Gérer les risques
Aujourd'hui et demain

Risques industriels et environnementaux

Risques chimiques, risques majeurs

Le risque chimique se gère à plusieurs degrés, de l’environnement du travail à la manipulation des produits, de son appréhension à son élimination. Mais a-t-on les moyens de faire face aux multiples dangers générés par le nombre presque illimité de ces produits, issus eux-mêmes de plus de 100 000 substances naturelles ?

risque chimique

Le produit chimique, c’est un peu la prose de M. Jourdain : tout le monde l’utilise presque sans le savoir, car il fait partie de notre vie professionnelle et personnelle de tous les jours. On le trouve dans tous les secteurs d’activités, industries, garages, laboratoire, grandes entreprises, etc., tous les postes de travail pouvant être concernés, des ateliers aux aires de stockage, du local technique au bureau d’une secrétaire usant de colles et de correcteurs.

Il peut être liquide ou solide, diluant ou solvant, nettoyant ou emballant, avec un point préoccupant commun à toutes ces familles : il reste mal connu de ses utilisateurs, souvent peu informés de ses dangerosités. Sa manipulation quotidienne et familière réduit ces dernières, révélées souvent lorsque l’accident est arrivé, donc trop tard.
Les conséquences négatives de son mauvais emploi sont multiples, entre intoxication, incendie, asphyxies, explosions, etc., sur le court terme – accident du travail – ou, dans l’avenir – maladies professionnelles. Tous les produits sont susceptibles de présenter un danger, par leurs propriétés physiques, nocives, ou autres, et doivent donc, en priorité, être identifiés.
D’où l’importance de l’étiquetage, des symboles et des pictogrammes, au langage universel reconnaissable en toutes les langues. D’où le rangement et le classement, qui permettent d’éloigner les uns des autres les composants dont la proximité multiplie la dangerosité, mais aussi de les trouver au moment opportun. D’où, enfin, la configuration des locaux de stockage, l’aération, la température, et autres paramètres pouvant agir sur les dérives des produits.

Des accidents en chaîne

Dans l’entreprise où sont traités des produits chimiques, les risques d’accidents sont multipliés. Incendie, explosion, brûlures, asphyxies, intoxications, réactions dangereuses en sont les conséquences.
L’incendie nécessite un combustible, un comburant (oxygène, nitrate, chlorate, peroxyde) et une source d’énergie. La suppression d’une de ces composantes empêche tout départ de feu. Mais les paramètres sont multiples, et les départs de feu d’origines diverses ou spontanées. Ainsi, l’éther éthylique qui s’enflamme tout seul à 160°.
L’explosion est issue d’un mélange d’air, de gaz, de vapeur, avec du combustible, mais ne peut se produire qu’avec un facteur détonnant, telle une flamme ou une étincelle. Une concentration déterminée, comprise en la LIE (Limite Inférieure d’explosibilité) et la LSE (Limite supérieure), en détermine le départ, mais ces valeurs existant pour chaque produit rendent fort complexe son appréhension.
Exemple : l’acétone a une LIE de 2,6 %, une LES de 13 % et un point d’éclair (température minimale de diffusion) de 6 20°. Le sulfure de carbone 1,3/50 et – 30.
Dans cet effrayant catalogue, ajoutons les brûlures – thermiques en cas d’incendie-explosion –, chimiques au contact de produits corrosifs ou oxydants. L’asphyxie, qui survient dès que la concentration d’oxygène dans l’air ambiant est de 21%, l’intoxication aiguë – liée à la toxicité d’une substance – et les réactions dangereuses. Ces dernières viennent de l’incompatibilité de produits entre eux ou de leur instabilité.

L’exemple du BTP

L’Observatoire de la Haute-Vienne pour la sécurité dans le BTP s’est penché sur le risque chimique dans les professions de son secteur, lors d’une réunion organisée en octobre 2008 à Limoges. L’organisme, fondé en 1999 par des professionnels du bâtiment, est unique en son genre, et leurs études ou conclusions peuvent s’appliquer à l’ensemble des activités dans lesquelles le chimique est impliqué.
Les intervenants en ont rappelé les principes et ont proposé des solutions adaptées, tout en soulignant la complexité du problème. Ainsi, pour le Dr Laroche, de la Médecine du travail de Limoges :
« Chaque année, plusieurs milliers de molécules apparaissent dont, pour certaines, la dangerosité n’est pas connue. Le risque chimique est de plus sous-estimé par les professionnels, parce que l’utilisation des produits toxiques n’est pas permanente. »
De cette analyse, il ressort que peu d’ouvriers portent sur les chantiers des masques de protection, contre les diverses poussières – amiante, silice, etc. Les risques en BTP sont évidents lorsque l’on est sur un échafaudage, mais beaucoup moins perceptibles lorsque l’on utilise, par exemple, une peinture inodore. Pour Alain Bartot, membre du Comité de pilotage de l’organisme qui regroupe professionnels et médecins, « les dangers sont omniprésents et mal connus ».
Les entrepreneurs du Limousin ont donc décidé une stratégie de lutte contre les accidents chimiques, dont ils ont fait une priorité pour 2008/2009. Une trentaine d’entre eux ont suivi un stage de sensibilisation, afin de pouvoir répercuter leurs connaissances à leurs employés. Des décisions ont été prises, visant la négligence, le port obligatoire de masques ou de gants, et la distribution d’une plaquette informative, éditée par l’AIST (Association de santé au travail) de la Corrèze, a été lancée. Mais, pour les responsables du BTP, l’affaire n’est pas simple.
« Non seulement les produits dangereux prolifèrent, souligne l’inspecteur du travail Michel Brette, mais, en prime, la législation est fournie, complexe, avec des chefs d’entreprise quelque peu perdus dans ses méandres. Il faut parfois attendre des années avant de connaître la nocivité ou les dangers d’un produit, ce qui oblige à des précautions rigoureuses d’emploi, pas toujours suivies ou applicables à la réalité d’un chantier. »

Le SGH – GHS ou Système général harmonisé

Système de classification et d’étiquetage de produits chimiques, ce nouveau règlement consiste en l’harmonisation des critères d’identification des produits dangereux. Il a vocation européenne, et vise à remplacer les précédents textes ou à compléter des dispositions déjà existantes. Il concerne également l’étiquetage et la signalétique, avec l’application de nouveaux pictogrammes intégrés dans des losanges.

Les maladies professionnelles

Dans le domaine chimique, elles surviennent progressivement après une exposition plus ou moins prolongée à des produits dangereux, dans le cadre de l’exercice habituel de la profession.
Très diverses, elles altèrent la santé, et peuvent provoquer la mort dans les cas les plus graves. Elles sont issues d’expositions souvent multiples et répétées, provoquant une intoxication chronique. Elles apparaissent plusieurs mois, voire plusieurs années après la cessation de travail, comme dans les cas de cancer, où le temps de latence dépasse souvent les dix ans.
Les maladies courantes sont classées en fonction de leurs pathologies :
– Respiratoires (pneumoconioses, asthmes). Causes : poussières de silice, bois, coton, amiantes, isocyanates organiques.
– Du cœur ou du sang (leucémies, infarctus, anémies). Causes : benzène, plomb, oxyde de carbone, pesticides, trichloréthylène.
– De la peau et des muqueuses (eczémas, irritations). Causes : solvants, ciments, résines, huiles, graisses, acides.
– Du système nerveux (troubles psychiatriques, tremblements, polynévrites). Causes : n-Hexane, plomb, solvant, mercure, oxyde de carbone.
– Des reins, de la vessie, du foie (néphrites, hépatites). Causes : tétrachlorure de carbone, plomb, mercure, cadmium, amines aromatiques.
– Cancers cutanés, osseux, broncho-pulmonaires, vessie, leucémies, prostates. Causes : fibres d’amiante, poussières de bois, benzène, amines aromatiques, arsenic.

63 des 98 tableaux de maladies professionnelles actuels, prévus à l’article R 461-3 du Code de la sécurité sociale, concernent des substances chimiques. Elles pénètrent dans l’organisme par la peau, la bouche ou les poumons.

Les protections contre les produits chimiques peuvent être structurelles – aménagement des locaux, stockage dans des pièces réservées, utilisation de contenants dédiés –, mais aussi physiques. Des précautions prises au moment du contact avec la peau ou les yeux, aux équipements personnels, en passant par les méthodes curatives, la liste est longue et non exhaustive.

Les ripostes aux risques

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« Le meilleur remède avec les produits chimiques reste encore l’eau. » Jean Malet, directeur marketing chez Comimex (siège à Neuilly-sur-Marne), développe les avantages des douches sous pression, commercialisées par son entreprise. Destinées à laver le corps et les yeux pouvant avoir été contaminés par tout produit corrosif ou agressif, ses équipements répondent à des normes précises, imposées en regard de l’efficacité recherchée.
« Par rapport à une douche ordinaire, la nôtre a d’abord des différences capacitaires, confie t-il. Chez vous, une douche, c’est 15 à 20 litres maxi par minute, chez nous c’est 90/110 litres, soit un déluge qui, par son poids et sa densité, élimine toutes les molécules posées sur la peau. Une température de 22-23° est également programmée, et une installation en amont comme en aval est nécessaire, que ce soit en robinetterie ou en conduites. Les nôtres sont assez lourdes : 33 mm de circonférence interne, et peuvent supporter les 2 m3 lancés dans leur circuit. »
Ces douches peuvent cependant s’implanter dans n’importe quel local, à condition que ce dernier soit au plus près du risque. Un jet accidentel d’acide chlorhydrique dans les yeux ne peut attendre d’être traité, car plus l’intervention sera rapide, moins la brûlure sera grave. Coût de l’équipement : environ 950 € par combiné, auxquels s’ajoutent les frais de branchement et d’évacuation. Comimex, qui fabrique également des armoires anti-incendie, vend environ un millier de douches par an aux entreprises, tous secteurs confondus.

Des vêtements sur mesure

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Les EPI (Equipements de protection individuelle) répondent, chacun avec leurs particularités, aux besoins des professionnels dans tous les corps de métier. Du bleu de chauffe à la tenue futuriste des centrales nucléaires, le catalogue est aussi varié que celui de la célèbre Redoute – toutes proportions gardées –, se confortant régulièrement de pages nouvelles. Car, dès que naît une activité, peut se créer un uniforme ou équipement adapté à ses spécificités.
Les tenues concernant les risques chimiques sont multiples, en rapport avec les produits côtoyés. On peut presque évoquer un vêtement sur mesure, qui, en dehors justement des mensurations de l’individu qui va le porter, doit, par sa structure, son tissus, ses composants, répondre efficacement aux nuisances qu’il va affronter.
La liste est loin d’être close. Il reste, sans nul doute, beaucoup à faire, tant que seront inventés de nouveaux produits chimiques, car il n’existe pas de protection uniforme pouvant faire face à tous les produits. D’où une classification première, normalisée, tenant compte de l’usage et du risque à des niveaux différents. Tout dépendra des composants manipulés, de la perméabilité ou de la non perméabilité, de la corrosion possible, etc.
Chez Dupont, un laboratoire R&D est chargé de la mise au point des combinaisons et autres dérivés, comme la très diffusée Tyvek, utilisée par les ramasseurs de « galettes » pétrolières sur les plages après une marée noire. L’unité de production, implantée en Espagne, travaille en permanence à la naissance de ces tissus, qui sont livrés ensuite aux fabricants.
Mais, on ne peut affirmer pouvoir protéger contre la totalité des produits chimiques – comment traiter, par exemple, l’attaque d’un acide chlorhydrique ? Les fabricants sont sollicités en permanence par des acteurs de la filière, qui réclament des vêtements adaptés à de nouveaux produits.
Ainsi, la marque aura-t-elle travaillé en collaboration avec EADS à une combinaison spéciale, portée par les peintres chargés de colorier les Airbus A380 avec des peintures hors normes. Les ingénieurs auront eu à tenir compte de l’exposition, de l’étanchéité, mais aussi des risques intérieurs, comme la température, la transpiration, etc.

Gants, masques et respirateurs

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Comme les tenues ou combinaisons, les gants et masques, qui en sont les compléments, sont également adaptés aux différences et caractéristiques dangereuses des produits traités. Les fabricants ne manquent pas, proposant l’accessoire idéal en fonction des éléments, allant du simple gant plastique ou du masque médical connu de tous les infirmiers, à l’appareillage le plus sophistiqué. On retiendra, pour les premiers, la lecture des catalogues de Ansell, Spérian, Cornasec, Delta Plus, Showa, et, pour les seconds, 3M France, Bollé Safety, Inflield ou MSA Gallet.
Le masque complet Draeger FPS7000 paraît tout à fait intéressant par son confort et son degré supérieur de sécurité. Imperméable, adaptable à toutes les morphologies, possédant des oculaires de polycarbonate résistants anti-buée ou anti-rayures, il représente la solution idéale pour répondre à de nombreuses situations. Adapté à un ARI (Appareil respiratoire individuel), il peut remplir les missions les plus pénibles en milieu confiné, enfumé, etc.
On retiendra, cependant, que la plupart des protections individuelles représentent une gêne pour les travailleurs, et qu’elles ne doivent être utilisées qu’à bon escient. Les protections collectives et la prévention intégrée doivent en amont répondre majoritairement aux besoins sécuritaires de l’entreprise.

Les bienfaits de l’eau

Grâce à son PH neutre, l’eau est efficace devant n’importe quel produit chimique. Nul besoin d’y adjoindre un savon ou autre excipient pour éliminer ce dernier, sous conditions – c’est le cas des douches de sécurité – d’un débit et d’une pression suffisante.

Former les personnels

Les salariés doivent être informés des dangers des produits qu’ils côtoient ou manipulent (décret du 20 mars 1979). Cette information est également obligatoire à chaque fois qu’un produit nouveau est mis en service. Les techniciens et ingénieurs sont des formateurs, mais aussi le chef d’entreprise, le responsable d’atelier ou de secteur, et le médecin du travail.
Dans une entreprise traitant de produits et de dangers chimiques, le rôle de ce dernier est primordial. Il doit vérifier l’aptitude au poste de travail, lors de la visite d’embauche, imposer des changements de poste en cas de contre-indication médicale, suivre l’état de santé des travailleurs, notamment lorsqu’ils effectuent des travaux nécessitant une surveillance médicale spéciale.

Crédits photos :

1er visuel : DuPont Personal Protection
2ème visuel : Comimex
3ème visuel : Draeger

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