Gérer les risques
Aujourd'hui et demain

Risques industriels et environnementaux

Sécurité & feu : les atouts du Made in France

Les fabricants français de produits de sécurité et de lutte contre le feu relèvent le défi de la mondialisation. Avec un mot d’ordre : leurs produits doivent être performants, innovants et compétitifs.

En matière de sécurité et de lutte contre l’incendie, le Made in France a du génie ! En témoigne Olivier Lanen, ingénieur permanent du Groupement des industries du génie numérique, énergétique et sécuritaire (Ignes). Il remarque trois tendances : « Dans la vidéosurveillance, les entreprises recourent de plus en plus au mode IP (Internet Protocol) pour gérer le matériel, énumère-t-il. Dans la détection d’intrusion et la lutte contre l’incendie, c’est la radiofréquence qui prédomine. Dans les deux cas, on utilise aussi les transpondeurs et le GPRS pour la transmission des données. Enfin, dans le contrôle d’accès, la tendance est à la création de petits systèmes pour les secteurs tertiaire, industriel et institutionnel afin d’abaisser les coûts. Les systèmes n’en sont pas moins performants. » Fini, donc, la haute technologie pour le seul panache : le pragmatisme côtoie la science et donne même une touche identitaire à la production française.

Compenser le coût par l’innovation. Directeur commercial de Vauban Systems, qui fabrique des systèmes de supervision en vidéosurveillance, Rodolphe Leiserson témoigne : « Face aux produits asiatiques bon marché, nous nous positionnons en producteur de sécurité. Nous nous allions à des partenaires forts comme Safran ou Stid pour développer des solutions sur mesure et durables. Nos matériels sont garantis cinq ans et nous nous engageons à ce que nos solutions logicielles soient compatibles durant 10 ans avec tout matériel produit durant cette période. Même si l’appareil n’a qu’un an, un logiciel Vauban vieux de 10 ans le fera fonctionner. » Vauban Systems propose ainsi un logiciel de supervision qui gère les flux sur commande, réduisant le nombre d’écrans nécessaires à la visualisation et facilitant le tracking d’événements. Avec l’ambition d’intégrer la domotique, l’industriel a fait le choix d’utiliser des logiciels non propriétaires. Son logiciel de supervision est téléchargeable gratuitement sur Internet. Ainsi, le français a pu devenir fournisseur de groupes internationaux comme Honeywell et Risco. Il réalise 15% de son chiffre d’affaires à l’export. Ses derniers produits : une gamme de lecteurs biométriques intégrant le capteur et utilisables en extérieur. Citons aussi une application d’ouverture automatique de porte par radiofréquence ainsi qu’une solution de contrôle des temps de présence des visiteurs dans l’entreprise à partir de la saisie de leur carte d’identité.

Un DAAF compétitif. Pour produire ses Insafe et Insafe+, à savoir des Détecteurs avertisseurs autonomes de fumées (DAAF) , Nexelec a lui aussi opté pour une fabrication française : « Nous sommes ainsi certains que nos produits sortiront de chaîne avec un niveau de qualité constant, rapporte Frank Gréard, le président. Ce n’est pas le cas avec les usines chinoises. » Cette stratégie a exigé trois années de R&D pour créer un DAAF esthétique de 3,5 cm d’épaisseur, fixable au mur comme au plafond, gérable par télécommande pour l’Insafe+ et garanti pour fonctionner 10 ans sans maintenance, pile au lithium comprise. Le tout à un prix compétitif (35 euros pour l’Insafe et 45,90 euros pour l’Insafe+) sur un marché où les DAAF oscillent entre 6 et 95 euros alors que leur durée de vie dépasse rarement les 5 ans ou est conditionnée au renouvellement des piles. Résultat : commercialisé depuis mai 2013, l’Insafe a reçu l’aval des sapeurs-pompiers pour sa conception et a été récompensé par l’Observeur du Design 2013 pour son esthétique. Pour parfaire le tableau, Nexelec a signé un accord avec 3M pour une fixation adhésive du socle de l’Insafe et prépare la sortie d’une coque colorée qui en fera un objet de décor. Les industriels revendiquent donc à nouveau la qualité française comme une garantie, à l’instar d’Eurofeu qui a fait certifier origine France ses extincteurs écologiques.

Soutien public. Mais cette stratégie Made in France a un coût. D’où le soutien financier salutaire de Bpi-France (la Banque publique d’investissement) pour nombre de PME. « Ce soutien a été un élan formidable donné à nos projets », reconnaît Rodolphe Leiserson de Vauban Systems. Idem pour Cogélec, qui a conçu l’Intratone, un interphone à module GSM qui se connecte au téléphone portable du locataire. Avantage : le locataire peut gérer ses réceptions à distance et le gestionnaire d’immeuble n’a plus à financer des travaux de câblage. « Notre Intratone a bénéficié d’une aide d’Oseo pour sa conception et de la région pour son exportation », commente Valérie Morio, responsable communication de Cogélec. Dans la foulée, Cogélec a conçu une armoire à clé communicante pour gérer et géolocaliser jusqu’à plusieurs centaines de clés. Elle ne s’ouvre qu’avec un badge, ne libère les porte-clés que sur autorisation et entretient le fichier Excel des entrées et sorties.

L’armoire à clés communicante est la dernière création de Cogélec. © Cogélec
L’armoire à clés communicante est la dernière création de Cogélec. © Cogélec

Développement sur fonds propres. Si Neutronic n’a pas eu recours à la BPI pour financer le renouvellement de sa gamme de centrales d’alarme incendie à piles pour les Établissements recevant du public (ERP), le fabricant se promet d’y recourir pour concevoir les grandes centrales destinées aux hôpitaux et aux grands hôtels. Neutronic poursuit là sa stratégie de création de centrales autonomes gérant la détection de départ de feu, le lancement des alarmes et la fermeture des volets de sécurité. Mais les TPE qui ont préféré l’autofinancement n’en sont pas moins innovantes. Également spécialisé dans la supervision globale des bâtiments, Alcea a conçu sur ses fonds propres le logiciel Alwin S pour gérer les contrôles d’accès, la vidéosurveillance, la détection d’intrusion, les armoires à clés électroniques, la climatisation et aussi la chaufferie. La société a aussi créé l’automate SA2 pour piloter tous ces appareillages et prépare une nouvelle génération, le SA3, pour le second semestre 2014. Associé à une carte Multi Technologies Encrypted (MTE) dont la clé de cryptage se trouve dans le contrôleur et non dans le boîtier, ainsi qu’à une carte de gestion des énergies pour contrôler les batteries des appareils supervisés, le SA3 aura le niveau requis pour accéder aux marchés sécurisés de la Défense.

Sous-traitance mondiale. C’est aussi sur ses fonds propres que Pierre-Arnaud Balme, dirigeant de SRI, a développé les premières cartes à module d’accéléromètre destinées aux Talkies-Walkies Motorola qu’utilisent les travailleurs isolés. Avec ces cartes, les appareils reçoivent des SMS, des données et bientôt des images. Un superviseur peut dès lors ordonner des missions aux techniciens de sécurité, de maintenance ou de nettoyage sans les appeler. Les cartes gèrent aussi une alarme en cas de risque de chute du Talkie-Walkie de l’étui de son porteur. Enfin, la technologie de SRI géolocalise les appareils, soit par le GPS, soit par des bornes radiofréquence conçues pour des espaces clos. Seul bémol, SRI ne développe ses technologies que pour ses clients. Mais si vouloir bénéficier de son savoir-faire implique de signer avec lui un contrat de sous-traitance, ce n’est pas forcément un handicap.

Michel Grinand

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