Gérer les risques
Aujourd'hui et demain

Santé et qualité de vie au travail

Les Français parmi les pionniers des dispositifs d'assistance à la personne en réponse aux TMS

Les troubles musculosquelettiques (TMS) ont vu leur nombre augmenter de 60% en l'espace de dix ans. Pour prévenir ces risques tout en augmentant les capacités physiques des opérateurs, des entreprises françaises conçoivent et développent des solutions d'exosquelettes mécaniques et des dispositifs d'assistance physique à base de bandes textiles.

D’ici quelques années, le secteur des équipements de protection individuelle (EPI) devrait connaître un boom avec les exosquelettes et autres équipements d’assistance à l’effort. Un marché émergent sur lequel se positionnent quelques pionniers français. A commencer par Exhauss, RB3D, Gobio et Sidect. Pourvus ou non de dispositifs mécatroniques, leurs produits sont conçus pour renforcer les capacités physiques de l’opérateur de sorte à prévenir les troubles musculosquelettiques (TMS). Première cause de maladie professionnelle reconnue en France, ces affections ont vu leur nombre augmenter de 60% en l’espace de dix ans, selon l’Assurance maladie-risques professionnels.

Plus de 40.000 salariés indemnisés pour des TMS en 2014

Elles résultent d’un déséquilibre entre les capacités fonctionnelles d’une personne et les exigences de la situation de travail. Ces affections touchent les tendons, les muscles et les articulations au niveau du cou ainsi que le haut et bas du dos. Sans oublier les épaules, les bras, les mains et les membres inférieurs. L’origine de ces affections est principalement liée à des activités manuelles.

En 2014, plus de 40.000 salariés ont été indemnisés. Ce qui représente près d’un milliard d’euros de frais couverts par les cotisation des entreprises. Sans compter les coûts indirects évalués à 10 millions de journées de travail perdues soit 45.000 équivalent temps plein. Parmi les facteurs qui contribuent à l’augmentation du nombre de TMS, l’Assurance maladie cite la robotisation des tâches humaines dans l’industrie et la logistique.

Les salariés de ces secteurs y pratiquent des tâches monotones et répétitives qui sollicitent toujours les mêmes régions musculosquelettiques. « Ces activités dépassent largement en pénibilité la seule mécanisation qui laissait une certaine variabilité des gestes », observent les experts de l’assurance maladie. Ces derniers y voient aussi des contraintes de productivité plus élevées qui intensifient les cadences et les flux ainsi, que des périodes de pause raccourcies empêchant la détente musculaire.

Exhauss dispose d’une large gamme d’exosquelettes

Avec le recul de l’âge de la retraite, le nombre de TMS promet de s’amplifier. D’où la nécessité de trouver des solutions qui permettent à la fois de maintenir les personnes dans l’emploi mais également de prévenir les maladies. Dans ce contexte, une dizaine d’entreprises dans le monde proposent des solutions pour soulager et prévenir ces affections. A commencer par le français Exhauss, une marque du groupe lyonnais L’Aigle.

Spécialisée dans les stabilisateurs d’images (Steadycam) pour caméras de tournage vidéo, cette PME d’une dizaine de personnes fabrique depuis près de trois ans une gamme d’exosquelettes destinés à soulager et protéger les opérateurs des contraintes posées par la manutention ou le portage de charges ou d’outils. Selon les différentes versions proposées, ces appareils se présentent sous la forme de harnais mécaniques ou électromécaniques équipés d’une potence ou d’orthèses appelées « exobras », que l’opérateur enfile.

A l’instar de l’exosquelette W (Worker) adopté par les professionnels du cinéma qui travaillent avec des stabilisateurs d’image, des appareils pesant plusieurs dizaines de kilos.

Le modèle Stronger dispose d’un bras mécatronique 

Citons aussi le modèle S (Stronger) qui est doté pour sa part d’un bras mécatronique constitué d’une balance associée à une carte électronique, un moteur et une batterie. Lorsque l’opérateur saisit un objet, son poids est mesuré et des petits moteurs sont actionnés pour adapter la capacité de portage mécanique des bras. Cet exosquelette utilise plusieurs brevet déposés par Exhauss portant sur la motorisation et l’isoélasticité des exobras. Laquelle est obtenue grâce à des tendeurs haute performance que fournit un procédé spécifique de vulcanisation.

« Ce procédé breveté permet de développer le même effort tout au long de la course tout en allégeant nos exosquelettes », indique Pierre Davezac, directeur général d’Exhauss. Pesant autour de 5 kg, ses exosquelettes sont aussi utilisés dans le BTP pour le port de charges lourdes ou la réalisation de tâches aussi pénibles que le ponçage d’un plafond.

Exhauss prépare un exosquelette dédié à la logistique

Une nouvelle version d’exosquelette dédiée aux professionnels de la logistique est en préparation. Elle intéressera les tâches répétitives qui réclament de prendre et de reposer un objet de 25 kg maximum. Plus près du corps que les autres modèles, ce nouvel exosquelette aura un encombrement limité de sorte que les opérateurs puissent circuler librement dans des allées étroites ou sur un chariot élévateur. « Il sera vendu au travers de distributeurs et d’intégrateurs autour de 9.000 euros », indique Pierre Davezac qui a réalisé cette année plusieurs démonstrations dans des entrepôts, notamment chez DHL Express France. Le fabricant prévoit aussi de compléter son exosquelette avec des exojambes. De quoi porter des charges dépassant 30 kilos.

RB3D démarre la production en série de son exosquelette

Dans le sillage d’Exhauss, le français RB3D (Robotiques 3 Dimensions) s’apprête à démarrer la production série de son premier exosquelette industriel européen début 2017. La PME installée à Monéteau près d’Auxerre (Yonne) s’est illustrée en mai dernier avec son Exo Push, un engin exojambe destiné à l’assistance au geste des tireurs au râteau. Ces opérateurs travaillent sur les nouvelles routes à répartir l’enrobé bitumineux.

« Notre exosquelette multiplie la force de son utilisateur qui peut ainsi pousser jusqu’à 40 kg tout en lui évitant des postures à risque, comme travailler le dos courbé en poussant très fort », explique Serge Grygorowicz, PDG de RB3D. Cette machine fonctionne avec une batterie Lithium-ion qui offre plus de 4h d’autonomie en marche intensive.

« Le prix catalogue de cet équipement est situé entre 25.000 et 30.000 euros suivant les options choisies », indique le PDG de l’entreprise. Créée en 2001, cette PME a réalisé un chiffre d’affaires de 600.000 euros en 2015 avec une dizaine de salariés. « Cette solution en cours de test avec l’entreprise de travaux publics Colas est plus ergonomique et légère que la version précédente », ajoute Serge Grygorowicz qui, cette année, a fait l’actualité en levant 4 millions d’euros grâce à un tour de table qui associe ses actionnaires historiques et le groupe Colas, via son fonds d’investissement CIB Développement.

Les exosquelettes sont testés par Colas. © RB3D
Les exosquelettes sont testés par
Colas. © RB3D

Gobio Robot prépare un exosquelette avec le constructeur PSA, l’université de Nantes et le laboratoire de robotique du Mans

Gobio Robot, un autre concepteur d’exosquelettes prévoit de faire une levée de fonds en 2017 pour aider à la commercialisation de ces prochains exosquelettes. Pour l’heure, il s’agit de versions mécaniques dont la version mécatronique devrait voir le jour début 2017

« Cette nouvelle génération saura gérer automatiquement les variations de charges ou de hauteur », prévoit Pierre-André Foix, directeur associé de Gobio Robot, un intégrateur de solutions d’assistance à la personne qui conçoit et assemble ses produits dont les pièces sont fabriquées par des partenaires. Basée à Carquefou (Loire-Atlantique), cette entreprise de 7 personnes réunit des spécialistes de la robotique, du service à la personne, du médical et des ressources humaines. Pour ce nouvel équipement, Gobio Robot travaille avec le constructeur PSA, l’université de Nantes et le laboratoire de robotique du Mans.

« Notre prochain exosquelette saura s’adapter à toutes les applications industrielles en termes de variation de hauteur et de poids grâce à son harnais équipé de deux bras robotisés », décrit le directeur associé qui prévoit le démarrage de la production début 2017 pour une commercialisation au cours du deuxième semestre à un prix inférieur à 10.000 euros. Dans la foulée, la jeune société prévoit de nouer des partenariats avec des industriels de la robotique afin de renforcer son offre avec des robots et des cobots.

La demande est en pleine émergence. « De plus en plus d’industriels et de logisticiens viennent nous consulter afin de prévenir les TMS et l’absentéisme dans leur entreprise », rapporte Pierre-André Foix, directeur associé de Gobio Robot.

Une nouvelle version d'exosquelette conçue mécatronique avec PSA. © Gobio Robot
Une nouvelle version d’exosquelette
conçue mécatronique avec PSA.
© Gobio Robot

Grâce au harnais de force de Sidect, le distributeur Leclerc n’a enregistré aucun accident du travail en 2015 sur son site logistique

En attendant l’émergence des exosquelettes, Sidect occupe le terrain avec son harnais en tissu et sa veste supplétive, tous deux fabriqués en France sous la marque Corfor. Ces dispositifs d’assistance physique à contention, comme les désigne l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS), sont des systèmes brevetés qui utilisent l’élasticité de bandes textiles afin d’assister et soulager les lombaires. « Un mal dont souffrent 70% des manutentionnaires », fait remarquer Yves Labbe-Laine, le président de l’entreprise basée à Manosque (Alpes-de-Haute-Provence).

Ce dirigeant s’est servi de son expérience de chef d’entreprise dans le BTP pour développer le harnais de force puis la veste supplétive. Le premier s’attache au niveau des épaules et sous les genoux. Il permet de réduire le port de charge de 12 kg tandis que la seconde, qui s’enfile comme une veste classique, l’allège de 8 kilos.

« Ces résultats bénéficient d’une validation scientifique grâce à une étude par électromyogramme réalisée par I-Trema, un cabinet de kinésithérapeutie également spécialisé dans l’analyse biomécanique », fait valoir le président de Sidect qui compte environ 250 grands comptes dans sa clientèle. Parmi lesquels un distributeur Leclerc implanté en Bretagne.

En 2014, ce dernier a enregistré 7 arrêts de travail de 30 jours. Un nombre ramené à 0 avec l’achat de 45 harnais. Convaincu de l’intérêt de cet EPI, le distributeur s’en est procuré cette année 135 tout en rendant le port du harnais obligatoire sur son site logistique. Forte de son succès, Sidect lance sur le marché un sous-vêtement supplétif unisexe à découvrir sur le salon Expoprotection. Il se présente sous la forme d’un tissu en mailles très fines et que l’on peut régler. Il sera disponible auprès de Sidect au prix de 120 euros HT dès la fin de l’année.

Eliane Kan

* Pour être reconnus comme maladies professionnelles, les TMS doivent répondre à un des 5 tableaux suivants : MP 57 (affections péri articulaires provoquées par certains gestes et postures de travail), MP 69 (affections provoquées par les vibrations et chocs transmis par certaines machines outils, outils et objets et par les chocs itératifs du talon de la main sur des éléments fixes), MP 79 (lésions chromatiques du ménisque), MP 97 (affection chronique du rachis lombaire provoquées par des vibrations de basse et moyenne fréquences transmises au corps entier, et MP 98 (affections chroniques du rachis lombaire provoquées par la manutention de charges lourdes).

Ce sous-vêtement unisexe préserve les lombaires. © Sidect
Ce sous-vêtement unisexe
préserve les lombaires.
© Sidect

DHL Express France teste des solutions pour prévenir les TMS

Sur les sites de transport et de logistique, le port de charges lourdes et les manutentions manuelles sont, d’après l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS), les premières causes d’accidents du travail (lumbagos, sciatiques, heurts, coupures…) devant les accidents de plain pied et l’utilisation d’engins mécaniques. Ces risques sont suivis attentivement par le transporteur DHL Express France.

Filiale du groupe Deutsche Post, DHL, qui fête ses 40 ans cette année, compte 2.000 collaborateurs dont la moyenne d’âge s’élève à une trentaine d’années. « Nous en recensons environ 1.200 sur nos 46 sites opérationnels et 800 sur nos sites administratifs », indique Frédéric Bilot, responsable prévention, santé et sécurité de de la filiale française.

Numéro 1 sur l’Hexagone avec plus de 32 millions de colis transportés chaque année, DHL Express France prévoit une croissance annuelle globale de ses flux de 8% sur les 5 années à venir. D’où la nécessité de bien anticiper les risques d’accidents et de maladies professionnelles. L’entreprise consacre chaque année plusieurs millions d’euros à l’amélioration des conditions de travail (notamment au travers des ses nouvelles agences ou l’ergonomie est améliorée). Les actions concernent aussi bien les opérateurs que les administratifs.

A titre d’exemple, l’entreprise a financé l’acquisition de 150 sièges ballons qui permettent d’avoir une assise plus droite et naturelle au poste de travail. La distribution de ballons a démarré il y a un an et va être complétée sur certains site, dès début 2017, par des conseils ergonomiques pour une meilleure position à son poste de travail. Par ailleurs, des tapis de souris ergonomiques ont été distribués. Selon que l’employé occupe un poste administratif ou opérationnel, l’information « prévention » diffère.

Par ailleurs, des exercices d’échauffement musculaire sont organisés au sein de 8 agences. Les quelques 300 à 400 personnes concernées démarrent chaque matin leur journée en réalisant une dizaine de gestes pour une durée de 7 et 8 minutes. « Grâce à ces échauffements musculaires, nous observons une baisse des accidents du travail qui va de 10% à 30% selon les sites », rapporte Frédéric Bilot.

Ces sites ne sont pas les seuls à avoir amélioré leurs résultats. Sur l’ensemble des 48 sites de DHL (dont trois administratifs), l’expressiste constate une baisse des accidents de 15% et une baisse de 25% de leur taux de gravité. « Les cas les plus récurrents concernent les accidents du dos liés au port de charge, les torsions de pied et les chocs aux jambes », recense le responsable SPS.

Pour améliorer ces résultats, DHL teste de nouvelles technologies comme les exosquelettes et les préhenseurs à ventouses qui aident les manutentionnaires à décharger sans effort des colis de 35 kg. Les tests menés à Montpellier (Hérault) pour le dépotage de palettes et à Lyon (Rhône) pour le déchargement des conteneurs se sont révélés concluants.

« Nous n’avons pas perdu en termes de rapidité et les collaborateurs sont moins fatigués en fin de journée. Nous allons déployer ces préhenseurs dès l’année prochaine sur la demi douzaine de sites qui vont s’ouvrir avant d’étendre cette démarche aux sites existants ayant des volumes importants de charges à manutentionner, indique Frédéric Bilot qui a, par ailleurs, assisté aux deux jours de démonstrations des exosquelettes du français Exhauss.

Ces équipements permettent de compenser une dizaine de kg mais ils nécessitent encore quelques développement pour une utilisation quotidienne. » Manifestant l’intérêt de suivre les améliorations apportées par Exhauss, de nouveaux tests sont prévus courant 2017.

Eliane Kan

Exhauss a réalisé des démonstrations de son exosquelette dans les locaux du transporteur. © DHL
Exhauss a réalisé des démonstrations
de son exosquelette dans les locaux
du transporteur.
© DHL

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