Gérer les risques
Aujourd'hui et demain

Risques industriels et environnementaux

Sécurité : la gestion des risques relance la formation

Face aux multiples menaces, les entreprises cherchent à développer de nouveaux profils de gestionnaire des risques au travers de la formation. De quoi redonner des couleurs à l’image de certains métiers.

Les entreprises françaises ont peur. La mondialisation et les technologies ont amplifié les menaces à leur intégrité par l’internationalisation du vol et la criminalité informatique. Du coup, l’heure est à la prévention tous azimuts : « Depuis 2001, les entreprises ont pris conscience de leur vulnérabilité. Elles ont compris que la sécurité peut être mesure d’économie, rapporte Gérard Parrimond, ancien président du Syndicat national des organismes de formation en prévention et sécurité modalités d’élaboration de références (Snofops) et consultant en sécurité. Les personnels de sécurité doivent donc passer de la dissuasion par la présence à la gestion des risques, à la prévention et au développement de ripostes aux tentatives d’intrusion et d’agression. Pour cela, les organisations clientes ont besoin de professionnels pratiquant une ingénierie globale de la sécurité ainsi que de technologies de protection de leurs moyens de production de leur environnement, prenant en compte les données sociétales. » En clair, c’est la révolution dans le profil des agents de surveillance et de sécurité.

Cette tendance se confirme également au niveau de la vidéoprotection. « Aujourd’hui, on constate une extension des installations vidéo pour améliorer la surveillance, explique Rémi Fargette, directeur général de l’Association nationale de la vidéoprotection (AN2V) qui propose des formations aux structures privées ou publiques disposant de systèmes de télésurveillance. On assiste aussi à une montée en puissance de la formation des agents de surveillance. Notamment avec des contenus sur la stratégie de vidéosurveillance et aux techniques de restitution des événements visionnés. »
Le cursus s’effectue sur le site de l’entreprise et dure trois jours. Il couvre la théorie et la technique des appareils en trois heures. Vient ensuite la pratique individuelle durant laquelle, à partir de mises en situation, l’agent apprend à comprendre les images qu’il visualise, à suivre des individus à l’aide des caméras disponibles et, enfin, à restituer un compte-rendu clair de ce qu’il a vu. « Avec cette formation, l’opérateur entre dans la peau d’un chasseur d’information. Il en sort remotivé pour son travail et nanti d’une attestation qui confirme son aptitude », souligne Rémi Fargette.

Combler une carence de milliers de cadres. « La vidéoprotection ne peut être la seule arme défensive des entreprises, prévient Jean-Michel Le Menn, chargé de mission au département sécurité économique de l’Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice (INHESJ), établissement public placé sous la tutelle du Premier ministre. « Plus aucune entreprise ne peut faire l’économie de protéger son capital intellectuel, son savoir-faire, ses informations sensibles ou même sa réputation contre les risques d’attaque informatique, d’incendie ou de catastrophe naturelle. », lance-t-il. Dans cette perspective qui globalise l’approche sécuritaire, l’INHESJ a élaboré à l’intention des directions de la sécurité une formation intitulée Protection des entreprises et intelligence économique. D’une durée de 252 heures réparties sur 9 semaines, celle-ci donne lieu à un diplôme conférant la qualité d’auditeur de l’Institut par arrêté du Premier ministre. Dix-sept promotions de 49 participants se sont déjà tenues.
Certes ces apprenants deviennent des experts. Ils sont alors à même de dispenser leurs connaissances à leurs collaborateurs. En revanche, ces bataillons ne couvrent pas la demande. « Il manquerait chaque année plusieurs milliers de cadres dans la sécurité privée, comme cela a été pointé depuis 1979, estime Gérard Parrimond. Principale raison : les entreprises intègrent un responsable sécurité pour respecter la législation. En revanche, elles hésitent à s’attacher des équipes complètes de peur d’alourdir leurs frais fixes. « Elles devront quand même y venir, assure encore Gérard Parrimond. Autrefois, on nommait cadres des techniciens de surveillance ayant le Certificat de qualification professionnelle (CQP) des agents de prévention et de sécurité à l’ancienneté, sans les former. Aujourd’hui, l’ampleur de la tâche sécuritaire oblige à une délégation réelle des responsabilités au sein de l’entreprise. Le métier d’ingénieur en sécurité, pour lequel je travaille à déterminer les qualifications, apparaît et, d’ici peu, les entreprises auront du personnel formé et qualifié à haut niveau. »

Gérard Parrimond, consultant en sécurité.
© D.R.
Gérard Parrimond, consultant en sécurité.
© D.R.

Développer la ‘‘polycompétence’’. Sous l’impulsion de Marc Thierry, conseiller en sécurité à la Direction du patrimoine, l’Association pour la formation professionnelle des adultes (Afpa) a pris la mesure du mouvement. Formant déjà 1.500 des 12.000 agents de sécurité qui obtiennent leur CQP chaque année en France, elle propose aux entreprises des formations qualifiantes de 525 heures en alternance. Les sociétés apprécient mais font valoir leurs exigences : « Elles veulent que leurs agents de sécurité soient ‘‘polycompétents’’ et prennent en charge la prévention de la totalité des risques, explique Marc Thierry. C’est-à-dire qu’elles désirent développer les capacités de leurs agents à intervenir aussi bien sur la sécurité des accès et des biens que sur les incendies, les accidents du travail ou le conseil aux dirigeants. Nous les formons donc les agents à la vidéoprotection, à la télésurveillance, à la sécurité incendie, au secourisme et même aux techniques de manutention de sorte qu’ils deviennent de vrais spécialistes de la prévention et de la première intervention. »
Cette polyvalence justifie la fonction sécurité aux yeux des entrepreneurs. Quant aux salariés, ils la voient d’un bon œil : « Leur technicité et leur compétence multiple ouvrent aux agents de sécurité un plus large spectre de plans de carrière ou bien facilitent leur entrée dans d’autres secteurs, comme la police municipale, les aéroports ou les ports », confirme Marc Thierry. Ajoutons que cette élévation des compétences améliore également l’image du secteur qui souffre encore d’un turnover important.

Michel Grinand

La réforme de 2015 renouvellera la formation
Une évolution qui tombe à pic. En rendant le salarié décisionnaire de sa formation, la prochaine réforme de la formation professionnelle, qui entrera en vigueur en 2015, améliorera la performance des personnels de sécurité.« Cette réforme obligera les entreprises et les organismes de formation à mieux gérer les compétences de leurs ressources humaines et non plus la seule ressource financière des fonds de formation, car c’est l’employabilité du salarié qui est en jeu, affirme Matthieu Durif, directeur commercial de Cornerstone on Demand, société de formation en mode SaaS (via Internet). La formation sera aussi plus efficace car le salarié s’impliquera dans l’amélioration de ses compétences, y compris en apprenant différemment, par l’e-learning ou la vidéoformation en mode MOOC (Massive Online Open Courses, Cours en ligne ouverts à tous), comme nous le proposons. Enfin, l’évaluation des compétences pourra s’effectuer directement sur le poste de travail. Ce sera un gain de temps et d’efficacité pour le salarié et pour l’entreprise. Cette réforme est une bonne chose. »

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