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Risques industriels et environnementaux

Protection périmétrique : du haut risque à la démocratisation

La protection périmétrique est en plein essor. Elle n'est plus aujourd'hui dédiée aux seuls sites sensibles...

Longtemps dédiée à la protection des sites sensibles (militaires ou autres), la protection périmétrique conquiert aujourd’hui de nouveaux marchés. Les fabricants de matériels ont développé toute une gamme de solutions qui permettent de répondre à de multiples besoins. Qu’il s’agisse de barrières matérielles ou immatérielles, l’ensemble des marchés qui ont besoin de se protéger contre l’intrusion, les tentatives de vol ou les agressions peuvent dorénavant trouver une réponse technique adaptée à leurs besoins. Les fabricants tentent parallèlement de faire connaître leurs produits à d’autres marchés où l’utilisation de solutions plus « classiques » est plus courante. Ainsi, ils sont désormais capables de sécuriser des résidences ou des habitations particulières.
Cela au prix de gros efforts, tant en investissements, qu’en développements techniques ou marketing. En effet, le marché de la protection périmétrique en France a longtemps fait figure de parent pauvre par rapport aux autres marchés européens, comme l’Italie ou la Belgique.

Un marché qui se démocratise

« C’est indéniable : depuis une dizaine d’années, le marché de la protection périmétrique décolle en France« , constate Patrick Bolloré, directeur général de la société éponyme. »Lorsque nous avons commencé à travailler sur la protection périmétrique, nous avons développé des solutions principalement dédiées aux sites militaires. C’était principalement les sites sensibles qui pouvaient être intéressés par nos produits. Aujourd’hui, la délinquance a changé. On peut travailler sur d’autres segments du marché. Pour résumer, des sites civils sont devenus avec le temps des sites sensibles. »
Pour Thierry Mazette, directeur général de Guardall et président du Gimes, c’est indéniable : le marché s’est démocratisé. « Dorénavant, nous fournissons des systèmes pour des établissements commerciaux, les garages de véhicules, les entrepôts, les résidences VIP. Auparavant, nous équipions des sites à hauts risques, comme les centrales nucléaires, les sites pétroliers. »

Les raisons d’un succès…

Toujours selon le président du Gimes, « La France est très en retard par rapport à des pays comme l’Italie ou la Belgique. Même si l’écart à tendance à se réduire : les choses vont dans le bon sens. J’y vois deux explications. D’une part, l’évolution du marché de la lutte contre l’intrusion. Il y a encore quelques années, lorsque quelqu’un décidait de s’équiper, il avait tendance à n’assurer qu’une détection intérieure. Cette dernière réalisée, on veut accroître son périmètre de sécurité. On franchit donc le cap et on se tourne vers la détection périmétrique extérieure. Voilà pour la première explication. La seconde est simple : les prix des systèmes ont énormément baissé par rapport à il y a dix ou quinze ans. Ils ont été divisés par quatre pour certains matériels. Il y a encore quelques années, on vendait peu. On maintenait donc des prix élevés. Aujourd’hui, c’est l’inverse. Le marché s’ouvre, croît… On réduit nos prix. »

… d’un petit marché dynamique

« Certes, le marché se développe. Mais il reste un petit marché qui grandit », précise Patrick Bolloré. Petit marché, mais dynamique. « Ce marché, selon moi, est plus dynamique actuellement que la détection intrusion intérieure. Les volumes y sont moindres certes, explique Thierry Mazette, mais la France a beaucoup de retard. Il y a donc beaucoup à faire. »
En 2001, les fabricants ont pu croire que le marché allait décoller. Après les attentats du 11 septembre, le marché a connu un véritable coup de fouet. Il fallait protéger les filiales françaises de sociétés américaines. Mais le soufflé est vite retombé. Pour Thierry Mazette, c’est le potentiel d’autres segments du marché qui est intéressant. « Même si le client n’est pas toujours informé, pour ne pas dire ignorant, les installateurs arrivent aujourd’hui à proposer des solutions à des utilisateurs finaux que nous en touchions pas il y a encore quelques années. » Avant d’ajouter : « Le marché se développant, plus d’installateurs s’y intéressent. Ils ne sont pas tous formés, loin de là, mais ils savent que les solutions existent. Certains, contraints par une demande croissante, ont même acquis un réel savoir-faire et de solides connaissances techniques. »

Mauvaise formation, mauvaise installation

Il ne faut cependant pas se leurrer. La formation reste un épineux problème. C’est difficile. « Comme dans d’autres secteurs de la sécurité, explique Thierry Mazette, mais à la seule différence qu’en matière de protection périmétrique, les problèmes apparaissent vite. Dans la lutte contre l’intrusion intérieure, si l’installation est mal conçue, il est possible que l’on ne se rende jamais compte du problème. Sauf en cas d’intrusion… Alors qu’en protection périmétrique, le défaut va très vite sauter aux yeux et aux oreilles : fausses alarmes, déclenchement intempestifs, etc. Pourtant, la technicité de ces solutions a un avantage : elle filtre d’elle-même les mauvais installateurs qui peuvent rebuter par les complexités des infrarouges, de l’hyperfréquence ou de la bi-technologie. Sans parler des fibres optiques ou des câbles sensitifs« , conclut-il.
Besoin de formation d’autant plus prégnant que la protection périmétrique est déjà associée à d’autres outils de sécurité – la vidéosurveillance, par exemple – et qu’elle devra, à terme, tenter de toucher le particulier, à l’instar de ce qui se fait déjà en Italie.

Se tourner vers les autres

Il existe sur le marché des solutions périmétriques qui peuvent être associées à de la vidéo. L’infrarouge passif en fait partie. Il est beaucoup, utilisé en pré-alarme pour le déclenchement de la vidéo. Sur les sites professionnels, cela permet de zoomer et, le cas échéant, d’enregistrer en cas d’intrusion ou de tentative. Ce genre « d’association » est peut-être l’avenir de la protection périmétrique, une fois les problèmes de fiabilité résolus.
Autre opportunité : les particuliers. En Italie, on équipe de nombreuses maisons individuelles ou appartements avec des systèmes de détection IR. Il n’est pas rare de voir des petites barrières IR protéger des portes-fenêtres, des terrasses ou des balcons. En France, c’est loin d’être le cas. Encore une fois, la solution passe par les installateurs qui n’ont pas encore le réflexe de proposer ce type de solutions. Ils privilégient les contacts de portes ou les détecteurs. Alors que, pour un prix raisonnable, il est possible de dormir en toute tranquillité en pleine canicule.

Focus : Infrarouge ou hyperfréquence ?

> La barrière infrarouge est constituée d’une colonne émettrice et d’une colonne réceptrice. La colonne émettrice contient les cellules infrarouge qui génèrent les faisceaux. Les cellules de la colonne réceptrice reçoivent les signaux infrarouge des émetteurs. Le passage d’un intrus dans le plan vertical de la barrière coupe les faisceaux et déclenche un contact d’alarme. Un mur immatériel et invisible à l’oeil nu est ainsi constitué par ces barrières infrarouge.
> Par opposition aux barrières infrarouge qui délivrent des faisceaux directifs et très fins, les barrières hyperfréquence forment un lobe de détection volumétrique de 1 à 8 m de large et de haut, variable selon la portée et la sensibilité des réglages. Une détection de mouvement à l’intérieur de ce volume déclenche un contact d’alarme.

En savoir plus

Cet article est extrait du Magazine APS n° 154 – Octobre 2006.
Pour plus d’information sur nos publications, contactez Juliette Bonk .

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