Thomas Roul (Ecophon) :  « Quatre facteurs psychoacoustiques influencent la perception de la gêne sonore »

Qu’est-ce que la psychoacoustique ? 

Deux personnes exposées à un bruit d’une même intensité sonore ne ressentiront pas la même gêne. L’analyse physique du son ne nous permet pas d’expliquer ces différences puisque celles-ci sont d’ordre subjectif, voire psychologique. C’est le domaine d’études de la psychoacoustique : le croisement entre la perception et l’interprétation du son (de l’ordre de la psychologie) et l’analyse physique de ce son (de l’ordre de l’acoustique).

D’où provient ce concept?

La psychoacoustique est un domaine académique qui relève de la psychologie expérimentale. Laquelle s’est beaucoup intéressée à la perception de la musique ainsi qu’à l’impact du son sur nos capacités cognitives, notre capacité à apprendre, à réfléchir. Elle est très proche de la psychologie environnementale qui, pour sa part, s’intéresse à l’impact de l’environnement (physique et social) sur les individus. On peut dire que c’est une discipline majoritairement anglo-saxonne, peu développée en France.

En quoi ce concept mérite-t-il d’être pris en compte dans la conception des bureaux ?

L’approche psychoacoustique est particulièrement intéressante lorsque l’on sait que certaines études ont montré que la variation de la gêne sonore ressentie peut être expliquée à hauteur de 50% par des facteurs psychologiques et subjectifs, contre seulement 25% par des facteurs physiques. Prendre en compte la dimension psychologique du son, c’est donc mieux comprendre la gêne sonore. Cela nous permet donc de mieux l’anticiper, voire de l’éviter.

A quels facteurs êtes-vous plus particulièrement attentifs en tant que spécialiste de l’acoustique des espaces de travail ? 

Dans l’environnement des bureaux, nous nous focalisons sur quatre facteurs psychoacoustiques qui ont une véritable influence sur la perception de la gêne sonore : les tâches et les activités, le contexte et l’attitude, c’est à dire notre tolérance face au bruit varie selon le contexte dans lequel nous la percevons. A cela s’ajoute le sentiment de contrôle : quand pensons-nous avoir la possibilité d’échapper au bruit et de s’en protéger ? Enfin la personnalité et l’humeur influencent notre perception et notre tolérance face au bruit.

En quoi la prise en compte de la psychoacoustique va-t-elle améliorer le confort sonore dans les bureaux ?

L’acoustique occupe une part de plus en plus importante dans la conception de nos bureaux grâce à l’expertise des acousticiens et à des normes acoustiques de plus en plus précises. La plupart du temps, les solutions proposées restent toutefois standard selon le type de bureaux. Elles ne parviennent pas à prendre en compte la spécificité des occupants. C’est-à-dire ce qu’ils font et ce qu’ils sont. La prise en compte de ces quatre facteurs psychoacoustiques, au-delà des paramètres physiques du son, permet d’affiner le cahier des charges en proposant une solution sur mesure. L’approche psychoacoustique accompagne l’acousticien dans ses recommandations en termes de correction acoustique mais elle permet aussi d’optimiser l’aménagement de l’espace et à la gestion des collaborateurs, deux facteurs – trop souvent négligés – qui ont un rôle majeur dans l’environnement acoustique de nos bureaux.

Comment répondez-vous à cette problématique ?

En tant qu’industriel spécialiste du traitement acoustique intérieur des bâtiments, à travers des solutions acoustiques concrètes au mur et au plafond, nous avons travaillé au développement d’une nouvelle façon d’évaluer la qualité acoustique des environnements de travail. A l’ère du digital, nous avons développé un questionnaire en ligne à remplir par l’ensemble des occupants des bureaux. Lequel repose sur les grands principes et savoirs de la psychoacoustique.

A quoi sert ce questionnaire ? 

C’est un outil rapide et efficace pour mesurer la satisfaction des occupants sur leur lieu de travail et pour réaliser un premier diagnostic acoustique des locaux. Après analyse des réponses, nous émettons des conseils et des recommandations concernant l’environnement de travail et sa correction acoustique, l’aménagement organisationnel ainsi que les règles de vie et les comportements à adopter sur les lieux. L’entreprise comprend alors comment améliorer son environnement. Cette analyse accompagnera également les acousticiens et les ergonomes pour proposer les solutions qui correspondront au mieux à l’entreprise. La planification acoustique a longtemps été focalisée sur les bâtiments et les activités. Chez Ecophon, avec notre approche psychoacoustique, nous souhaitons remettre l’humain au centre du débat.

Propos recueillis par Eliane Kan

 


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