi pour finaliser leur travail dans les temps (13%). Ils sont en revanche assez peu à déclarer se reconnecter le week-end (10 %), contrairement aux pays anglo-saxons qui optent davantage pour ce fonctionnement (28% des Britanniques, 27% des Américains ou encore 26% des Australiens).
« Bien qu’un tel volume d’heures ne puisse être cautionné sur le long terme sans solutions concrètes, il est clair que la proximité du lieu de travail joue un rôle essentiel dans le bien-être des travailleurs. S’ils peuvent effectuer un nombre raisonnable d’heures supplémentaires tout en étant proches de leur domicile, ils bénéficient de temps de trajet réduits, ce qui se traduit par une meilleure productivité, développe Christophe Burckart, DG de Regus en France. La flexibilité et le télétravail sont des solutions que les entreprises françaises doivent prendre en considération pour endiguer ces problématiques et prévenir le burn-out de leurs équipes, un mal de plus en plus présent au sein de la société. »

Dégradation de la qualité de vie : Reste que ces facteurs ont largement contribué à une détérioration du niveau de vie des français. En témoigne une enquête de l’institut de sondage Ipsos qui a été publiée le 17 septembre 2015 à l’occasion de la remise du « Trophée du bien-être »quelques jours plus tard montrant que 47% des Français estiment  »passer à côté de leur vie ». En cause, une dégradation du lieu de travail pour 42% des interrogés (un manager sur deux et 34% des responsables RH) mais aussi les difficultés économiques rencontrées par les entreprises et surtout le stress chez 61% des salariés, particulièrement chez les managers (73%). Avec évidemment un impact négatif et significatif chez 78% des interrogés, et notamment chez les salariés (83%). Pour plus d’un tiers d’entre-eux, cette situation générerait « une dévalorisation de soi-même », « le sentiment de ne pas être reconnu à sa juste valeur » (36 %), « de ne pas être bien dans son corps » (35 %) et susciterait même « des envies de tout quitter et de changer de vie » (39 %).

Ségolène Kahn

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