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Risques industriels et environnementaux

« La généralisation de la vidéoprotection exige la mise en œuvre d’une véritable doctrine opérationnelle d’emploi »

Michel Ferrero, Président du SNES, propose la création de deux nouvelles qualifications professionnelles de surveillance humaine pour anticiper et répondre aux nouveaux besoins en matière de vidéoprotection...

Info.expoprotection.com : La surveillance humaine telle qu’elle existe aujourd’hui dans ses différentes qualifications (métiers repères) ne doit–elle pas anticiper et s’adapter à l’essor de la vidéo protection encouragé par les pouvoirs publics ?

Michel  Ferrero : « Au regard des investissements publics que cela va entrainer, il est primordial que les résultats qui seront obtenus par une telle politique soient à la fois mesurables et incontestables. Pour une part non négligeable, cette efficacité va reposer sur la meilleure exploitation possible des systèmes et sur des formations spécifiques de qualité pour les opérateurs. Il est clair que, pour anticiper et répondre à cette attente, la surveillance humaine peut se positionner comme susceptible de proposer ces nouvelles compétences requises ».

Info.expoprotection.com : Les entreprises de surveillance humaine, notamment intervenantes, ont elles pleine légitimité à se positionner sur ce nouveau créneau ?

Michel  Ferrero : « Tout à fait ! Pour autant qu’elles puissent être, en ce qui concerne le domaine sensible et réservé des voies et de l’espace publics, parfaitement irréprochables, dans le strict respect de la législation en vigueur dans ce secteur professionnel, qui exige au préalable, des délégations soumises à autorisations préfectorales. C’est la raison pour laquelle, il me semble, en tant que praticien n’engageant à ce stade que moi-même, qu’il y aurait aussi une grande logique à ce que l’appel d’offre matériel se fasse concomitamment avec le choix du ou des prestataires de surveillance. J’y vois là un gage de cohérence, de maîtrise technique et d’intégration au plus tôt, dans les relations multilatérales entre tous les acteurs concernés : Préfet, Justice, Police ou Gendarmerie, municipalités, prestataires privés de service. L’expérience des prestataires privés  dans l’exploitation des systèmes de vidéo surveillance dans les domaines privés justifie qu’ils puissent être associés au plus tôt dans la mise en place et la détermination d’objectifs des réseaux publics de vidéo protection. Ce qui pourrait fort utilement, le moment venu, déboucher sur une participation plus active dans la partie dédiée à ce domaine, au bénéfice des Comités Locaux de Sécurité et de Prévention de la Délinquance qui, jusqu’ici, se sont pratiquement privés de l’apport précieux de telles expertises et expériences… privées ! ».

Info.expoprotection.com : Précisément, à quel niveau pourraient selon vous, intervenir les entreprises de surveillance privée ?

Michel  Ferrero : « A mon sens, notre profession peut parfaitement intervenir en assurant des « signalements » par surveillance en temps réel par le biais de ce que l’on qualifie « d’extractions techniques » qui, bien entendu, ne peuvent être effectuées que sur instruction d’un encadrement de la police nationale (ou municipale légalement habilitée) ou de la gendarmerie. L’opérateur, dans le cadre de missions de veille de zones prédéfinies, peut, à la fois, prévenir les forces de l’ordre immédiatement en cas de constatation de flagrant délit, et  détecter les comportements suspects, comme les rassemblements de bandes constituées par exemple, que cela soit sur la voie publique ou dans les lieux privés ouverts au public. Ce rôle d’alerte, strictement encadré, est primordial pour la mise en œuvre d’interventions de la force publique, que cela soit pour des interpellations ou l’éventualité de contrôles ciblés. C’est également un outil d’alerte des secours en cas de blessures constatées, que cela soit à la suite d’une agression violente ou de constatations de vol à main armée par exemple ».

 

Info.expoprotection.com : Où s’arrêteraient les missions de ces nouveaux agents privés pour compte public ?

Michel  Ferrero : « La généralisation des caméras de surveillance sur l’ensemble du territoire va évidemment multiplier de façon exponentielle le recours aux extractions d’images en vue de leur exploitation par les forces de l’ordre. Extraction qui n’est possible, pour le secteur privé,  que dans le cadre de délégations légales. Pour autant, c’est un poste de sous-traitance encadrée qui devrait émerger, tant le recours aux opérateurs issus du secteur privé pour les manipulations simples semble incontournable à très court terme, notamment pour ne pas risquer de surcharger les effectifs des forces de police ou de gendarmerie. Celles-ci ont déjà en charge l’exploitation proprement dite des éléments numériques transmis (identification, recoupement, critères d’archivage entre autres). Mais, il est certain qu’il faudra tracer des limites strictes afin que les opérations d’extractions de séquences complètes ou de plans fixes (portraits, détails…) ne puissent être réalisées que sous instructions judiciaires permanentes de titulaires à définir de la police ou la gendarmerie et après définition du cadre légal avec les autorités judicaires. Ainsi, les prestataires privés contribueront à la rapidité de transmission des éléments procéduraux vidéographiques destinés aux unités impliquées, ce qui restera un axe majeur d’efficacité de la vidéo protection. Dans le même contexte de performance, on peut imaginer que le privé puisse aussi contribuer aux besoins de conservation des enregistrements et utilisation dynamique des archives, autant de prestations nécessitant pour être exploitables, un véritable savoir faire à base de logiciels automatiques de recherche, de détection et de traitement de masse… Si ce type d’archivage est mis en œuvre, même s’il est évident qu’il sera géré et exploité formellement par la police et/ou la gendarmerie, l’afflux prévisible en masse, nécessitera, sans aucun doute, pour des raisons, encore une fois, budgétaires, l’emploi d’une sous-traitance encadrée issue du secteur privé, et bien sûr, présentant une formation spécialisée ».

Info.expoprotection.com : Si tout se déroule comme que vous l’esquissez, qu’envisagez-vous ou recommandez-vous de mettre en place ?

Michel  Ferrero : « Les arbitrages sont en cours et rien n’est encore sûr. La puissance publique qui conserve le total pouvoir régalien pourrait en décider tout autrement. Mais, j’ai bon espoir que les décisions se prennent sous le signe de la performance et de la volonté de résultats judiciaires. Et si c’est le cas, il s’agira sans doute là, de l’émergence d’un nouveau pan de métier de la sécurité privée. Pour être crédible, la formation de ces nouveaux opérateurs devra être nationale, homogène et réalisée par un encadrement crédible à compétence indiscutable. Deux formations pourraient ainsi être envisagées, en plus naturellement, d’une préalable qualification d’Agent de Prévention et de Sécurité : celle d’Opérateur de Vidéo Protection (OPV) et celle d’Opérateur Technique de Vidéo Protection (OTPV) ».

 

Info.expoprotection.com : Combien de créations d’emplois en perspective ?

Michel  Ferrero : « Il est trop tôt pour le dire et là n’est pas la question. D’ailleurs, s’agissant par excellence d’un terrain de co-production étroite de sécurité public-privée, il me semble qu’il serait bon que, dans un premier temps, la ressource humaine des « Adjoints de Sécurité » ou « Gendarmes auxiliaires » en fin de contrat trouve là une reconversion idéale. De fait, la validité judicaire des actes sous-traités bénéficierait ainsi d’une proximité immédiate et/ou permanente de personnels d’un des trois corps habilités : PN-PM-GN ».

 

Info.expoprotection.com : Au delà des potentiels d’activité nouvelle, ne pensez-vous pas qu’il s’agira là du véritable test pour la coproduction public-privé de sécurité ?

Michel  Ferrero : « Très certainement ! Car, si l’établissement de synergies et de relations bilatérales entre les acteurs publics et privés semble inéluctable dans le domaine de l’exploitation des systèmes de vidéo protection, tout reste à mettre en œuvre. Dans cette nouvelle dynamique, les entreprises de sécurité privée pourraient certes jouer un rôle majeur d’alerte et de transmission des données. Mais, la crédibilité et la performance du dispositif national reposeront, tout à la fois, sur le sérieux des acteurs privés agréés et sur l’établissement d’un protocole d’emploi opérationnel national simple, efficace et cohérent, offrant la garantie d’une formation performante des opérateurs de sous-traitance. C’est à ce prix que les acteurs de la Sécurité Publique, policiers nationaux, municipaux ou gendarmes, bénéficieront d’un véritable soutien dans les actions judiciaires dont ils sont les seuls maîtres d’œuvre. Pour ce qui me concerne, je suis convaincu que le recours au privé constituera une réelle garantie de performance opérationnelle mesurable de l’utilisation de la vidéo-protection, comme outil moderne au service de la sécurité intérieure ».

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