Gérer les risques
Aujourd'hui et demain

Risques industriels et environnementaux

Le workwear a la fibre du look et de l’environnement

Le vêtement de travail se rapproche du prêt à porter avec des fibres souples et des coupes modernes. Mais les clients veulent aussi afficher leur engagement en faveur du développement durable avec des polyesters recyclés et des fibres équitables.

En décrochant le marché de la nouvelle tenue des agents SNCF, Armor Lux a misé autant sur les matières que sur le design. Pour ce contrat, le fabricant textile breton confirme ainsi la grande tendance du secteur : le workwear suit de plus en plus près les grandes tendances du prêt à porter. Tant pour les compagnies ferroviaires qu’aériennes, pour les professionnels du bâtiment comme pour ceux de la santé ou du transport, les tenues de travail doivent être non seulement résistantes et pratiques mais aussi agréables à regarder. Elles servent à mener une activité professionnelle de manière confortable tout en véhiculant l’image de l’entreprise. « La SNCF a pris le parti du haut de gamme avec de belles matières et des lignes inspirées du prêt à porter, souligne Grégoire Guyon directeur de la communication pour Armor Lux. Le cabinet de tendances Nelly Rodi a orienté le vestiaire vers une identité beaucoup plus féminine pour des tenues élégantes et sobres. »
Depuis dix ans, le workwear évolue dans un climat quelque peu paradoxal. D’une part, on lui demande solidité, résistance et facilité d’entretien. De l’autre, on en attend souplesse, légèreté du tissu et modernité des lignes. Face à ces contraintes, les vestiaires professionnels doivent faire preuve d’imagination. Loin de l’esprit ‘‘bleu de travail’’, ils apprennent à cultiver la solidité du tissu, sans pour autant lui laisser son classique aspect rigide. Ils alignent des tenues fonctionnelles et pratiques, tout en leur permettant de se rapprocher de l’apparence du prêt à porter. En bref, ils réussissent le tour de force de continuer à assumer leur travail, tout en faisant oublier leur caractère de vêtement pro. « Aujourd’hui, de plus en plus d’artisans sont prêts à payer un peu plus cher que l’entrée de gamme pour avoir un vêtement design qui donne une image moderne de leur activité », observe Laurent Corbé, gérant d’Abisco, un site de vente de vêtements de travail qui distribue les marques scandinaves Blaklader et Arbesco.

Technologies et ergonomie du sportswear. Pour réussir ce tour de force, le workwear a beaucoup puisé dans les technologies du sportswear. Grâce aux innovations développées dans le milieu de la compétition, les fabricants ont réussi à allier des coupes ergonomiques et des tissus techniques pour améliorer le confort de leurs pièces, tout en les dotant de looks séduisants. Déjà, les membranes type gore tex ont séduit les vestiaires pros et la fibre polaire conçue pour la haute montagne est présente partout. « La mode du ski et ses patronages préformés ouvrent la voie à des tenues qui n’entravent pas les mouvements, explique Marie Blanchard, directrice marketing de Kwintet. Et des pistes comme les coutures soudées pourraient améliorer la résistance des tenues, sans en réduire la souplesse. »

Cap sur l’environnement… Tendance plus nouvelle, les grands comptes demandent de plus en plus de fibres respectueuses de l’environnement de sorte à se conformer à leur engagement pour le développement durable auprès de leurs salariés et de leurs clients. Parmi les tissus plébiscités, citons le coton bio et les polyesters recyclés. Ainsi, les parkas d’une partie des agents de la mairie de Paris sont-ils en fibre recyclée et les tee-shirts des postiers sont en coton bio.
Les tissus labellisés Max Havelaar sont également appréciés pour signer un engagement équitable et respectueux de l’environnement. « Quand l’entreprise travaille sur la norme Iso 14001, nous lui apportons des solutions de recyclage dès la livraison des vêtements, explique Marc Jacouton, directeur de la communication et du développement durable chez Cepovett. Cela valorise la direction et sensibilise le collaborateur au développement durable. » Le respect de la réglementation européenne Reach sur l’analyse des risques des substances chimiques par leurs fabricants fait aussi parfois partie des cahiers des charges. Le groupe Mulliez-Flory mise notamment sur la fibre Tencel issue de pulpe d’eucalyptus, sans additif chimique et biodégradable. « Nous avons également développé des vêtements à base de chanvre, plus doux, plus chaud et plus absorbant que le coton, affirme son PDG Jacques Gindre. Encore une fibre traditionnelle qui permet d’allier confort et bien être du porteur dans un cadre éco-responsable. » Au-delà de l’environnement, le made in France est aussi devenu un argument : dans l’offre d’Armor Lux, retenue par la SNCF, la fabrication des vêtements se déroule à hauteur de 35% en France.

… et sur les services. Pour l’appel d’offres de la SNCF, Armor Lux pense avoir fait la différence dans sa bonne maîtrise du back-office, à savoir de la gestion des stocks et de l’acheminement des produits. Pour Cepovett, l’amélioration du processus de commande et de suivi fait partie des grandes évolutions du secteur. Avec certains clients, les leaders du workwear mettent en place des services de commande en ligne directement effectués par les agents à qui ils sont destinés. Ils n’ont accès qu’aux pièces spécifiques de leur dressing à l’intérieur du catalogue et peuvent suivre l’acheminement de leur commande livrée à domicile. Ce type de service, proche des méthodes de vente en ligne, se développe pour les grands comptes.

Fibres intelligentes. Les nouveautés technologiques des industries textiles donnent aussi des arguments de vente aux fabricants de workwear. Depuis que le stretch peut se laver à chaud, certains ont pu décliner leurs modèles avec des tissus élastiques et confortables à porter. De son côté, Mulliez-Flory propose la membrane Gold Reflect Line dans des vestes ou des T-shirts pour améliorer le tonus musculaire et lutter contre les troubles musculo-squelettiques. Les nouvelles fibres infroissables ou faciles à repasser sont également plébiscitées car, dans certaines entreprises, ce sont les salariés qui sont chargés de l’entretien de leurs tenues de travail. D’où les tissus à base de nanotechnologies qui offrent des traitements anti-taches aux propriétés quasi permanent, particulièrement appréciés dans les milieux de la restauration.

Florence Pinaud

Quand la mode s’en mêle
Pour le fabricant Modyf.fr qui possède un site de vente, le slogan est clair : travailler avec style. « Les clients veulent du confort mais ils veulent aussi du style, constate Véronique Funfchilling, responsable de communication. Le workwear est de plus en plus associé à la mode avec des gammes d’été assorties de modèles bermuda qu’on ne voyait pas auparavant. On nous demande aussi du slim stretch et des nouveautés. »
Même constat chez Kwintet avec des jeans de travail et des sweat-shirts à capuche. « Les gens qui portent ces vêtement n’ont plus envie de ressembler à des travailleurs, observe Marie Blanchard, la directrice. Dans le secteur de la santé, la blouse classique est devenue plus féminine avec des découpes qui soulignent mieux la silhouette. Les modèles s’inspirent clairement des tendances de la mode. » Dernière tendance, une demande forte pour renouvellement plus souvent les collections. Clairement inspirée par le rythme classique du prêt à porter.

Rester au sec
Dans les nouvelles préoccupations des clients, les méfaits de la transpiration sont devenus importants. Sur ce créneau, DayDry a développé une gamme de sous-vêtements spécifiques. Fabriqué en lenzing modal, ils sont équipés de triple épaisseur sous les manches du tee-shirt pour éviter les auréoles sous les aisselles et sur la partie avant du boxer. Le dispositif alterne notamment une partie absorbante et une partie imperméable. Il est distribué sur le site Internet de la marque et bientôt en pharmacie.

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