Protection de la main | Toujours plus résistants, les gants jouent la dextérité

Le chiffre est inquiétant. Chaque année se produisent 1,4 million d’accidents de la main. Soit un accident toutes les vingt secondes, selon la Fesum (Fédération européenne des services d’urgences mains) qui organise actuellement des journées de prévention des accidents de la main. Les deux tiers se produisent à la maison et un tiers en milieu professionnel. Dans les deux cas, ces statistiques sont en hausse. En cause, notamment, l’absence de gants mais aussi la méconnaissance du bon usage des EPI.
Dommage car les fabricants accomplissent chaque année de notables efforts pour améliorer la résistance au feu, aux agressions chimiques et à la coupure de leurs produits. Laquelle est régie par deux normes : l’EN 388 et l’Iso 13 997 (lire l’encadré). Les produits les plus performants du marché portent d’ailleurs cette double mention. A commencer par le gant TDM Protop30 de Rostaing, qui offre une résistance à la coupure de niveau 5. Conçu en Dyneema (un polyéthlène haute densité) et en polyamide, ces gants tricotés sans coutures ont un renfort en croûte de bovin paume et doigts. Nettoyables à sec, ils sont recommandés pour les manipulations de tôles grasses, l’emboutissage et le ferrage. Ce gant vient rejoindre la gamme d’EPI anticoupure de Rostaing qui s’est illustré sur le dernier salon Batimat avec le gant Visiopro (EN 388 niveau 5 et ISO 13997 32 Newtons). Lequel vient de remporter une médaille de bronze. Tricoté en fibres composites à base d’Inox et de verre, il comporte une doublure intérieure en Dyneema qui fait office de témoin d’usure de couleur orange.
« Lorsque le gant est noir, sa résistance est maximale. Par contre, quand il devient orange, cela signifie qu’il a perdu deux niveaux de performances et qu’il est passé alors en niveau 3 », indique Stéphane Rostaing, le directeur général de l’entreprise éponyme qui dispose de son propre centre de recherche, à Villieu, dans l’Ain.

Effet Grip

De son côté, le Japonais Showa Best Glove (SBG) a développé une fibre haute performance baptisée Hagane Coil. Son secret, un acier inoxydable utilisé pour la fabrication des sabres de samouraïs. Laquelle est combinée, selon les cas, avec de l’aramide Kevlar (S-TEX KV3) pour une protection anticoupure de niveau 5 ou en niveau 4 avec du polyester (S-TEX GP-1 et le S-TEX GP-2). «Ce dernier est une fibre haute visibilité qui non seulement améliore le confort des utilisateurs mais limite l’effet des UV sur le vieillissement du matériau», fait valoir Tom Buyens, responsable marketing de SBG, qui excelle aussi dans l’enduction des gants tricotés.
En témoigne sa technologie Grip (capacité d’un gant à faciliter la prise en main d’un produit huileux). Il s’agit d’une enduction au nitrile qui fonctionne comme une éponge. La substance huileuse est absorbée par les trous, puis naturellement chassée lorsque l’utilisateur appuie sa main sur l’objet. Cette technologie vient d’ailleurs d’évoluer avec le 376 destiné aux secteurs de la mécanique, construction, peinture et pétrochimie. Pour plus de confort, ce gant tricoté est enduit seulement aux trois quarts avec deux couches de nitrile. La première est sans trou pour protéger l’utilisateur des produits chimiques et la seconde comporte la technologie Grip. « Cette innovation est très appréciée sur les plates-formes pétrolières », se réjouit Tom Buyens.

La nécessaire évolution de l’EN 388
La norme EN 388 (protection contre les risques mécaniques) repose sur quatre tests : l’abrasion, la coupure, la déchirure et la perforation. L’abrasion, la déchirure et la perforation se déclinent sur quatre niveaux de performance contre cinq niveaux pour la norme anticoupure. Or, la machine utilisée pour le test anticoupure ne prend pas en compte les performances des nouveaux matériaux comme le Dyneema, une fibre polyéthylène haute densité. « La méthode de tests a été conçue pour éprouver la performance de produits en cuir, coton et Kevlar et non pour tester du Dyneema ou des fibres d’acier », soulève Stéphane Rostaing, le directeur général de l’entreprise éponyme. « Ces nouveaux matériaux rendent obsolètes l’actuel équipement de test. » Même constat du côté de l’IFTH. Tous deux participent d’ailleurs à l’évolution du référentiel des tests de résistance à la coupure. Lequel devrait s’inspirer de la norme Iso 13 997, qui utilise une machine, en l’occurence la TDM (Tomo Dynamo Meter) mieux adaptée à ces essais. Cette dernière mesure le poids en newtons (N) qu’il faut appliquer sur la lame pour couper le gant sur 2 cm à vitesse de déplacement constante. Plus le poids utilisé est élevé, meilleure est la résistance à la coupure. Soit 22 newtons pour un EPI de niveau équivalent 5 et 13 Newtons pour le niveau équivalent 4.

Préserver la flexibilité

La manipulation d’objet humides et graisseux réclame des opérateurs plus de force dans la préhension et peut déclencher des TMS. Voilà pourquoi, il s’agit d’un vrai cheval de bataille pour les industriels. Une préoccupation à laquelle répond Ansell avec son gant AlphaTec 58 destiné aux environnements gras et huileux. Enduit de nitrile, cet EPI bénéficie de la technologie « Ansell Grip Technology », qui vise à rompre le film graisseux des pièces et à l’évacuer hors des zones de pression. Ce produit se distingue de ses concurrents par son mode de fabrication. Lequel consiste à fabriquer une enveloppe étanche dans laquelle est introduite un support tricoté sans couture. Contrairement au procédé qui consiste à enduire le tricot d’une couche de nitrile. « Avec ce procédé, nous travaillons avec un film de nitrile bien plus fin qu’auparavant. Le gant est donc plus souple », explique Denis Leblond, responsable pour l’Hexagone de l’entité Ansell Healthcare Europe .

Finesse d’un collant

Ce produit répond aux attentes des utilisateurs qui ne supportent plus que leurs gants soient un frein à leur productivité. Ansell va d’ailleurs un cran plus loin avec le Hyflex 11-616. Selon son fabricant, il s’agit du gant le plus léger du marché grâce à son support tricoté nylon fabriqué sur des machines en jauge 18, en opposition aux jauges 7, 10, 13, et 15 qui sont plus répandues. Ce gant trouve sa place dans la fabrication de machines et d’équipements où il faut manipuler de très petites pièces, telles que des vis. A cet égard, ce gant se distingue par son niveau de résistance faible et moyen à la déchirure de sorte à se déchirer facilement si le gant est entraîné dans une machine tournante. Il arrive que de tels accidents surviennent lorsque l’utilisateur se sert d’une visseuse pneumatique avec des gants tricotés trop épais ou trop résistants à la déchirure, selon Denis Leblond.

Le grand retour du cuir ?
Procoves met le cuir au goût du jour avec deux nouveautés destinées aux services de secours incendie
En matière de prévention des risques thermiques extrêmes, la
« palme » reviendra sûrement à Procoves, qui possède une usine en Bourgogne et une seconde en Tunisie. En France, cette dernière travaille notamment avec les services de secours incendie.
« Nous avons deux nouveautés Le Lynx et Taurus, qui répondent aux normes EN 659-version 2008 (gants de protection pour les sapeurs-pompiers) », annonce Jean-Luc Denecker, directeur marketing et développement de Procoves. Filiale du groupe Wells Lamont (plus de 100 millions de paires de gants par an), l’entreprise produit des gants majoritairement en fibres synthétiques (Dyneema, Kevlar, Nomex, etc). Alors que bon nombre de ses concurrents ont renoncé à produire des gants en cuir en raison du prix élevé de ce matériau, l’industriel français a décidé de le remettre au goût du jour avec deux modèles phares. D’abord le Lynx, un modèle mixte comportant une paume en cuir fleur et le dos en Nomex, une fibre aux exceptionnelles propriétés thermostables. Ensuite Taurus, son alternative avec un dos en croûte de bovin pour les aficionados du cuir, adeptes de ce matériau pour son confort, sa respirabilité, et sa longévité.
Pas étonnant que le confort compte parmi les maîtres mots de ces deux gants qui revendiquent aussi des qualités de souplesse et de dextérité ainsi qu’une protection élevée au feu. « Les tanneurs ont fait beaucoup de progrès pour satisfaire la norme EN 659 », rapporte le directeur marketing. « Les cuirs sont traités à cœur afin de supporter des températures de 180 °C sans retrait dimensionnel tout en résistant à la pénétration de l’eau. » Par ailleurs, grâce à ce traitement hydrofuge, les cuirs retrouvent leur souplesse à l’initiale. Les tailles proposées vont de 6 à 12 sachant qu’il existe de plus en plus de femmes pompiers dans les services d’incendie et de secours, ainsi que de jeunes sapeurs-pompiers volontaires.

Risque thermique

Pour sa part, Mapa élargit son emprise sur les risques thermiques avec un nouveau modèle « Temp-Dex-710 » proposé en tailles 7, 9 et 11. A la fois souple et fin, ce gant multicouche enduit de nitrile concerne la manipulation et la vérification de pièces chaudes. Pendant plus de trente secondes, l’utilisateur peut tenir en main des objets faisant entre 80 et 100 degrés. « Notre gant comporte à la surface des doigts et de la paume des picots spécifiques qui servent à créer une couche d’air entre l’objet et la main de l’opérateur », décrit Diane Gabison, chef de produit chez Mapa professionnel. Décidément polyvalent, ce gant résistant également à l’abrasion (niveau 4/4) permet, en outre, de travailler en milieu huileux en conservant une bonne adhérence grâce à son enduction spéciale Grip.

Santé des salariés

De son côté, le Français Espuna, qui vient de recevoir le label d’entreprise du patrimoine vivant pour son savoir-faire unique, se focalise sur les risques induits par la manipulation, le déchargement et le transport de marchandises. « Nous commercialiserons en début d’année un nouveau gant dont la paume sera constituée de textiles techniques », prévoit la responsable marketing de l’entreprise qui proposait jusque-là des gants de manutention en cuir. Résistant à la déchirure, et offrant un meilleur Grip, cet EPI apportera en outre une plus grande dextérité à l’utilisateur. Espuna s’intéresse aussi à la productivité et à la santé des opérateurs à leur poste de travail. Pour leur conférer plus de précision dans l’exécution de leurs tâches, ce producteur de gants (l’usine est installée près de Narbonne (Aude) où elle occupe 60 personnes) fournit des gants enduits et tricotés en polyamides. Point fort, ces EPI sont dépourvus de DMF (DiMéthylFormamide). Il s’agit d’un solvant couramment utilisé dans le processus de production de gants en polyuréthane qui est accusé de pénétrer dans la peau et de susciter de nombreux effets. A savoir, des irritations cutanées et oculaires ou encore des pathologies du foie. On comprend pourquoi les grands appels d’offres interdisent la présence de DMF dans les gants.

Gant écoconçu

C’est du moins ce qu’observe de plus en plus Sébastien Morin, responsable marketing chez Comasec Marigold Industrial, qui se distingue avec sa gamme écoconçue baptisée Puretough en polyuréthane à base aqueuse portant le label Oeko-Tex, qui certifie que le produit répond à un cahier des charges de 100 critères comportant des valeurs seuils. Comasec cherche aussi à améliorer la connaissance des utilisateurs sur les normes anticoupures. « Nous avons trois niveaux de performance (1/5, 3/5 et 5/5), qui sont identifiables à l’aide de leur pastille de couleur. Par exemple rouge pour le niveau 5 décrivant des zones à risque », décrit Sébastien Morin. Moyennant quoi, l’utilisateur ne se perd plus dans le choix de son EPI et le contrôle des EPI s’avère plus facile pour les responsables d’atelier. Comasec a d’ailleurs l’intention d’étendre ce système à la protection thermique et chimique.


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