Gérer les risques
Aujourd'hui et demain

Risques industriels et environnementaux

Stades de football | Comment éviter le drame ?

La France est officiellement désignée par l'UEFA pour organiser l'Euro 2016. Une fierté nationale mais aussi une responsabilité pour les organisateurs.

La gestion de la sécurité dans les stades n’est pas une mince affaire. « Le gouvernement est le premier responsable au titre de sa mission générale de maintien de l’ordre », lance un responsable juridique de l’Union des clubs professionnels de football (UCPF), membre de la Commission nationale mixte de sécurité et d’animation dans les stades, qui fournit un espace de concertation pour dessiner le cadre sécuritaire du football français. « En théorie, ce sont les instances du football (Fifa, UEFA, FFF, LFP…) qui fixent les référentiels des règles de la sécurité dans les stades. » Dans la pratique, la Fédération française de football (FFF) qui, pourtant, représente ce sport, délègue cette gestion à la Ligue de football professionnel (LFP). En outre, lorsqu’il s’agit d’une compétition internationale ou européenne, il faut prendre en compte les règles de la Fédération internationale de football association (Fifa) et de l’Union des associations européennes de football (UEFA)… Finalement, la  »patate chaude » est renvoyée aux clubs de football, lesquels bottent en touche et se défaussent sur leurs directeurs de la sécurité, véritables centres de gravité du dispositif sécuritaire. « Responsable de la sécurité, c’est une aventure humaine », souligne Michel Billard, directeur de la sécurité du club d’Auxerre (Yonne). Pendant les matchs, une cellule de management de la sécurité est constituée : le poste de commandement (PC). Sur place sont présents des représentants de la police, de la protection civile et du ministère de la Justice. Installés sur des pupitres, séparés par de minces parois, ils gèrent la sécurité du stade en temps réel. Sur la table est posé un plan de sécurité intérieur (PSI), document qui réunit toutes les procédures d’urgences applicables à l’événement.

Vidéosurveillance

Face à eux se dresse un mur d’écrans plats, le centre de contrôle. Sur ordre de la LFP, les responsables sécurité doivent s’appuyer sur le réseau de caméras de surveillance du stade. Les opérateurs du club sont donc aux manettes des caméras de vidéosurveillance du stade et utilisent deux types de caméras : « Des modèles fixes, sortes d’œil immobile dirigé vers des zones jugées sensibles, par exemple les entrées des stades, qui sont particulièrement stratégiques », explique Jean-François Girard, directeur de la sécurité du club de football de Metz (Moselle). « Viennent ensuite les dômes mobiles, munis d’un objectif qui se déplace. De cette façon, nous pouvons les diriger à distance et établir la surveillance sur une zone plus vaste. » Les caméras sont alors équipées d’un zoom capable d’aller chercher un détail à plusieurs centaines de mètres. Objectif : localiser, identifier mais également photographier les fauteurs de troubles et accélérer leur interpellation. « En France, la vidéo est devenue un véritable élément à charge contre les auteurs d’infractions pénales ! » s’exclame Patrice Ferrant, directeur du développement de la société Mobotix, société allemande, leader mondial dans la fourniture de système de vidéoprotection en haute définition (HD). « La photographie est ajoutée au dossier du magistrat comme élément de preuve supplémentaire. » Problème : dans 80 % des cas, la qualité des imprimés est trop mauvaise pour pouvoir constituer une preuve. Par ailleurs, Mobotix a développé son propre format de compression numérique, le MxPEG, visant à garantir la valeur juridique des images extraites. « Prochaine étape, la 3D », annonce Patrick Ferrant.

 « En France, la vidéo est devenue un véritable élément à charge contre les auteurs d’infractions pénales ! »
(Patrice Ferrant)

Profession « stadier »

Pour isoler rapidement les situations à risque sur les écrans de contrôle, le dispositif vidéo est complété par une présence physique dans le stade. Ce sont les  »stadiers », des agents de sécurité privée, chargés d’indiquer aux opérateurs vidéo à quels endroits reporter leur attention. « On ne remplace pas l’intelligence humaine ! », s’exclame Jean-François Quéré, directeur sécurité du club de Brest. « Répartis en fonction des caméras de surveillance, chacun est équipé d’un bipeur pour donner l’alerte. » Par exemple lorsque se déclare une bagarre ou un malaise en tribune. « Les opérateurs vidéos n’ont plus qu’à se référer à la caméra concernée pour visualiser le problème. » Dans d’autres clubs, la procédure fonctionne à l’inverse. « C’est le PC qui donne l’ordre à un stadier d’aller jeter un coup d’œil dans les tribunes pour vérifier une situation ou faire passer une information », précise Jean-François Girard. Outre cette fonction de support et d’alerte, les stadiers peuvent aussi être embauchés pour des missions plus larges par les clubs. Contrôle des accès et accueil de la foule à l’entrée s’ajoutent alors à l’encadrement des supporters. « Un stadier s’occupe, en moyenne, de 100 spectateurs », détaille Jean-François Girard. Avec 10 000 supporters venus assister à la dernière saison, le club ne disposait donc que de… 100 stadiers ! Un personnel qui, en outre, est régulièrement rappelé à l’ordre pour ses méthodes « viriles ». « Reste à obtenir un agrément préfectoral pour exercer ce métier », précise Michel Billard. « Il existe aujourd’hui des diplômes qui conduisent à ce poste. » Mais, dans le feu de l’action, c’est le jeu des muscles qui prime face aux fauteurs de troubles.

Les correspondants « hooliganisme »
Il peut s’agir de policiers des Services départementaux de l’information générale (SDIG). Autrement dit, d’anciens RG. « Il y a un correspondant par département et sept correspondants répartis par zone, sur le territoire », précise Antoine Boutonnet, commissaire historique de la Division nationale de lutte contre le hooliganisme (DLNH). « Ils ont des contacts avec tous les groupes de supporters qu’ils rencontrent régulièrement. »

Ultra-violence

Ils se battent pour le plaisir et se font appeler « Hooligans ». Pétris de clichés racistes, antisémites et xénophobes, certains se promènent torses nus, cranes rasés, arborant des croix gammées et autres signes idéologiques forts… Différents, mais non moins dangereux, les « Ultras » se contentent d’un jogging aux couleurs de leur équipe. Moins politisés, il s’agit surtout de groupes de supporters exaltés, chargés d’organiser le soutien à leur équipe indépendamment des clubs. De l’affrètement de cars de supporters à la distribution de banderoles et d’engins pyrotechniques, ils franchissent parfois les limites légales de leur passion. Dans tous les cas, ces supporters surexcitées parasitent le bon déroulement des matches de football en insultant et frappant les autres spectateurs. « Nous avons cassé la spirale de radicalisation du comportement des supporters. Reste à enrayer le phénomène », assure Antoine Boutonnet, commissaire historique de la Division nationale de lutte contre le hooliganisme (DLNH), une structure créée en 2009 par le ministère de l’Intérieur pour tenter d’enrayer ce fléau. Du point de vue des autorités, il y a trois catégories de supporters : la catégorie A qui regroupe les populations sans risque, la catégorie B qu’il faut surveiller et la catégorie C qui comporte les ultra-violents. « Nous sommes en passe d’éliminer la dernière », explique Antoine Boutonnet. Pourtant, les clubs les plus modestes en font encore les frais. « Nous sommes confrontés aux hooligans qui supportent nos adversaires », souligne Michel Billard. Pour prévoir à l’avance leurs déplacements, la DNLH dispose d’un réseau d’agents au contact de ces groupes violents : les « correspondants hooliganisme » (lire encadré).

« La DNLH a cassé la spirale de radicalisation des supporters. »
(Antoine Boutonnet)

Tolérance zéro

En pratique, il est très difficile d’empêcher ces perturbateurs de pénétrer dans l’enceinte du stade. « Ils ne posent pas de problèmes à l’entrée mais leur comportement change une fois à l’intérieur », regrette Annie Saladin, directrice de la sécurité du club de Lyon, seule femme à tenir ce type de poste en France. Pour résoudre ce dilemme, la DLNH d’Antoine Boutonnet adopte une stratégie à trois volets : identification, interpellation, sanction. Pour le commissaire, la ligne de conduite est claire : « Tolérance zéro ! Notre rôle vise à identifier les fauteurs de troubles à l’intérieur des groupes et à les neutraliser. » Quatorze sections d’intervention rapide (SIR) sont mobilisées sur le territoire. Le sigle « Police nationale » ressort en blanc sur leurs joggings bleu. « Leur présence est, avant tout, préventive », souligne Antoine Boutonnet. « Mais lorsqu’un individu dangereux est repéré, les policiers attendent le moment propice et procèdent à son interpellation. » En toute sécurité. « Ces professionnels, à la fois très sportifs et très bien entraînés, connaissent parfaitement l’environnement dans lequel ils travaillent », poursuit Antoine Boutonnet. Par groupes de six, munis de minicaméras qu’ils portent à la main ou à la poitrine, ils écument les « zones grises » des stades, des endroits inaccessibles aux caméras. En outre, le dispositif policier est complété par des policiers en civil. Surnommés « Spotters », ils arpentent discrètement les gradins, yeux grands ouverts. Des centaines de visages sont enregistrés dans leurs mémoire. « Ils s’agit de physionomistes capables de reconnaître au premier coup d’œil les interdits de stades !  » explique le commissaire de la DNLH (lire encadré).

Les interdits de stade
Une punition efficace pour freiner les ardeurs de ces fanatiques : l’interdiction de stade oblige les personnes concernées à pointer au commissariat de leur ville à chaque match joué par leur équipe, en France ou en Europe. Actuellement 389 personnes tombent sous le coup de cette interdiction, dont 226 pour des raisons administratives et 163 pour des raisons judiciaires, selon la Division nationale de lutte contre le hooliganisme.

Terrorisme

Les policiers déployés au milieu de la foule traquent également la présence de sacs abandonnés dans les gradins. « Lorsqu’on accueille 40 000 personnes, on devient instantanément une  »cible » potentielle pour n’importe quel terroriste », lance Annie Saladin. Malgré les contrôles à l’entrée, un engin explosif peut facilement être introduit dans l’enceinte sportive… « Le risque n’est pas exclu… Nous ne disposons pas de portiques de détection comme dans les aéroports », reconnaît la directrice, qui balaye pourtant l’idée de demander à sa ville, propriétaire du stade comme dans la majorité des cas, d’investir dans ce type d’équipement. « Nous le ferons peut-être un jour mais il sera alors très difficile de contrôler tout le monde dans les temps ! » Pour l’instant, le personnel d’accueil n’est pas habilité à fouiller les sacs des spectateurs à l’entrée du stade. « Tout au plus, peuvent-ils jeter un coup d’œil rapide à l’intérieur… et le secouer pour faire bouger son contenu », explique Annie Saladin. Actuellement, aucun stade français n’a encore été visé. Mais le risque se rapproche : le 31 mars dernier, un homme de 25 ans était interpellé à l’extérieur du stade du Borussia Dortmund, en Allemagne, alors qu’il se préparait à commettre un attentat. A son domicile, la police fédérale a mis la main sur plusieurs charges explosives… « La menace terroriste est bien présente et parfaitement intégrée à nos processus », souligne Antoine Boutonnet. « Nous collaborons avec les services de renseignement européens. Ce qui nous donne une longueur d’avance ! »

« Nous sommes confrontés aux hooligans qui accompagnent nos adversaires. » (Michel Billard)

Services de secours

Reste qu’en cas d’incident, il faut pouvoir agir très rapidement. « S’il n’y a pas de caserne à moins de 15 km, mieux vaut organiser une présence des pompiers à l’intérieur du stade », explique Michel Billard du club d’Auxerre. Or, la présence des pompiers n’est pas obligatoire… En revanche il est impératif de bénéficier d’un service de premiers secours. Des professionnels, issus d’associations de type Croix-Rouge, sont alors embauchés comme vacataires puis dédommagés par le club sous forme de dons associatifs.
« Ils interviennent par équipes de quatre personnes », indique Annie Saladin.
« Chaque équipe dispose d’un défibrillateur pour prévenir les accidents cardiaques dans le public. » Les victimes sont ensuite transportées dans l’une des quatre infirmeries du stade pour y recevoir des soins. A savoir : des locaux de 24 m² situés en pied de tribunes et dotés de larges portes pour faciliter l’accès des civières et des fauteuils roulants. « En fonction de leur état de santé, les victimes sont prises en charge par les pompiers ou le samu et transférées vers l’hôpital le plus proche », souligne Annie Saladin. En cas de force majeure, les pompiers ne sont jamais bien loin et peuvent à leur tour investir les tribunes pour secourir le public. Si la situation se complique, ils peuvent également choisir de déplier un poste médical avancé (PMA), un espace dédié de 200 m² à l’intérieur du stade. « C’est un grand chapiteau à proximité des tribunes. Nous pouvons faire atterrir des hélicoptères, si besoin est », explique Jean-François Girard.

Innovation dans la gestion de flux
L’informatique va-t-elle révolutionner la sécurité dans les stades grâce à une
gestion précise du nombre de stadiers en fonction des contextes évolutifs ?
« Oui ! » acquiesce Julien Piwowar, P-dg de Pacifa Decision, une société qui
commercialise une solution informatique clé en main, destinée
aux directeurs de sécurité. L’idée : modéliser le stade en 3D et simuler
les flux de supporters. Objectif : envisager plusieurs configurations
de fréquentation du stade et anticiper les besoins réels en effectifs
de stadiers au niveau de chaque accès. « Un avant-goût du match ! »
s’exclame-t-il.

Mouvements de foule

Il faut également se prémunir contre les mouvements de panique provoqués par un accident, une bagarre, un incendie ou tout autre type d’événement susceptible d’amener la foule à effectuer un déplacement massif depuis l’intérieur vers l’extérieur du stade. « Dans ce cas, je redirige les flux de spectateurs de chaque coté de la tribune, à l’arrière et en contre-bas », explique Annie Saladin. Objectif : répartir la foule en deux endroits opposés de manière à éviter que se forme un goulot d’étranglement. « A l’arrière des tribunes se trouvent les entrées par lesquelles les spectateurs sont arrivés et d’où ils peuvent repartir en longeant les couloirs d’accès de 8 à 10 mètres de large, c’est-à-dire les  »voies pompiers », selon le terme consacré », poursuit la directrice de ligue 1. « En contrebas, un système de portes donne au public un accès direct aux bords des pelouses. En cas d’évacuation d’urgence, des portails ouverts mais surveillés donnent immédiatement sur le terrain de jeu. » Des extincteurs restent accessibles dans différentes zones du stade, notamment au pied des tribunes, pour faire face à un éventuel incendie. Guidés par de puissants haut-parleurs qui dispensent les instructions à suivre, les spectateurs longent les murs du stade jusqu’aux grands portails qui débouchent sur les rues aux alentours.

© Guillaume Pierre / Agence TCA-innov24

Défauts de construction : comment éviter le drame ?
Un second ouvrier a récemment trouvé la mort, suite à l’effondrement d’une partie de la toiture d’un stade de football en construction, à Enschede, aux Pays-Bas, début juillet. A la veille de l’Euro 2016, la question brûle les lèvres de savoir si ce type d’accident peut se produire en France. A en croire le rapport  »Grands Stades », rendu en décembre 2010 par feu Philippe Séguin à François Fillon : en termes de sécurité dans les stades, l’Hexagone fait pâle figure face à ses voisins européens. Seul le Stade de France, à Saint-Denis, est jugé  »satisfaisant ». Or il faut savoir que sa toiture elliptique pèse la bagatelle de 13 000 tonnes, c’est-à-dire l’équivalent de deux tours Eiffel. Elle est divisée en portions. Chacune est suspendue à un mât profondément enraciné dans le sol et reliée aux autres. Résultat : le toit oscille d’un bloc au grès du vent. Alourdi par d’imposantes ceintures de béton, en cas de tempête, le toit du Stade de France « tangue mais ne cède pas », pour paraphraser la célèbre fable de Jean de la Fontaine dans Le Chêne et le Roseau. Reste que les tribunes peuvent céder sous le poids des mouvements de foules. A ce sujet, personne n’a oublié l’épisode tragique survenu en Corse, à Furiani, en mai 1992 : une tribune provisoire s’était écroulée alors que les supporters frappaient du pied sur le sol pour battre la mesure de la rencontre. Pour y remédier, les concepteurs de ces équipements prennent soin d’épaissir les structures de manière à réduire les problèmes vibratoires d’entrée en résonance, bien connus dans les ouvrages d’art. Toutefois, un stade surpeuplé reste dangereux car il dépasse alors les limites pour lesquelles il a été conçu.

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