Gérer les risques
Aujourd'hui et demain

Risques industriels et environnementaux

Responsable HSE : un métier à plusieurs casquettes

C'est un métier dont l'importance stratégique prend de l'ampleur. Du reste, un nombre sans cesse croissant de formations lui sont consacrées. Encore faut-il avoir des compétences très variées et le goût du dialogue.

Le Responsable HSE est le Garant de conditions de travail adéquate

Chargé d’animer la politique santé-sécurité et environnement de l’entreprise, le responsable HSE (Hygiène, sécurité, environnement) doit chausser de multiples casquettes et maîtriser un large panel de compétences. Il acte sur des missions variés:

  • prévention des risques
  • démarche de sensibilisation
  • maintient et respect de l’environnements et conditions en entreprise
  • on peut même citer le développement durable dans certains contexte.

Sans compter les sigles. Citons QSE (Qualité, sécurité, environnement), QHSE (qualité hygiène sécurité environnement) ou QSSE (Qualité, santé, sécurité et environnement), voire QVT (Qualité de vie au travail) ! Petite revue des différents aspects de sa mission.

Qualités indispensables pour le responsable HSE : l’écoute et l’observation.

Avant de prendre des initiatives, d’élaborer des plans progrès ou des directives, le responsable HSE prend toujours le temps d’observer : « Je connais l’ensemble des 38 sites du groupe pour les avoir tous audités », sourit ainsi Jean-Jacques Nardi, responsable HSE du groupe Albéa – ancienne filiale de Péchiney spécialisée dans l’emballage cosmétique et comptant 16.600 salariés.

« Nous regardons les personnes travailler pour mieux comprendre leurs habitudes mais aussi leurs contraintes », explique Fabien Brûlé, animateur sécurité chez Lustucru frais qui empmloie 450 salariés répartis sur 3 sites industriels.

Vient ensuite le temps de la discussion et de ses questionnements. Les habitudes de travail, parfois dangereuses pour la santé ou l’environnement, peuvent-elles être modifiées facilement ou non ?

Il ne sert en effet à rien d’imposer des méthodes qui, parce qu’elles ne conviendraient pas aux personnes concernées, ne seraient jamais appliquées.

Même les audits plus globaux comportent toujours de nombreux volets humains. Ainsi, chez Albéa, chacun nouveau site intégré au groupe passe-t-il au crible d’un audit détaillé, une procédure également appliquée tous les trois ans aux établissements historiques.

Mais l’audit ne consiste pas seulement en un alignement de mesures et de chiffres. Qu’il s’agisse de sécurité, de santé ou d’environnement, il intègre de nombreux critères liés au management et aux habitudes de travail.

Il implique aussi directement le niveau de performances HSE que les processus mis en oeuvre.

Coordonner les actions.

L’une des premières actions du responsable HSE consiste, bien entendu, à introduire un peu plus de santé, de sécurité et d’environnement dans toutes les tâches de l’entreprise, à bannir les gestes, postures, machines ou opérations nuisibles, à améliorer ce qui peut l’être ainsi qu’ à faire certifier les machines et les processus. Bref, le responsable HSE va adapter en permanence l’outil de production.

« Désormais, la qualité d’une machine en termes de sécurité et d’environnement fait partie des critères d’achat, témoigne Eric Choplin, responsable HSE de l’unité « Powder Coating » (peintures en poudre) chez le chimiste Akzo Nobel. Et avant de l’utiliser, nous analysons tous les risques qu’elle peut occasionner. »

Qu’il soit responsable HSE au niveau d’un groupe ou d’un site, sa préoccupation sera de travailler en coordination avec ses collègues. Inutile en effet de refaire (mal) ce qui a déjà été tenté ailleurs ou de lancer une initiative intéressante sans en informer ses collègues.

« Avant que ma fonction ne soit créée, il était, assez naturellement, plus difficile d’échanger sur les bonnes pratiques », constate Fabien Brulé. « Naguère, notre action était assez locale mais depuis plusieurs années, le groupe a beaucoup insisté sur la nécessité de mener des politiques HSE plus uniformes et mieux coordonnées », renchérit Eric Choplin.

Travail en réseau.

Ce mode de travail en réseau aide le responsable HSE à lancer des actions pilotes dans certains sites, initiatives qu’il amende et élargit ensuite en fonction de leurs résultats.

« Nous avons créé un réseau interne au groupe ainsi qu’un réseau externe avec d’autres responsables HSE de la branche afin d’échanger nos informations et expériences sur des problématiques particulières« , explique Fabien Brulé. « Ce mode de travail nous a permis de capitaliser notre expérience sur 45 directives standard, 11 alertes majeures et des dizaines de bonnes pratiques HSE applicables à tout le groupe », confie, pour sa part, Jean-Jacques Nardi, chez Albea.

Les économies d’énergie -en matière d’environnement- et le travail sur les interfaces hommes-machines (pour éviter les accidents liés à des interventions sur des machines en mouvement) en sont deux exemples.

Organiser la veille et le suivi. Le responsable HSE baigne en permanence dans l’actualité réglementaire : qu’il s’agisse d’environnement, de santé ou de sécurité, il ne peut se permettre de « rater » les dernières évolutions.

Même si ce travail est en partie externalisable. Il se doit aussi d’organiser le suivi des actions qu’il met en place. Un exercice indispensable pour mesurer leur efficacité mais aussi renvoyer au personnel concerné le résultat de leur mobilisation !

Les PME se contentent de quelques statistiques, les grands groupes comme Albéa, en revanche, suivent tout à la fois des indicateurs de résultats et des indicateurs avancés – lesquels aident à évaluer la maturité d’un site et son risque potentiel à court et moyen termes.

Parmi les premiers indicateurs, par exemple, citons les « échappées-belles » (les presque accidents) ; parmi les seconds, mentionnons l’état de la culture sécurité et l’implication du management dans un site.

Inculquer une nouvelle culture de sécurité.

La mission du responsable HSE inclut aussi la réflexion sur les besoins en formation : qui former, et à quoi ? Outre les personnels directement concernés, ces plans incluent bien souvent leurs managers afin qu’ils comprennent et s’approprient les problématiques.

Dans ce contexte, le rôle du responsable HSE consiste avant tout à mobiliser le personnel. « Dans notre entreprise, tout le monde n’avait pas vraiment conscience des risques encourus », assure Fabien Brulé.

Pour remédier à cela, la sensibilisation commence dès l’embauche. Dès lors, les bons gestes en matière de santé, les consignes de sécurité et d’environnement font alors partie de la formation de base des nouveaux entrants. « Qu’ils soient permanents ou intérimaires », insiste Eric Choplin d’Akzo Nobel.

Pour les personnels déjà en place, il faut parfois frapper fort ! Chez Albéa, les équipes de Jean-Jacques Nardi n’ont pas hésité à faire réaliser des vidéos où des compagnons victimes d’accidents sont venus témoigner de leurs traumatismes physiques ou psychologiques. « Lorqu’on perd un doigt par exemple, le cerveau continue, toute la vie durant, de chercher cette partie du corps qui n’existe plus », raconte-t-il.

Autre initiative, chez Akzo Nobel, la production s’arrête une journée par an. Cette journée sert alors à discuter exclusivement des questions HSE !

De son côté, Fabien Brûlé inculque la culture des points sécurité quotidiens dans les différents sites de l’entreprise. Mais il le reconnaît : « Nous ne sommes encore qu’à mi-chemin. »

Jean-Jacques Nardi, responsable HSE du groupe Albea. © Albea

Jean-Jacques Nardi, responsable HSE du groupe Albea. © Albea

Impliquer le management et la direction

Mais le responsable HSE n’est rien – ou presque ! – si le management opérationnel ne se sent pas lui aussi pleinement impliqué dans la stratégie qualité hygiène sécurité environnement de l’entreprise. 

« Mon arrivée est directement liée à celle d’un nouveau directeur industriel, fin 2011, qui a une bonne culture de la sécurité, confie Fabien Brulé chez Lustucru frais. Il répète à chaque occasion que, pour lui, la performance n’est possible que lorsque l’on travaille en toute sécurité. » « Le « zéro accident » a été institué en priorité numéro 1 dans notre groupe où, du reste, il existe un droit d’alerte et de retrait en cas de situation dangereuse partout dans le monde », indique Eric Choplin.

Chez Albéa, la question ne se pose même pas :

« Nos clients sont de grandes marques de cosmétique. Depuis une dizaine d’années, ils font extrêmement attention aux performances de leurs fournisseurs en matière de HSE. Notamment au travers d’audits de responsabilité sociale qu’ils organisent régulièrement afin de se protéger d’une éventuelle détérioration de leur image de marque. Cela a indéniablement renforcé la stratégie HSE au coeur de notre activité » , se réjouit Jean-Jacques Nardi.

Afin d’améliorer les conditions de travail il faut Savoir dialoguer.

« Nous ne sommes pas des flics ! », résume Eric Choplin qui estime, au contraire, que le responsable HSE doit faire preuve de grandes capacités managériales. D’une part, parce qu’il échouera s’il tente d’imposer des pratiques non ancrées.

Et, de l’autre, parce que son métier consiste à « faire faire » plutôt que « faire » lui-même.

Ainsi, conclut Fabien Brûlé : « Lorsqu’on m’a vu arriver, les gens ont cru que j’allais pratiquer la sécurité à leur place. Bien sûr, je leur donne des outils et je les accompagne. Mais c’est à eux de faire vivre la sécurité sur le terrain ! Pas à moi ! »

Catherine Bernard 

Des responsables HSE de plus en plus formés

Les temps de formations s’allongent pour les responsables HSE. Il est désormais presque indispensable d’avoir un BAC +5 afin de décrocher un post.

Beaucoup de responsables HSE actuellement en poste ont des parcours divers. Ainsi Fabien Brulé est ingénieur agroalimentaire de formation. De son côté Eric Choplin a étudié l’électronique, par exemple.

Mais leur parcours industriel, et, souvent, leur passage par le CHSCT, les ont sensibilisé à aux problématiques HSE. De même, des formations leur ont permis d’évoluer.

Avant 1999, seuls 5 établissements universitaires proposaient des formations dédiées : Lorient, le plus ancien, Paris, Colmar, Bordeaux et Marseille.

« Cependant, après l’explosion du site AZF de Toulouse, notammentla réglementation a évolué. A présent, elle contraint les entreprises à recruter des personnes spécifiquement formées », explique Gaël Morel, chef du département des études de l’IUT de Lorient.

Désormais 18 sites proposent le référentiel QSE au niveau DUT avec des cursus en alternance ou en apprentissage. Les formations s’allongent également notamment avec le bac +5 ingénieur HSE .

Dès 2002, l’IUT de Lorient a ainsi créé une licence professionnelle de « coordonnateur qualité, santé-sécurité, environnement » et vient de voir sortir sa première promotion d’ingénieurs « management des risques ».

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