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Santé et qualité de vie au travail

Les pigments intelligents d'OliKrom veulent sauver des vies au travail

La start-up girondine valorise 11 brevets pour créer sur cahier des charges industriel des pigments capables de changer de couleur. Par exemple pour indiquer un taux d'usure ou un choc. Voire une température ou une pression qui dépasseraient des seuils de tolérance.

Durant huit années de recherches fondamentales menées à l’Institut de chimie de la matière condensée de Bordeaux (ICMCB), Jean-François Létard, directeur de recherche au CNRS, a déposé pas moins de 11 brevets au titre du CNRS et de l’Université de Bordeaux – gérés à présent par la Société d’accélération du transfert de technologies (Satt) de Bordeaux. « Ces brevets portent sur des  »pigments intelligents ». Ils changent de couleur en fonction de l’évolution des conditions physiques de leur environnement. Par exemple, une différence de température, de pression ou de lumière. Voire un choc ou la présence d’un gaz, explique l’ancien chercheur qui, profitant de sa subvention décrochée auprès du ministère de la Recherche en tant que lauréat en 2012 du Concours national d’aide à la création d’entreprises innovantes dans la catégorie  »projet en émergence », s’est financé une formation à la création d’entreprise innovante d’un an à HEC. Ces brevets ont ensuite été étendus à toute l’Europe, aux États-Unis et au Japon. »
Les pigments intelligents d’OliKrom sont des matériaux hybrides constitués de molécules organiques et inorganiques qui sont assemblées comme les briques d’un jeu de lego afin de définir les propriétés que l’on vise. « On peut obtenir des effets en bi-couleur, passant d’une couleur à l’autre, même en tri-couleur si l’on veut combiner plusieurs couples de réactions physico-chimiques. Par exemple, le couple température-lumière et le couple température-pression, précise le chercheur devenu entrepreneur dont la société loue des locaux dans l’immeuble ChemInnov, spécialement conçu pour accueillir des start-up de chimie. Les pigments se retrouvent dans des peintures, des encres ou des plastiques à fondre pour la plasturgie. »
Ces propriétés intéressent, entre autres, des groupes aéronautiques comme Airbus ou Turboméca (groupe Safran). « Avec ces pigments intelligents, on envisage de suivre la santé des matériaux d’un avion. Le choc dû à un oiseau, à un objet métallique ou à la grêle, une pièce étirée et tordue, une surchauffe autour d’un moteur… Toutes ces anomalies sont susceptibles d’être détectée à l’œil nu en une fraction de seconde grâce à un changement de couleur », reprend l’entrepreneur qui emploie déjà 9 personnes. En cas d’incendie, nous imaginons peindre des portes pour qu’un changement de couleur avertisse les pompiers d’un niveau de chaleur qui se trouve derrière. Cela peut sauver des vies. » Dans le même esprit, le procédé se décline dans la lutte contre le vol ou la contrefaçon – un peu comme le marquage ADN. On peint un point blanc qui devient bleu. Si on le presse ou si on change la température ou la lumière, il devient bleu. Seul le propriétaire le sait. Ce qui prouve que l’objet est bien à lui. Aujourd’hui, Newport, un distributeur américain de matériel optique, diffuse des cartes au format carte bancaire avec des zones à pigments intelligents que l’on place devant un faisceau laser infrarouge, bien sûr invisible à l’œil nu, afin de repérer par un changement de couleur le passage du faisceau. Objectif : protéger la santé des travailleurs du laser.
En fait, Jean-François Létard a démarré son activité il y a 5 ans par une cellule de transfert de technologies adossée à l’Association pour le développement de l’enseignement et des recherches auprès des universités, des centres de recherche et des entreprises d’Aquitaine (Adera) avec l’aide du Conseil régional aquitain et de Bpifrance. « Pendant 4 ans, le projet a été Incubé. Du coup, lorsque j’ai créé la société Olikrom l’an dernier, l’activité a très vite embrayé ! », précise le dirigeant d’Olikrom qui, sans l’accompagnement du Conseil régional, de l’Incubateur régional aquitain (Ira) et du CNRS n’aurait pas pu réaliser son projet d’entreprise. Après avoir levé 300.000 euros auprès des de Starquest Capital et de Pertinence Invest, Jean-François Létard compte réaliser un chiffre d’affaires de 1,4 million d’euros pour l’année prochaine et 3,4 millions d’euros en 2017. Lauréat il y a quelques semaines dans la catégorie Jeune pousse du concours Bougeons-nous organisé par la radio RMC, il se fixe l’objectif de prendre une place de leader mondial des pigments intelligents à l’horizon 2020 : « Pour l’heure, nous avons déjà une capacité de production d’une tonne de pigments à l’année, poursuit le chef d’entreprise. Après un déménagement prévu pour 2017, toujours en Aquitaine, nous espérons augmenter cette capacité à plusieurs tonnes par mois. »

Erick Haehnsen

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