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Le désilotage de la donnée butte sur l’incendie

Vidéosurveillance, contrôle d’accès, détection périmétrique, détection périphérique.… dans le sillage de la convergence des fonctions majeures du système d’information sécurité-sûreté (SISS), le mouvement du désilotage de la donnée cherche à gagner du terrain. Notamment en direction de la gestion technique du bâtiment (GTB), voire des systèmes de sécurité incendie (SSI).

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Rémy Deutschler, DG France de Milestone Systems. © Milestone Systems

Des caméras pour localiser un départ de feu

« Aujourd’hui, il apparaît évident que combiner deux technologies comme le contrôle d’accès ou la détection d’intrusion à la vidéosurveillance accroît considérablement l’efficacité de la levée de doute en sécurité-sûreté, analyse Rémy Deutschler, DG France de Milestone Systems, l’éditeur danois du logiciel de XProtect, une des principales plateformes de vidéosurveillance, farouche partisan de la convergence des données. De même, cette approche combinée peut aussi se révéler fructueuse pour localiser où se déclare un départ de feu, quel type de feu… afin de dimensionner les moyens d’extinction, surveiller que le personnel évacue correctement les lieux… »

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Avec des caméras d’Axis, Araani a constitué des ensembles de détection d’incendie par analyse d’image certifiés par le CNPP. © Araani

Pas question de partager le réseau SSI

Mais on n’en est pas du tout là. En témoigne Nicolas Sochard, responsable commercial France d’Araani, spécialiste belge de la détection d’incendie par analyse d’image : « Nos algorithmes originaux de reconnaissance incenditique sont intégrés à des caméras d’Axis Communications initialement conçues pour la vidéosurveillance. Et c’est l’ensemble complet caméra-algorithmes qui est certifié auprès du Centre national de prévention et de protection (CNPP). » Plus précisément, Araani dispose, pour l’heure, de deux solutions certifiées : SmokeCatcher Certified pour la détection de fumées certifiée Bosec (Belgian Organisation for Security Certification) et CNPP ainsi que FlameCatcher Certified certifiée CNPP pour la détection de flammes. Quant à FireCatcher (en cours de certification), elle combine les deux en une seule solution de détection d’incendie.

« Nos caméras se câblent sur le Système de sécurité incendie (SSI) exactement comme des détecteurs incendie avec une alimentation 24 V conforme à la norme EN 54-4, reprend Nicolas Sochard. Le réseau de caméras incendie dédié est installé par une société certifiée Apsad I7/F7. De même les équipes opérationnelles sont dédiées et certifiées. » À une nuance près : selon la règle Apsad R7, le flux vidéo des détecteurs d’incendie par analyse d’images peut être utilisé en confort. Notamment pour avoir des retours d’expérience. Le flux peut alors passer par un réseau Ethernet classique vers un Video Management System (VMS) – en l’occurrence XProtect. Cependant, ce flux n’a aucune criticité du point de vue de la sécurité incendie.

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Séance de catégorisation pour alimenter les algorithmes d’intelligence artificielle de XXII avec le SDIS 42. © XXII

Travailler avec les pompiers

En Europe, Araani n’est pas seule sur ce créneau où se sont aussi établi Bosch et Fike. D’autres acteurs veulent prochainement entrer dans la danse. Citons la scale-up XXII, spécialisée dans la vision par ordinateur et l’intelligence artificielle qui développe une collaboration avec les services départementaux d’incendie et de secours (SDIS) de la Meuse, de la Gironde, de la Loire-Atlantique et des Bouches-du-Rhône. « Grâce aux pompiers, nous travaillons avec des caméras de vidéosurveillance standards pour catégoriser les objets (bouteilles de gaz, voitures, poubelles…), les matières, la vitesse de propagation du feu, le type de feu, le type d’environnement… L’enjeu, pour les pompiers, c’est de dimensionner au plus juste les moyens nécessaires qu’il faudra mobiliser pour éteindre l’incendie et sauver les personnes ainsi que les biens. Tout en protégeant les pompiers sur le terrain, décrit William Eldin, PDG de XXII qui, basée à Paris-La-Défense, emploie une centaine de personnes. Nous visons une certification mais, pour une scale-up, c’est très cher. C’est pourquoi nous sommes encore en phase pilote avec les pompiers. »

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Le robot pompier Colossus est capable d’opérer dans un environnement à 600°C. © Shark Robotics

Vers une certification algorithmique ?

« La détection d’incendie par l’algorithmie, c’est l’avenir mais il manque une certification spécifique. Pourtant, il est très facile de rajouter de tels logiciels à des caméras de sûreté », soulève Cyril Kabbara, PDG cofondateur du groupe Shark Robotics basé à La Rochelle (17) qui réalise 5 millions d’euros de chiffre d’affaires et emploie 50 salariés. Lequel s’est rendu célèbre en contribuant à éteindre l’incendie de Notre-Dame de Paris avec son robot-pompier Colossus. « Certes, la réglementation ne le permet pas mais c’est un non-sens. D’autant que les postes centraux de sécurité gèrent aussi bien la sécurité-sûreté que la sécurité incendie. Ils ont besoin de désiloter, poursuit Cyril Kabbara. Nos robots se connectent en contrôle-commande par USB ou RJ45 au système d’information de l’entreprise, pas forcément à un superviseur ou un hyperviseur. Ensuite, nous installons notre réseau propriétaire pour que le PC de sécurité dispose des images de toutes les caméras du robot. » Autrement dit, malgré l’étanchéité réglementaire, de nouvelles passerelles s’établissent entre SSS et SSI.

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Matthieu Seys, directeur commercial France de Genetec. © Genetec

Éliminer les incohérences avec une vision globale

« Certes, c’est le SSI qui contrôle les équipements d’incendie mais rien n’empêche le SSS de reprendre une alarme de synthèse du SSI et de l’exploiter, remarque Matthieu Seys, directeur commercial France de Genetec, éditeur canadien de Security Center,une plateforme qui unifie vidéosurveillance, contrôle d’accès, détection d’intrusion… En cas d’incendie, on peut ainsi délivrer des messages sur des enceintes IP pour évacuer les lieux, inviter à ne pas entrer sur le parking… en fonction de consignes prévues ou actualisées. » Et l’éditeur canadien d’imaginer faire le lien avec la Gestion technique du bâtiment (GTB). De quoi donner à un invité un accès à l’entreprise, lever l’arme de la salle qui lui est réservée, ouvrir les volets, allumer la climatisation. Dans ce désilotage, « les acteurs de la grande distribution sont pionniers. Lorsque nous discutons des dossiers avec le responsable sécurité-sûreté, souvent le responsable merchandising l’accompagne, confie Matthieu Seys. L’idée, c’est que, outre la sûreté, les caméras de surveillance fournissent également la tendance des ventes. Même chose pour la gestion des caisses : il faut en ouvrir une supplémentaire lorsque la queue s’allonge. On commence à donner du sens à la data. » Si la sécurité incendie conserve sa citadelle, ses murs commencent à se fissurer. Juste un peu.

Erick Haehnsen


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