Gérer les risques
Aujourd'hui et demain

Risques industriels et environnementaux

Réchauffement climatique: la moitié des TPE et PME tricolores ne sont pas prêtes

Une étude de Goodwill-Management passe en revue les principaux risques climatiques à venir et leur impact sur l’activité et l’économie des petites et moyennes entreprises françaises.

Inondations, canicule, méga feux, sécheresse, fonte des neiges… Face au réchauffement climatique et à ses désastres, 54 % des TPE et PME ne se sentent pas prêtes à affronter les catastrophes naturelles à venir. C’est ce que constate une étude du cabinet conseil Goodwill-Management qui souhaite tirer la sonnette d’alarme sur le manque de préparation des entreprises de moins de 250 salariés en collaboration avec l’assureur MAIF et l’Agence RSE Lucie. 

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La température moyenne de l’été 2022 a été 2,3°C au-dessus des normales de saison, faisant de cette année la deuxième plus chaude depuis 1900. © Lucian Dachman / Unsplash

2022, été le plus chaud 

Températures dépassant les 40°C, incendies incontrôlables, sécheresse globale… L’été caniculaire survenu en 2022 aura achevé de convaincre les climato-sceptiques de la réalité du réchauffement climatique. En effet, la température moyenne de l’été 2022 a été 2,3°C au-dessus des normales de saison, plaçant l’été 2022 au second rang des étés les plus chauds depuis le début des mesures en 1900. 

Des effets déjà ressentis

« Les terrasses vidées, les campings incendiés ou encore les travailleurs du BTP amenés à réaménager leurs horaires ou à repenser leurs équipements de travail, sont quelques-unes des nombreuses conséquences dues aux épisodes estivaux. La dégradation des conditions de travail, de l’environnement, la perte de production ou encore la perturbation des chaînes d’approvisionnement soulignent le besoin urgent de s’adapter aux risques climatiques, pour préserver le tissu économique français », met en garde Arnaud Bergero, directeur général de Goodwill-Management.

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Le changement climatique causera des sécheresses du sol extrêmes impactant gravement le secteur de l’agriculture. ©Maus Correa / Unsplash

Les TPE et PME seront les premières victimes

Conscientes de ce phénomène, certaines entreprises ont bien sûr déjà déployé des plans et stratégies d’adaptation. Mais il s’agit surtout de grandes entreprises qui en ont les moyens financiers. Du côté des TPE et PME, la réalité est toute autre. Si 82 % d’entre elles pensent être un jour affectées par le changement climatique, 54 % ne s’estiment pas prêtes à en affronter les effets. Et ce, alors qu’elles concentrent 48,7 % de l’emploi salarié pour 99,8 % des entreprises françaises, selon le ministère de l’Économie.

Un manque de ressources

« Et c’est tout à fait normal. La plupart de ces entreprises n’ont ni les connaissances, ni les ressources pour se prémunir de ces risques. Concrètement, une entreprise peut savoir si aujourd’hui elle est sujette à des risques d’inondation, d’incendie ou autre désastre météorologique, via des plateformes comme Géorisques. Mais le risque climatique futur, dans 10, 20 ou 30 ans, n’est pas partagé, même si la data existe. Il est du devoir des instances publiques, de l’ADEME ou des collectivités territoriales, de rendre ces données compréhensibles et accessibles aux entreprises. Une entreprise en 2022 devrait être en mesure d’identifier tous les risques climatiques qu’elle encourt, à court, moyen et long termes », alerte Arnaud Bergero.

Chaleur et baisse de la productivité

Parmi les risques, figure en priorité l’augmentation des températures et des épisodes de chaleur, synonymes de pertes de productivité, voire de production. Ainsi, pour un tiers d’entre elles, les entreprises répondantes redoutent-elles une baisse de productivité de leur main-d’œuvre. En effet, plus de 860 000 TPE et PME étaient exposées à plus de 50 jours anormalement chauds en 1976-2005, un chiffre qui devrait augmenter à 5,3 millions en 2050, soit six fois plus.

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Un Français sur quatre et un emploi sur trois sont potentiellement exposés aux inondations. © Mika Baumeister / Unsplash

Les inondations, principal risque majeur

Viennent ensuite les inondations, qui représentent actuellement le premier pôle d’indemnisation au titre des catastrophes naturelles, l’assureur selon Covéa. Ainsi, un Français sur quatre et un emploi sur trois sont potentiellement exposés aux inondations. Selon le Centre de ressources pour l’adaptation au changement climatique (CRAC), il s’agit du principal risque majeur en fonction du nombre de communes concernées et du coût économique des catastrophes.

4 fois plus d’entreprises exposées aux incendies

Autre phénomène préoccupant, l’augmentation des sécheresses et canicules aggrave le risque naturel d’apparition d’incendies et de feux de forêts. Et les conséquences sont multiples : la période d’apparition des feux s’allonge, l’exposition territoriale du risque s’élargit et l’intensité des feux s’accroît, avec l’apparition de méga-feux, observe l’Institut de l’économie pour le climat I4CE. De même, selon l’indice forêt météo, si 910 000 TPE et PME étaient exposées à ce risque plus de 50 jours par an en 2020, elles seront 3,9 millions en 2050. Soit 4 fois plus.

Sécheresse et agriculture

Enfin Météo France estime que le changement climatique causera des sécheresses extrêmes du sol sur une partie importante du territoire. La démultiplication des épisodes de sécheresse estivaux et hivernaux aura une incidence sur le secteur agricole (pertes agricoles et conséquences sur le bétail), et sur le prix des matières premières.

Des conséquences dramatiques sur l’activité

Parmi les conséquences du changement climatique sur les entreprises, Goodwill-Management s’inquiète notamment de l’impact sur l’activité, avec une perturbation importante des chaînes d’approvisionnement : faillite de fournisseurs, perturbation des circuits logistiques, diminution de la disponibilité des intrants comme conséquences. Par exemple, une ressource en eau moins disponible peut perturber le fret fluvial ou les opérations de refroidissement d’une entreprise. Autre risque, la baisse de rentabilité, avec une augmentation des coûts d’approvisionnement, la baisse de productivité de la main-d’œuvre, et des dommages aux infrastructures.

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De 2020 à 2025, les entreprises seront quatre fois plus nombreuses à être exposées au risque d’incendie. © Landon Parenteau / Unsplash

Les stations de ski fortement impactées

« Un exemple particulièrement probant : les économies de montagne qui seront particulièrement impactées, du fait des conséquences directes de la perturbation du cycle de l’eau lié au réchauffement global des températures. La raréfaction de la neige impose aux acteurs du secteur de revoir leur offre, se tournant vers des activités plus estivales. Pour preuve, la descente en VTT est en plein essor », détaille Arnaud Bergero.

Des inquiétudes sur l’économie bas carbone

Enfin, parmi les risques que redoutent le plus les entreprises, la transition vers une économie bas carbone. Près de trois quarts des entreprises interrogées s’attendent à des évolutions des contraintes réglementaires et une augmentation de la fiscalité carbone. Une entreprise sur deux s’attend à des impacts sur leurs approvisionnements : aussi bien sur les coûts, que sur les délais, et elles craignent même des ruptures dues à des fournisseurs trop fortement affectés.

Mieux former les entreprises

Pour anticiper ces risques, l’étude rappelle l’importance de former les entreprises aux enjeux climatiques de sorte à mieux comprendre leurs mécanismes, et identifier les facteurs de vulnérabilités. Sachant que 76 % des entreprises sondées n’ont pas connaissance des dispositifs d’accompagnement existants aujourd’hui.

Un accompagnement dans le temps

Une fois cet audit réalisé, l’entreprise peut mettre en place des actions concrètes, dont Goodwill-Management se propose de suivre le déploiement pour s’assurer de leur efficacité. Ces actions peuvent à la fois répondre à un besoin de protéger les outils de production et les infrastructures possédées par les TPE et PME et à la nécessité de modifier le modèle économique pour protéger leur activité. 

Ségolène Kahn

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