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Sûreté et sécurité

Fabienne Louvet (CDSE) : « Notre étude donne de la visibilité à la filière sécurité-sûreté corporate »

Présidente de la commission Carrière, Emploi, Formation du Club des directeurs de sécurité des entreprises (CDSE), Fabienne Louvet nous dévoile en avant-première les enjeux de la conférence « Attractivité, missions, enjeux et perspectives de la filière métiers sécurité-sûreté corporate en entreprise » qu’elle animera lors d’Expoprotection Sécurité.

En 2019, la première phase de l’étude du CDSE sur les directeurs sécurité-sûreté corporate avait révélé son rôle en tant que Business Partners pour les directions générales. Rappelez-nous quels en étaient les principaux enseignements ?

La fonction sécurité-sûreté corporate a évolué dans le temps. Je rappelle que les travaux de la commission Carrière, Emploi, Formation du CDSE s’inscrivent dans l’un des objectifs majeurs du club. À savoir valoriser et rendre visibles les directions sécurité-sûreté corporate et leur rôle stratégique. Cette première phase de l’étude, en 2019, avait permis au travers d’un travail de fond d’établir un diagnostic, une analyse et une structuration de la filière.

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Fabienne Louvet est présidente de la commission Carrière Emploi, Formation du CDSE. © D.R.

Quels enseignements en ont été tirés ?

Dans 74 % des cas, la direction sécurité-sûreté corporate est rattachée à la direction générale (DG) ou au secrétariat général. Cette fonction, qui est encore trop méconnue, se révèle donc stratégique. Elle évolue vers un positionnement d’anticipation, de prévention, de protection et de création de valeur en tant que véritable Business Partner des DG. Rappelons que les directions SSC s’inscrivent dans le cadre d’une stratégie de sécurité globale : prévention et protection des personnes, du patrimoine matériel et immatériel de l’entreprise contre toutes les atteintes accidentelles et malveillantes. On ajoute les activités de veille, gestion de crise et plan de continuité d’activité ainsi que la sécurité économique. En fonction des entreprises, les directions SSC couvrent tout ou en partie de ces périmètres d’activité car il n’existe pas de modèle unique. Cette fonction SCC se caractérise aussi par une très forte transversalité. D’abord en interne car elle entretient des relations avec tous les métiers de l’entreprise. Ensuite en externe avec les institutions, les administrations, les clients et les fournisseurs. La première phase de 2019 révèle ainsi que la fonction SCC couvre des compétences très larges, avec quatorze lignes de compétences identifiées et huit postes d’expert déjà définis.

Mais encore ?

Ces compétences s’articulent autour de trois niveaux indissociables. Les compétences transverses telles que l’accompagnement du changement, la gestion de projet, le management.… Puis les compétences spécifiques d’expertises métiers (protection de l’information, gestion de crise, cybersécurité, protection des sites, prévention des fraudes, sécurité des événements, protection de l’image corporate…) et enfin le leadership. Notons aussi les compétences clés de la fonction SCC : connaissance de l’entreprise, expertise métier élevée, expérience opérationnelle et transverse, postures variées (de contributeur à droit de véto), réseau interne et externe à l’entreprise, gestion de projets complexes.

Quelle est la physionomie de la filière de Sûreté-sécurité Corporate ?

Elle est à 83 % masculine, âgée de plus de 50 ans dans 52 % des cas. 63 % des collaborateurs des directions SSC sont recrutés en externe. À 71 %, cette population a un diplôme de niveau Master et à 62 % un double diplôme. La première phase de 2019 nous a également permis d’établir une cartographie des métiers de cette filière. Bien qu’il n’y ait pas de modèle unique, nous avons quand même réussi à dégager un consensus pour parvenir à douze fonctions avec trois niveaux d’intervention [voir schéma ciu-dessus, NDLR]. Nous y avons ajouté le poste de responsable Sécurité-sûreté d’entité qui est une fonction opérationnelle faisant partie du référentiel. Bien sûr, ce référentiel est modulaire et s’adapte aux organisations.

C’est un travail très complexe…

En effet ! À cet égard, nous avons été accompagnés par le cabinet EY (première phase) sur le volet organisation et par le cabinet spécialisé en ressources humaines Arthur Hunt pour le volet parcours et rémunérations (deuxième phase de 2021).

Quel a été l’impact de votre référentiel inédit sur les directions sûreté-sécurité des entreprises ?

Cela a donné de la lisibilité et de la visibilité à la filière ainsi qu’une meilleure compréhension. Cette étude est précieuse car elle sert de référence pour organiser une direction SCC. L’étude est aussi très opérationnelle : elle propose des fiches métiers afin de contribuer à créer des fiches de poste ou des fiches de mission. L’étude fournit ainsi au directeur SCC des outils pour discuter avec la DRH afin d’inscrire la filière sécurité-sûreté corporate dans le référentiel des métiers de l’entreprise. Les directeurs SSC peuvent s’approprier cette étude pour l’adapter à leur un modèle d’organisation.

Dans la deuxième phase de l’étude, parue en 2021, vous soulignez que la rémunération des cadres et professionnels issus du régalien et de l’entreprise dans les directions sûreté-sécurité corporate est globalement supérieure de 4 % à 15 % à celle du marché. Est-ce un élément d’attractivité pour la filière ?

Oui. Mais l’attractivité première reste la fonction stratégique de la sécurité-sûreté corporate qui est au cœur des enjeux de l’entreprise et de son fonctionnement face à des défis de plus en plus complexes. Très proche de la DG, la direction SSC s’affirme comme une fonction transverse ouverte à toutes les fonctions et tous les métiers de l’entreprise. Dans cette logique, les directeurs SSC bénéficient effectivement d’une rémunération plus élevée que celle du marché en raison de leur expérience, leur expertise, leur capacité de recul pour aider à prendre une décision. Par ailleurs, ils doivent faire preuve d’une très grande disponibilité. Dans leur mission, ils ont aussi une capacité de prescription qui va jusqu’au droit de veto. Et, selon les situations, ils peuvent engager la responsabilité de l’entreprise. Pas forcément connus, ces points justifient cet écart de rémunération.

Quels sont les autres éléments d’attractivité ?

Les métiers de la sécurité-sûreté corporate ont du sens ! Outre le sens de l’entreprise et la défense des intérêts économique de l’entreprise, voire de la France, ils véhiculent le sens de la protection des personnes et des biens, de la prévention des risques. Il s’agit d’offrir aux salariés et aux parties prenantes de l’entreprise un environnement de travail sécurisé. La sécurité-sûreté corporate réclame d’avoir un esprit très curieux et critique, une bonne culture générale, une éthique, une déontologie et d’aimer l’action car on est proche du terrain.

La profession se féminise-t-elle ?

Ce mouvement est en marche car l’intérêt de féminiser la profession, c’est de le rendre plus humain, plus à l’image de la société. Les femmes apportent leur regard, leur façon d’aborder les sujets, leur sensibilité. Pour l’heure, plus de la moitié des directeurs SSC viennent du régalien. Or il y a très peu de femmes parmi les officiers supérieurs dans les armées. Cependant, il faut savoir que les femmes représentent déjà 57 % des analystes en sécurité-sûreté. Avec la visibilité sur la filière, les perspectives d’évolution et les parcours de carrière qu’apporte l’étude, cela peut donner des idées aux jeunes !

Propos recueillis par Erick Haehnsen

Fabienne Louvet animera la conférence « Attractivité, missions, enjeux et perspectives de la filière métiers sécurité-sûreté corporate en entreprise » lors d’Expoprotection Sécurité. Consultez tout le programme de conférences : ici.

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