Gérer les risques
Aujourd'hui et demain

Risques industriels et environnementaux

Les bons calculs de l'investissement en sécurité industrielle

Les industriels ont souvent tendance à considérer la sécurité comme une épine plantée dans leur pied, nécessitant d'investir dans des infrastructures aux coûts élevés, au risque de ralentir la productivité. Aujourd'hui, les visions changent. De nombreuses études tentent à prouver que la sécurité industrielle représenterait, en fait, un levier de performance pour l'activité. A condition d'investir intelligemment.

Explosions, chutes, glissements, incendies, éboulements, blessures voire amputations… les employés du secteur de l’industrie qui doivent intervenir sur des sites sensibles sont soumis au quotidien à de nombreux dangers. Côté réglementaire, le Code du travail est catégorique : l’article R237-10 interdit à tout salarié d’opérer seul en conditions dangereuses sans avoir été équipé au préalable d’un dispositif de communication avec ses supérieurs. De plus, l’article définit la responsabilité pénale du chef d’entreprise qui doit faire appliquer les consignes de sécurité, sous peine de recevoir une amende extrêmement élevée. « Pourtant, s’il existe un cadre juridique bien défini et si les entreprises encourent des risques importants, cette obligation reste peu connue et encore moins respectée », déplore Cyril Dufresne, directeur solutions d’Ascom, dans un avis d’expert publié par le spécialiste en solutions applicatives métier pour les secteurs de la santé, de l’industrie et des services.

D’où la nécessité d’investir dans des équipements de sécurité. D’autant que de nombreuses études s’accordent à dire que le Retour sur politiques de prévention (ROP) serait bien plus élevé qu’il n’y paraît. Il participerait même à l’amélioration de la productivité. En témoigne le rapport présenté par l’Association internationale de la sécurité sociale. Partant du fait qu’un ROP supérieur à 1 dénote un investissement rentable, selon le Conseil d’orientation des conditions de travail (COCT), l’association a calculé auprès de 300 sociétés, réparties dans une quinzaine de pays, la capacité des ROP à générer du rendement. Ainsi les ROP équivaudraient-il en moyenne à un taux de 2,2. Ce qui signifie que les entreprises peuvent espérer un retour de 2,20 euros pour chaque euro investi dans la prévention, par année et par salarié. De fait, la moitié des sociétés interrogées estime qu’une augmentation des investissements en termes de sécurité et de santé au travail fait diminuer les coûts sur le long terme. Les salariés se sentent donc mieux considérés, ils gagnent en satisfaction et en motivation, l’image de l’entreprise n’en devient que plus bénéfique. Ce qui permet d’instaurer un meilleur climat de confiance.

« Au départ, la sécurité industrielle se concentrait sur les problèmes techniques tels que l’amélioration des systèmes ou des machines. Puis le facteur humain s’est imposé et il a été rejoint par le facteur organisationnel. Il est désormais évident qu’un accident ne s’explique pas par une seule cause mais résulte d’une combinaison de plusieurs événements. L’amélioration de la sécurité repose donc désormais sur des trois facteurs techniques, humains et organisationnels. En améliorant la réactivité des équipes face à un accident, on peut réduire significativement son impact », ajoute Cyril Dufresne.

Autre tendance : avec l’augmentation du nombre de travailleurs isolés, les entreprises se tournent de plus en plus vers des systèmes de protection issus des objets connectés comme les dispositifs de Protection du travailleur isolé (PTI) et les Dispositifs d’alarme du travailleur isolé (Dati). Lesquels ont pour fonction d’accompagner le personnel quel que soit l’environnement dans lequel ils opèrent et, surtout, lors de travaux dans des zones à risque. « Les objets connectés représentent une avancée importante dans la recherche d’une réactivité accrue et d’une fluidité dans les échanges. Ils permettent de délivrer la bonne information à la bonne personne, au bon moment et apportent ainsi une valeur ajoutée au traitement d’une alarme jugée critique », développe l’expert.

Ces dispositifs dédiés aux ouvriers, qui travaillent « hors de vue et hors d’ouïe » ou dans des environnements dangereux, permettent d’alerter les secours en cas de problème. L’appel peut être déclenché de façon volontaire ou automatiquement, en cas de perte de verticalité du travailleur. « Prenons l’exemple d’un technicien de maintenance, travaillant seul, dans la soirée du samedi. S’il glisse de l’échelle et que sa chute le laisse inconscient sur le sol, l’alarme « immobilité » de son PTI ou de son Dati alertera le centre d’alarme extérieur toute en indiquant à ce dernier le lieu où le blessé se trouve. »

 Ségolène Kahn

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