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Santé et qualité de vie au travail

Un tiers des agriculteurs en état d’épuisement professionnel

Le burn-out est en train de faire flamber la santé de nos agriculteurs. La Chambre d’agriculture de Saône-et-Loire vient de publier une étude alarmante sur cette profession où l’on travaille en moyenne pas moins de 50 heures par semaine.

Epandage de pesticides.

Epandage de pesticides.
© Serge Morillon / INRS

Alors que le Salon de l’Agriculture vient de fermer ses portes samedi 1er mars, soit un jour avant la fermeture prévue à cause du coronavirus, de nombreuses questions restent en suspens. Outre les enjeux écologiques, de traite des animaux et d’agribashing, soit la condamnation systématique de ce métier, les agriculteurs font également face à une explosion de cas de burn-out. Surcharge de travail, manque de sommeil et sentiment de ne plus être maître de son destin en seraient les maîtres mots. Pour alerter sur ce fait, la Chambre d’agriculture de Saône-et-Loire vient de présenter une étude inédite sur les causes qui ont conduit à l’épuisement professionnel dans ce métier où, selon la Mutualité sociale agricole (MSA), un agriculteur se suicide par jour. 

35,1% des agriculteurs en risque de burn-out

Pour mener à bien cette enquête, le département a fait appel en 2018 à l’Observatoire Amarok, une association spécialisée dans la santé physique et mentale des travailleurs non-salariés. A travers plusieurs vagues de sondage, il s’agit de questionner les agriculteurs en charge des 7 000 exploitations locales sur les situations professionnelles de fragilité. Au total, les chercheurs ont obtenu pour 2019, un retour de 4 000 questionnaires renvoyés par courriel. Résultat, pour l’observatoire, 35,1 % des agriculteurs apparaissent en risque de « burn-out ». Une situation particulièrement préoccupante comparée aux autres catégories de chefs d’entreprise (17,5 %). 

Près d’un quart travaillent 70 heures par semaines

Pour expliquer cet état d’épuisement professionnel, il n’y a pas à chercher très loin, selon l’étude, la plupart des agriculteurs ont atteint des horaires « d’un niveau extrême » : Seul 9 % se contente de travailler moins de 40 heures, tandis que la plupart, 77 % sont à 50 heures, et que 21 % dépassent même 70 heures. Et pour remplir ces obligations, c’est le temps de sommeil qui est sacrifié, au profit du temps de travail. Si le Français moyen dort en moyenne 7h04 par nuit, l’agriculteur ne s’offre que 6h20 à 6h30, soit 150 à 200 heures de sommeil en moins à la fin de l’année.

La crainte de ne plus maîtriser son destin

Et c’est sans compter sur l’évolution des marchés agricoles qui n’est pas toujours bien vécue par les agriculteurs. «Dès qu’un agriculteur est sur une forme de marché mondialisé, dont les prix ne sont pas négociés, il a le sentiment qu’il ne maîtrise plus son destin. Or le sentiment de maîtriser son destin est bon pour la santé », déplore Olivier Torres, professeur à l’Université de Montpellier qui a créé l’Observatoire Amarok. 

Des travailleurs engagés jusqu’au cou

Autre facteur important, la plupart des agriculteurs sont des travailleurs indépendants. En engageant leur patrimoine propre pour exercer leur activité, ils mouillent leur chemise. De fait, en cas de faillite, « ils ont en plus le sentiment qu’ils liquident l’entreprise familiale. Ils sont en danger suicidaire fort », s’alarme le chercheur.

Un risque de suicide élevé

De fait, selon les chiffres les plus récents de la MSA, au plus haut de la crise en 2015 dans le secteur laitier, 372 suicides, soit plus d’une victime par jour, contre 150 cas en moyenne par an entre 2007 et 2011.« Il y a une comorbidité entre l’épuisement professionnel et le risque suicidaire », constate Olivier Torres, tout en précisant que « ce n’est pas la même chose ». 

Des cellules à l’écoute

Si les questionnaires demeurent anonymes, l’observatoire prévient que pour les sondés dont le score serait trop inquiétant sur « l’échelle de l’épuisement de Pines », ou « l’échelle du désespoir », il est possible se tourner vers un psychologue ou vers la cellule Agri-Ecoute lancée par la MSA.

Ségolène Kahn

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