Gérer les risques
Aujourd'hui et demain

Risques industriels et environnementaux

Centre logistique de la Police nationale à Limoges : le choix des armes

Le Centre Logistique de la Police se construit à Limoges. Des armes de poing, des fusils de précision, des équipements d’intervention, des véhicules y seront traités, réparés ou préparés. La sécurité y sera maximale, les risques limités...

Créé le 19 décembre 2007, l’Etablissement Central de Logistique de la Police Nationale est en passe de devenir une réalité sur plus de onze ha en zone nord de Limoges (Hte Vienne). Pour un investissement total de 27 M€ il regroupera sur un seul site ses quatre activités, traitées jusque là en différents lieux : automobile, armement, magasinage et formations techniques. Installé dans le périmètre de l’ancien centre des Télécoms, il utilisera une partie des bâtiments de ce dernier, et bénéficiera de l’apport de nouvelles structures en cours de finition, plus adaptées à ses missions.

Voulu opérationnel à 100 % pour le printemps 2011, le lieu est déjà occupé par les unités d’armement et de magasinage, en attendant l’emménagement de l’atelier central automobile – implanté en 1947 au cœur de la capitale porcelainière – et l’aménagement définitif de ses salles de cours. Très peu de citoyens connaissent le rôle de Limoges en matière de préparation des véhicules de Police, qui s’y fait discrètement depuis la fin de la seconde guerre mondiale et sa compétence nationale en la matière. Très peu en connaîtront également l’extension, les autorités du Ministère de l’Intérieur restant, à juste raison, les plus réservées possible en la matière, du moins quant aux détails concernant la protection. Ce qui se comprend parfaitement, lorsque l’on sait que, hormis les secrets liés à la recherche sur des matériels sensibles – configuration d’armes spéciales, équipements électroniques sophistiqués, blindages et hautes technologies – l’endroit abritera en permanence un nombre d’armes individuelles conséquent.

Ainsi des 160 000 Sig-Sauer SP 2022 attribués aux fonctionnaires de la Police Nationale, qui y sont ou seront réceptionnés pour une mise en service, (4 cartouches tirées par exemplaire, après un examen complet, avant remise dans une mallette à l’intéressé, avec chargeur de rechange et accessoires). Ils y subiront, si besoin, toutes opérations de maintenance ou de remise en état après incident. Ainsi des tasers, flash-balls, fusils à pompes, fusils d’assaut, etc. appelés à suivre un parcours identique, tandis qu’au rayon habillement, les gilets pare-balles, et pièces d’équipement dites sensibles feront de même. De quoi faire rêver les truands, les mafias, les trafiquants, et autres prédateurs, pouvant être attirés au premier chef par cette caverne d’Ali Baba d’un nouveau genre.

Les dangers du métier

« En dehors des cartouches utilisées pour les essais, nous n’avons ici que très peu de munitions, pas du tout d’explosifs, et pas plus de produits chimiques dangereux que n’importe quelle entreprise… » : Dominique Cappelletti, directeur nommé en 2007 à la tête du Centre limougeaud, dresse un inventaire des risques concernant son personnel. Entre les outils de manutention dans les magasins – transpalettes, chariots élévateurs, engins divers – et les tâches y afférant, on ne relève dans les locaux guère plus de facteurs d’incidents ou d’accidents du travail que dans d’autres domaines civils. Côté garage, lorsque ce dernier sera mis en place, l’analyse est identique, puisque l’on y effectuera des travaux de mécanique, carrosserie, peinture, pose d’accessoires électroniques, etc.. Quant aux salles de cours et annexes réservées à l’enseignement des personnels, leur dangerosité paraît extrêmement limitée, tant est pointue la vérification des identités des occupants – on circule sur tout le périmètre avec un badge – et on imagine mal un intrus hors du sérail s’introduire dans une enclave policière de ce type. 

Reste la partie liée à l’armement, zone la plus protégée et la plus fermée de tous les bâtiments (qui ont été classés en trois cercles de protection) implantée au cœur même du Centre. Ici travaillent des armuriers et des techniciens – certains sont policiers, d’autres simples fonctionnaires du Ministère de l’Intérieur – qui ont pour mission la réception, le contrôle, la ventilation et la réparation des armes. Ces professionnels, manipulant en permanence des culasses, ressorts ou canons, n’ont que très rarement l’occasion d’approvisionner les chargeurs, et encore moins de tirer des balles. Seuls les spécialistes des essais – qui par contre le font en permanence – viennent sur un pas de tir fermé, à l’entrée interdite, sorte de tunnel de 25 mètres de long dans lequel personne ne peut circuler.

« Nous n’avons jamais eu à déplorer le moindre accident, souligne le responsable, sauf comme partout, un doigt coincé dans un mécanisme, ou un carton tombant sur un pied.. Les hommes chargés de la manipulation des armes sont tous parfaitement rodés à leurs dangers, tous d’une extrême prudence, et tous hautement spécialisés. Les règles de sécurité sont conçues pour éviter justement tout tir accidentel, avec la notion majeure qui est de ne pas faire voisiner armes et munitions… ».

L’ECLPN et ses missions

La vocation de l’établissement réside dans la rationalisation immobilière avec la fusion de trois sites en un seul et le désengagement du Chesnay. Elle est aussi une rationalisation de la fonction logistique issue de la réduction des capacités de stockage de la police liée à l’externalisation de l’habillement et à la restructuration du réseau des armureries.

> L’ACA (Atelier Central Automobile) et ses 130 agents est en cours de transfert du centre ville à la zone nord. Il réalise des prototypages et des adaptations spécifiques aux véhicules de police. Son déménagement permettra de doubler sa capacité de production qui passera de 25 prototypes et 300 véhicules aménagés en 2007 à respectivement 130 et 730 en 2012.

> Le CTA (Centre Technique de l’Armement) assure la maintenance et la réparation des armes venues de la Police, puis bientôt de la Gendarmerie et des Douanes. Essais, améliorations adaptations à des missions particulières, « inventions » de nouvelles armes sont également au programme. Surface 3 200 m², 6 000 armes individuelles et 2 000 armes collectives reconditionnées annuellement.

> Le MCPN ou Magasin Central reçoit, contrôle et stocke les produits techniques et de protection. Auparavant implanté au Chesnay près de Versailles, il est en cours de délocalisation sur Limoges. Sur 10 000 m² y seront détenus en permanence plus de 10 M€ de valeurs-équipements.

> Le CFTD (Centre de formation technique et documentation) qui existait déjà au sein de l’ACA connaîtra un nouveau développement et aura une compétence désormais nationale. 1.100 stagiaires y seront accueillis chaque année, venus se former à la logistique automobile, armement, outillage spécialisé. 200 agents de services de sécurité hors police pourront y être reçus.

Fort Knox

Les 11,6 ha de l’ECLPN de Limoges font l’objet d’une attention toute particulière et d’une surveillance de tous les instants. Comme il est écrit précédemment, trois zones de sécurité y ont été définies, partant du pourtour pour évoluer en cercles concentriques vers le cœur armurier de l’ensemble. Un poste de garde régit l’entrée principale, occupé en permanence par un personnel dédié, chargé de l’accueil, de la vérification d’identité et de la délivrance des laissez passer aux visiteurs.

La défense périmétrique consiste dans des palissades métalliques grillagées vraisemblablement électrifiées, qui sont doublées après le second cercle. Toutes les portes, moyens d’accès, ouvertures sont soit blindés, soit connectés électroniquement, le tout bénéficiant selon les bâtiments de systèmes de détection d’intrusion, de capteurs volumétriques, etc. Pour des raisons de sécurité évidentes, le Ministère ne publie pas les détails de ces installations, qui sont évidemment suffisamment opérationnelles pour répondre à toute tentative d’effraction ou d’entrée non autorisée.

Le cœur du Centre – l’armurerie – est bien entendu le plus équipé en la matière. Sans compter les cloisonnements internes, qui en font une sorte de vaste cage elle-même divisée en compartiments grillagés et fermés dans lesquels se rangent les caisses de matériel – les pistolets dans leurs coffrets reposent dans des cartons à l’apparence anonyme – les armes en traitement, les munitions, et autres matériaux guerriers. Le stock en place reste limité aux besoins du service, à raison de quelques centaines voire quelques dizaines d’armes présentes quotidiennement dont le plus grand nombre ne fait que transiter rapidement.

« Les entrées y sont limitées aux seuls besoins des personnels, détaille Dominique Cappelletti, et la configuration des locaux fait que tout inconnu y serait rapidement détecté. Chaque porte de communication est protégée par une serrure électronique, que nul ne peut actionner s’il n’est pas initié, et les tâches qui y sont effectuées ne concernent de plus qu’un nombre restreint de fonctionnaires, armuriers, techniciens. »

Union sacrée

Dans le cadre du projet de mutualisation entre police et gendarmerie, le site limougeaud aura à traiter les armes et les véhicules des deux corps. Ainsi du Sig Sauer qui devient commun à tous les fonctionnaires armés, mais aussi des prototypes et des aménagements des véhicules. Les bureaux d’études des deux partenaires sont à cet effet en phase de fusion.

La gendarmerie disposait déjà à Limoges d’un service régissant l’ensemble de ses travaux d’imprimerie. Il prendra en charge également ceux de la Police Nationale qui y transférera ses propres ateliers. Au Blanc (Indre), les militaires gèrent leur CAGN, Centre Administratif, dans lequel seront à l’avenir assurées des missions de logistiques et d’approvisionnement communes. Enfin, le CNEFG (centre d’entraînement de la gendarmerie) de St.Astier en Dordogne se rapprochera pour ses besoins techniques de l’établissement limousin.

Des moyens et des hommes

Les pourtours de l’ECLPN sont protégés par des entreprises de sécurité elles mêmes en rapport constant avec les services de police, de gendarmerie, de pompiers alentour. Répertorié, le lieu bénéficie de toute l’attention de ces différents services, prêts à intervenir à la moindre alerte selon leurs compétences. Des équipes de garde intérieures complètent le dispositif dans des proportions dont les détails restent confidentiels, mais l’ensemble est à toute heure sous une surveillance constante.

« Je vois mal un commando nous attaquer, estime le directeur, d’autant plus que toute action rapide sera freinée par les défenses structurelles, électroniques, et autres avant d’arriver au cœur du centre, qui est le seul point pouvant intéresser des terroristes ou des individus malveillants. Le magasin, qui abrite les gilets pare balles, et les équipements de défense est tout aussi inaccessible, et j’imagine difficilement pouvoir sortir de nos garages des véhicules blindés autrement que par la force. Ce qui signifierait une véritable opération de guerre, avec tout ce que cela comporte, mais toute la zone serait alors envahie par les forces de défense.. Un cambriolage effectué par une équipe ou à fortiori un particulier est tout aussi improbable, en regard des défenses installées. Pour dérober une caisse de Sig Sauer, il faut passer plusieurs portes, sous blindage, hautement sécurisées, neutraliser des capteurs et autres alarmes que je n’ai pas révélé. C’est mission impossible, réalisable peut-être dans un film du même nom, mais peu applicable dans la réalité…».

Armureries sous surveillance

Les risques de vols menés par des groupes terroristes, et notamment l’ETA – qui a fait de la région centre France et limousin une de ses bases arrières – ont étés révélés en septembre dernier par une note venue de l’UCLAT (unité de lutte anti terroriste). Des cibles potentielles ont été désignées dont les réserves des services de police et gendarmerie, l’organisation espagnole étant en recherche d’approvisionnement après la neutralisation récente de plusieurs de ses caches. Des consignes ont donc été données il y a quelques semaines afin de renforcer la surveillance des lieux sensibles, comme l’ECLPN limougeaud.

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