Gérer les risques
Aujourd'hui et demain

Santé et qualité de vie au travail

Le travail hybride gagne du terrain dans les entreprises (1/2)

Mixant le présentiel et le télétravail, cette nouvelle organisation permet de répondre aux besoins et aux envies des collaborateurs. Facteur de bien-être, l'hybridation nécessite d’anticiper les risques liés au télétravail et de former les managers.

Le télétravail fait de plus en plus l’unanimité parmi les salariés, selon de nombreux sondages. Ceux qui en bénéficient expriment un sentiment de bien-être et la sensation d’être plus efficaces au travail. En revanche, une minorité de salariés font part d’une baisse de motivation et d’une détérioration grandissante des relations professionnelles. Pour concilier les attentes des uns et des autres, de plus en plus d’organismes adoptent le travail hybride. Lequel fait coexister les populations travaillant en présentiel et celles qui opèrent à distance, à domicile ou dans des tiers lieux. « Cette forme d’organisation qui désigne une hybridation des modalités et des espaces de travail est née dans les années 1990 avec le développement du numérique mais elle s’est accélérée pendant la crise du Covid-19 », résume Amandine Brugière, responsable du département capitalisation et développement des connaissances à l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact). Mixant présentiel et distanciel, le travail hybride va se développer, sachant qu’aujourd’hui le télétravail concerne environ 20 % de la population contre 3 % à 7 % avant la crise.

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Inquiétude des managers sur la productivité des employés

Tous les métiers ne sont pas « télétravaillables ». Cela dépend de la nature de l’activité du collaborateur, des secteurs ou encore de la taille des entreprises. Notons, à cet égard, que quatre grandes entreprises françaises sur cinq ont adopté une organisation hybride, à la grande satisfaction de leurs salariés. Selon un sondage récent OpinionWay pour l’éditeur Slack portant sur un millier de salariés, la majorité des personnes interrogées estiment l’organisation flexible mixant présentiel et distanciel comme le modèle le plus approprié. En revanche, un manager sur deux s’inquiète de l’effet du travail à distance sur la productivité des employés.

Prévenir les risques liés au télétravail

« Certains redoutent aussi la dislocation des collectifs de travail et l’individualisation des tâches avec le risque d’aboutir à une forme d’externalisation de l’activité », reprend Amandine Brugière. Pour apaiser les craintes, il est indispensable de recourir au dialogue social afin de trouver des équilibres acceptables par tous. « L’entreprise doit aussi revoir en profondeur toute l’organisation du travail, du point de vue des horaires de travail et de réunion ou encore du droit à la déconnexion », préconise l’experte de l’Anact. Ces réflexions doivent aussi porter sur l’équité professionnelle sachant que les femmes ne sont pas toujours bien équipées en matériel informatique portable pour travailler à domicile. Surtout quand elles se trouvent dans les métiers de premières lignes. De plus, comme le recommande Amandine Brugière, les employeurs doivent anticiper les risques de santé liés à la sédentarité et à l’intensification du travail. Notamment lorsque les salariés enchaînent les visioconférences dans la journée.

Former les managers aux pratiques saines du management

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Christophe Nguyen, président d’Empreinte Humaine. © DR

Le travail hybride réclame aussi de former les managers. Avec le déploiement massif du télétravail, ces derniers sont confrontés à une double menace. D’une part l’altération de la dynamique de l’équipe et de l’autre, le risque que des collaborateurs perdent le sens et l’implication dans leur travail, comme le soulève Christophe Nguyen, cofondateur et président d’Empreinte Humaine, un cabinet conseil spécialisé sur les RPS et la qualité de vie au travail (QVT). Ce dernier pointe aussi du doigt la difficulté pour les managers de créer l’adhésion des équipes sachant que lors des échanges par visio, les participants ont du mal à percevoir et à comprendre la subtilité des messages quand ils n’ont pas accès au non verbal. Or un salarié sur deux considère que l’usage de la caméra est une intrusion dans la vie privée… « L’autre angoisse du manager, c’est de ne pas savoir comment vont les membres de son équipe », prévient le préventeur qui recommande aux entreprises de former les managers aux pratiques saines du management. L’enjeu étant de protéger la santé psychologique des équipes et de développer le bien-être au travail en s’assurant des bonnes conditions physiques du télétravail. « Il faut que les managers soient à l’écoute de leurs collaborateurs, qu’ils sachent repérer les signaux forts et faibles et qu’ils aient la bonne posture d’écoute pour détecter si les gens vont réellement bien ou non mais aussi qu’ils partagent avec leurs collaborateurs une co-responsabilité sur ces sujets. »

Eliane Kan

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