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Risques industriels et environnementaux

EPI | Comment bien choisir son masque de protection

Le défaut de masque est considéré dans les entreprises comme une faute. Néanmoins, pour que cette protection soit réellement efficace et effectivement portée par les salariés, encore faut-il veiller à bien la choisir.

Vos salariés portent-ils le bon masque ? La question mérite d’être posée même si l’on sait que la priorité doit être donnée aux équipements de protection collective visant, notamment, à capter les polluants à la source. A défaut de disposer de tels équipements ou de pouvoir en déployer, il est impératif de vérifier que les appareils de protection respiratoires (APR) correspondent bien aux risques encourus, à l’activité du salarié et à sa morphologie.

Appareil filtrant ou isolant ?

« La méthode consiste à analyser d’abord le poste de travail afin d’identifier la nature des contaminants et leur niveau de concentration », indique Michèle Guimon, ingénieur au département expertise et conseil technique de l’INRS. L’organisme a publié l’an dernier un guide pratique pour aider les entreprises à choisir et utiliser les APR. Cette étude disponible en ligne recommande de mener une évaluation de risques prenant en compte plusieurs paramètres. Entre autres, la nature et le rythme du travail à accomplir ainsi que la durée du port de l’APR. Autres critères à prendre en compte, les contraintes imposées au salarié en termes de mobilité, de communication ou de visibilité. L’étude portera aussi sur l’analyse de la configuration des lieux et des conditions de température. En effet, une ambiance très froide peut diminuer l’étanchéité de l’APR au niveau du visage tandis qu’une température très élevée peut ramollir les matériaux plastiques et altérer les performances des filtres antigaz. Même vigilance à adopter pour la teneur en oxygène. De cette information dépend d’ailleurs le choix d’appareil. « En dessous de 17 % d’oxygène, l’utilisateur doit porter un APR isolant, idem lorsque la concentration en polluant est supérieure à 60 fois la valeur limite d’exposition professionnelle », rappelle Michèle Guimon.
Dans ces situations, le salarié est tenu de porter un masque alimenté en air délivré par un réseau d’air ou par un compresseur auquel il est relié par un tuyau. Ce qui limite la liberté de mouvement de l’opérateur. A moins de l’équiper d’une solution dite autonome qui consiste à lui fournir une bonbonne ou une bouteille d’air portative. En revanche, son autonomie dépendra cette fois de la taille des bouteilles. « S’il s’agit d’un excellent moyen de protection, ces appareils sont néanmoins lourds à porter. En outre, ils réclament une formation spécifique et un entretien régulier », prévient l’ingénieur de l’INRS.

« En général, ces appareils respiratoires isolants (ARI) intéressent les services de secours qui doivent intervenir, par exemple, dans des situations où la nature du risque est inconnue », explique pour sa part Linda Kräutle, responsable développement marché « Protection respiratoire filtrante, Détection portable de gaz, de l’alcool et des drogues » chez Dräger Safety France SAS. « Ils équipent aussi les opérateurs qui travaillent dans des milieux confinés tels que des cuves ou des cales de bateaux ou dans des zones contaminées dans des virus aussi dangereux qu’Ebola. » L’arrivée d’air frais au niveau du visage est d’ailleurs plutôt agréable. « Elle donne aux opérateurs la sensation de travailler à l’air climatisé », fait remarquer Laurence Thimonier, en charge du marketing chez Valmy, un autre fabricant d’APR et d’ARI avec 3M, Dräger Safety France et Honeywell Safety Products France, anciennement Sperian.

Jetables ou lavables ?

Toutes les situations de travail ne réclament pas l’adoption de ces dispositifs isolants. Généralement les ARP filtrants suffisent pour retenir les gaz, vapeurs et aérosols (particules liquides ou solides). La majorité des ventes bénéficient d’ailleurs aux masques jetables. Constitués d’une pièce faciale souvent en polypropylène qui s’attache avec deux brides de fixation, ces EPI protègent le nez et la bouche. Les mieux lotis intègrent une soupape expiratoire qui optimise la circulation de l’air en éliminant l’air chaud expiré. A l’exception des masques portant la lettre R comme réutilisables, ces produits sont jetables à la première utilisation. A la différence des demi-masques fabriqués dans une matière souple lavables et réutilisables en élastomère (caoutchouc) comme l’EPDM (éthylène-propylène-diène monomère) ou la silicone. Ces EPI embarquent en général des filtres (cartouches ou galettes par exemple) contenant des charbons actifs servant à fixer les molécules de gaz. Les filtres doivent être régulièrement changés avant que tous les sites actifs du charbon soient saturés.
Les masques les plus confortables intègrent, outre la valve expiratoire, une soupape inspiratoire pour diminuer l’effort respiratoire de l’utilisateur. Idem d’ailleurs pour la version « masque complet », qui recouvre l’ensemble du visage à l’aide d’une protection en polycarbonate ou en acétate, voire même en verre pour en faciliter le nettoyage contre les projections de peinture par exemple. Certains modèles supportent d’ailleurs des visières qui évitent de maculer l’écran facial en cas de projection de produits chimiques ou de peinture. Enfin, pour favoriser la communication entre les salariés, les masques complets intègrent une membrane phonique.

Les normes et filtration
> Trois normes européennes définissent les exigences que doivent respecter les différents types de filtres :
– NF EN 14387 : Filtres antigaz et filtres combinés
– NF EN 143 : Filtres à particules (nouvelle législation P1 2 3 antipoussière R réutilisable, Non Réutilisable 2009)
– EN 149 : Masques jetables

Plus de confort avec la ventilation assistée

Massivement utilisés dans le secteur de l’industrie et des services, ces appareils filtrants, dits à ventilation libre, ne devraient être utilisés que pour une durée limitée. En effet, le passage de l’air au travers du filtre est assuré par les seuls échanges respiratoires du porteur, ce qui les rend difficiles à supporter en cas d’effort durable. A la différence des appareils à ventilation assistée, dits à pression positive. Ces derniers sont équipés d’un ventilateur motorisé qui est relié à des batteries portées à la ceinture. Plus confortables que les APR à ventilation libre, ils permettent d’augmenter le débit d’air respiré et assurent une surpression à l’intérieur du masque. Ce qui permet de chasser les polluants qui tenteraient de pénétrer par le joint facial.
L’INRS recommande ce type d’appareils dès lors que le salarié doit porter son EPI au-delà d’une heure. Confortable, la ventilation assistée équipe les masques complets et les demi-masques mais aussi les cagoules et les casques. Moins étanches que les masques, ces derniers sont préconisés notamment lorsque les salariés portent des barbes ou des cicatrices qui nuisent à l’étanchéité de la pièce faciale. Or, l’efficacité d’un APR se mesure aussi bien sur l’efficacité de la filtration que sur sa capacité à empêcher l’intrusion de polluants à l’intérieur du masque.

Tenir compte des caractéristiques physiques

Voilà pourquoi l’INRS recommande d’ailleurs de tenir compte des caractéristiques physiques de l’utilisateur. Par exemple, il est important de veiller à ce que le masque soit adapté à la morphologie du visage. A charge pour l’entreprise de se renseigner auprès de son fournisseur de masques sur les tailles disponibles et de tester les produits avec ses collaborateurs. « Il faut choisir les modèles correspondant le mieux à la taille du visage et réaliser des essayages et des essais d’ajustement », recommande Michèle Guimon. Ces tests sont d’autant plus importants qu’ils permettent d’identifier s’il existe des allergies dues à certains matériaux. C’est aussi l’occasion de les former au port du masque sachant qu’un EPI mal ajusté perd en efficacité.
Eliane Kan/agence TCA-Innov24

Savoir choisir ses filtres
Pour aider les entreprises à choisir leur masque, les fabricants estampillent leurs produits avec des bandes de couleurs et une nomenclature spécifique à chaque polluant.
A chaque type de polluant (gaz, vapeur, aérosol) correspond un filtre spécifique dont l’efficacité est indiquée par sa classe d’appartenance allant de 1 à 3. Par exemple, les masques filtrants jetables ou réutilisables (Filtering Facepiece Particles, en français pièce faciale filtrante antiparticule) les plus performants sont repérables grâce à l’identifiant FFP3. Idem pour le classement des filtres anti-aérosols établi par la norme NF EN 143. Moyennant quoi, on sait qu’un filtre P1 arrêtera 80 % de particules liquides ou solides contre 94 % pour les P2 et 99.5 % pour les P3. Ces derniers sont utilisables dans des environnements pollués par des poussières aussi toxiques que l’amiante, arsenic, cadmium, ou plomb, les fumées de soudage, etc. La classe P2 concerne quant à elle les poussières toxiques (bois, résine polyester,…), les virus et bactéries et les fumées métalliques. Enfin la classe P1 s’applique aux poussières gênantes et aux fibres non toxiques
Même principe pour les filtres antigaz et antivapeur dont on mesure la capacité de piégeage par leur classe d’appartenance. A savoir 1 pour les galettes, 2 pour les cartouches et 3 pour les bidons qui offrent donc une autonomie plus grande. Par ailleurs, les filtres antigaz et antivapeur ne sont pas généralistes. Selon leur nature (organique, minéral, acide, etc.) correspondent une couleur (brun, gris, etc.) et une lettre spécifique (A, E, etc.). Lorsque le filtre est efficace contre deux familles de gaz, il est repérable par les deux lettres correspondantes. Exemple : AB : gaz et vapeurs organiques et gaz et vapeurs inorganiques. A cela peut s’ajouter leur classe d’efficacité contre les particules. Par exemple ABP1 que l’on repère par des bandes marron, grise et blanche.
Veiller au temps de claquage
Une fois utilisé, il faut veiller à ce que le filtre antigaz ne soit pas saturé. Le danger étant de laisser passer la totalité des polluants. Il convient d’être vigilant car il n’existe aujourd’hui aucun moyen de détecter à quel moment un filtre est saturé (temps de claquage). L’INRS conseille donc de changer de filtre après chaque utilisation et d’autant plus rapidement que l’atmosphère est polluée, humide, et que le débit d’air à filtrer (ou le rythme respiratoire) est élevé. Quant aux masques filtrants et cartouches antiaérosol, leur saturation dépend du niveau de concentration de poussière dans l’air. En principe, l’utilisateur devrait changer de masque filtrant à chaque fois qu’il quitte son poste de travail. Surtout s’il travaille dans une ambiance très poussiéreuse. « Si le masque se colmate avec la poussière, il risque d’éprouver une gêne pour respirer », prévient Laurence Thimonier, en charge du marketing chez Valmy, fabricant français de masques.

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