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Santé et qualité de vie au travail

Reprise d’activité : l’INRS appelle les entreprises à la vigilance

Alors que l’heure est à la remise en route des machines, l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS) s’inquiète des dérives possibles. Dans un dossier spécial Covid-19, l’organisme délivre ses principales recommandations pour protéger les salariés.

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Selon l’INRS, mieux vaut se méfier du recours aux horaires de nuit pour rattraper les heures perdues durant le confinement. © Ali Yahya pour Unsplash

Attention, nettoyage ne signifie pas désinfection. Les horaires de nuit fragilisent le système immunitaire. Gare à la prise de température susceptible de stigmatiser certains salariés ! Tels sont les avertissements mis en avant par l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS). En toile de fond, l’organisme souhaite indiquer les bonnes directions aux entreprises qui doivent reprendre leur activité. De fait, il est vite arrivé de mal interpréter les mesures sanitaires mises en place par le gouvernement. Pour éviter les erreurs, l’institut vient donc d’actualiser ses recommandations dans un dossier spécial Covid-19.

Un dossier alimenté d’un webinaire

Par excès de zèle, certaines pratiques sanitaires en entreprise risquent de provoquer l’effet inverse que celui escompté. Pour éviter les dérapages, l’INRS vient de réaliser un dossier spécial Covid-19. Ce dernier rassemble de nombreux documents à télécharger. Un webinaire aborde également les questions liées au déconfinement et à la reprise d’activité. Notamment en ce qui concerne l’aspect organisationnel avec la remise en route des machines, les mesures d’hygiène. Ou encore la protection des salariés. 

Nettoyer au détergent suffit

Premier précepte : il ne faut pas confondre nettoyage avec un produit détergent et désinfection. À l’arrivée dans les locaux de l’entreprise, l’employeur doit s’assurer de la décontamination des surfaces. Dans la plupart des cas, il suffit de les nettoyer avec un simple détergent. « Il faudra cependant être vigilant avec les réfrigérateurs susceptibles d’avoir développé des moisissures sur des aliments oubliés ou avec l’eau stagnante dans les canalisations », avertit Christine David, responsable du pôle risques biologiques à l’INRS. 

La désinfection, pas obligatoire

Il faut savoir que la désinfection ne concerne que les secteurs exposés au risque biologique. Comme le milieu hospitalier et les laboratoires. « Le virus du Covid-19 ne proliférant pas en dehors de l’hôte, il n’y a donc aucune raison de désinfecter après deux mois de fermeture des locaux de travail », poursuit Christine David.

Horaires décalés : une fausse bonne idée

Autre sujet de préoccupation, certaines entreprises qui doivent repenser l’organisation du travail risquent de recourir aux horaires décalés. Mauvaise idée ! Les horaires de nuit, en 2×8, le matin ou le weekend permettent de rattraper le travail perdu durant le confinement, certes. De même, ce type d’organisation a pour avantage de limiter le nombre de personnes présentes en même temps. 

Une baisse de vigilance

Or c’est sans compter l’impact de tels horaires sur la santé des employés. « Prévenir la dette chronique de sommeil est particulièrement important car elle a pour conséquence directe une baisse de vigilance qui peut être source d’accidents de travail ou de trajet, s’inquiète le Dr. Marie-Anne Gautier, expert d’assistance médicale à l’INRS. Attention, décaler les horaires ne doit pas entraîner d’augmentation de l’amplitude du temps de travail et le recours au travail de nuit doit rester exceptionnel. »

Faire des micro-siestes

Dans le cas où il s’avère impossible de faire autrement, le docteur préconise certaines mesures. Comme le maintien d’un minimum de 11h de repos entre deux postes. De repousser au maximum l’heure de prise de poste du matin ou encore d’organiser des micro-siestes.

La prise de température, pas si efficace ? 

Autre erreur à éviter, la prise systématique de la température des personnes entrant dans les locaux de l’entreprise. Premier argument, l’infection au coronavirus présente un caractère asymptomatique. Ce qui signifie qu’il est possible d’être contaminé, sans présenter de fièvre. De même, deux jours avant l’apparition des symptômes, une personne s’avère contagieuse sans montée de température. Inutile donc de considérer la fièvre comme seul signe de la maladie. 

Un facteur discriminant

Pour l’INRS, mieux vaut privilégier la prise de température chez soi, avant de se rendre au travail. Si bien sûr certains symptômes évocateurs apparaissent. « Ces mesures préventives, qui conduiraient certains salariés à se voir imposer la prise de température ou la réalisation d’un test, ou à se voir refuser l’accès à leur entreprise en raison de leur état de santé, pourraient être considérées comme discriminatoires et attentoires à la liberté individuelle », précise Jennifer Shettle, responsable du pôle information juridique à l’INRS.

Télétravail : gare aux violences domestiques

Enfin, outre le risque de contamination biologique, le Covid-19 occasionne d’autres risques qui ne doivent pas être passés sous silence.  « Actuellement, travailler en contact avec le public expose les salariés à des risques accrus de violence et d’agression », relève Valérie Langevin, expert d’assistance conseil à l’INRS. De même, le télétravail expose les salariés à des situations préoccupantes. Outre les risques psychosociaux dus à la solitude, il y a les risques de violence et d’agression au sein des foyers.

Ségolène Kahn

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