Gérer les risques
Aujourd'hui et demain

Risques industriels et environnementaux

La formation et l’écoute pour prévenir les risques psychosociaux

Les plupart des entreprises mesurent la nécessité de prévenir les risques psychosociaux (RPS). Outre les stages destinés à l’encadrement et au CHSCT, des outils de e-learning et des serious games s’adressent à l’ensemble des salariés.

Deux ans après le lancement du Plan d’urgence pour la prévention du stress par l’ancien ministre de la Santé, Xavier Darcos, le bilan paraît plutôt encourageant du côté des entreprises de plus de 1 000 salariés. Lesquelles avaient pour obligation de négocier des mesures. Selon la cellule d’appui à la prévention des RPS intégrée au sein de la Direction générale du travail, près de 900 grandes entreprises ont concocté un plan d’action. Les plus avancées ont prévu de former en priorité les chefs d’établissements et les managers. Et de mener des campagnes d’information et de sensibilisation auprès des salariés.
« Du côté des PME, la prévention s’organise sous l’influence des consultants travaillant avec les Associations régionales pour l’amélioration des conditions de travail (Aract) et les Caisses d’assurance retraite et de la santé au travail (Carsat) », souligne-t-on à la cellule RPS. « En dehors de ces réseaux, c’est un peu la grande nébuleuse, mais le mouvement est en marche. » C’est ce que confirme l’étude « Stress et risques psychosociaux, où en sont les entreprises ? », réalisée par le CSP Formation, 3e organisme de formation professionnelle en France auprès de 277 professionnels des ressources humaines. Selon l’étude, 76 % des entreprises ont entrepris au moins une action collective pour prévenir ces risques. Mieux, 64 % d’entre elles ont mené une action auprès des managers au travers de formations ou en mettant à leur disposition des relais d’aide internes. D’où la nécessité d’ailleurs de former les préventeurs, les membres du CHSCT et le personnel de santé. De multiples offres sont disponibles (notamment chez CSP Formation et Socotec) pour leur apprendre à différencier les types de RPS, détecter les facteurs de risque et identifier les modes d’action de prévention.

Serious Games

En matière de formation aux RPS, de plus en plus d’entreprises s’interrogent sur la formation des managers de terrain et des salariés, sans forcément exploser les coûts. Une contrainte à laquelle répondent les solutions de e-learning et de serious games ou jeux sérieux (le côté ludique en plus), car les salariés peuvent se former depuis leur PC, sans avoir à se déplacer. En matière de serious games, émerge une offre destinée aux managers de proximité. « Le besoin existe car c’est à eux que revient le soin de négocier des situations délicates comme venir travailler le samedi », explique Mario Aldrovandi, psychologue et cofondateur de la jeune société Isea Psy. Basé à Mondeville (Calvados), il est co-auteur du jeu avec son associé Alain Bertone, un autre psychologue. Baptisé « Proximan », ce support de formation aide les stagiaires à exercer leur autorité en adoptant de nouvelles pratiques relationnelles fondées sur le respect. Le principe est simple. Le jeu simule une négociation qui permet aux joueurs de voir quelles sont les répercussions psychologiques de leurs propositions sur leur interlocuteur. La commercialisation de ce jeu vise les cabinets de formation sachant qu’il s’utilise de préférence en mode présentiel. Le coût de la formation et de la licence varie de 15 000 à 20 000 euros.

Module de e-learning gratuit

Ce jeu est une première, mais d’autres devraient sortir en 2012 sachant que le marché est demandeur. Par ailleurs, la réalisation de ce type de produit demande d’avoir des compétences métiers sachant qu’il faut mettre à plat les règles de fonctionnement d’un secteur donné et être capable de simuler des réactions de l’apprenant. Pour l’heure, le Serious Game d’Isea Psy s’apparente à une réelle innovation.
A défaut d’être aussi ludique, l’offre en matière de e-learning est plus mature même s’il existe encore peu de modules disponibles sur-étagère. Le plus connu étant celui de l’Aract Picardie, qui a conçu un outil de e-learning pour sensibiliser les entreprises et les salariés aux risques psychosociaux. Ce module d’une heure, divisé en deux séances, montrent quels sont les modes d’organisation susceptibles de faire apparaître des risques psychosociaux et comment les prévenir en agissant en amont. L’avantage d’un tel outil est d’ouvrir des espaces de dialogue avec les salariés afin de favoriser les échanges.
Cet outil s’adresse aux dirigeants, membres du CHSCT, mais aussi aux salariés, indique Catherine Rémy, en charge des modules de e-learning. L’utilisation de ce module est gratuite sur le site du CESTP-ARACT (www.cestp.aract.fr), mais il est possible de recevoir l’application sur une clé USB à condition de ne pas en revendre le contenu. Cet outil peut intéresser, outre les entreprises, certains cabinets conseil qui peuvent l’utiliser dans leurs interventions.

Se former à la gestion du stress

Dernier venu sur le marché, le module d’e-learning « Les risques psychosociaux » de Comenius, un acteur de la formation, se focalise quant à lui sur la gestion du stress. Le module se décline en plusieurs parties : la réaction physiologique au stress, les différentes réactions face à une même situation stressante et les différentes perceptions des relations difficiles. Enfin, le module se termine par un quiz qui valide la compréhension du parcours proposé. Au fur et à mesure, l’apprenant découvre son comportement sous stress et ce qui provoque des tensions dans sa relation aux autres. Personnalisable, ce module dure vingt minutes au minimum et s’adresse aussi bien aux particuliers qu’aux entreprises. « Il a été développé en partenariat avec la banque Natixis qui a apporté son expertise sur les aspects techniques et informatiques », explique Timothée Jullien, assistant commercial chez Comenius.
Autre exemple de module d’e-learning, celui de Capital Santé, un organisme de formation. Baptisé Dr Zen, il délivre aussi une initiation à la gestion du stress. Certaines entreprises l’utilisent en préalable à une formation de groupe en présentiel. Grâce à quoi, le temps est consacré aux exercices et aux mises en pratique animées par le formateur. D’autres entreprises s’en servent aussi pour déployer une campagne de sensibilisation via Internet/Intranet. Le module est fourni avec un learning management system (LMS), qui permet de suivre la participation et la progression de l’apprentissage et de mesurer avec précision l’efficacité de la campagne.

Comment choisir son outil de formation ?
Avis d’expert de Michel Diaz, directeur associé de Fefaur, cabinet d’études et de conseils au e-learning
En matière de e-learning, les programmes les plus avancés intègrent du rich media (vidéo, son, animation), ainsi que des fonctions interactives comme des quiz ou des questionnaires. Actuellement, la durée des modules est d’environ trente à trente-cinq minutes. Mais la tendance va vers des formats de dix à quinze minutes. En général, les entreprises adoptent le e-learning avec une formule d’accompagnement. Il peut s’agir d’un service de tutorat, qui intervient à distance pendant toute la durée du parcours de formation en ligne. Ce qui permet à l’apprenant de se remotiver et d’obtenir une aide sur les points qu’il n’a pas compris. Autre solution, l’e-learning combiné à un stage de formation présentielle. Le salarié va compléter ses connaissances par l’acquisition de compétences et de savoir-être. Ce contenu peut d’ailleurs être diffusé en classe virtuelle avec la présence en ligne d’un formateur qui réunit plusieurs apprenants pendant une heure. Le formateur dispose d’outils interactifs tels qu’un tableau blanc sur lequel il peut diffuser son diaporama avec effets, musique, vidéo. Il communique par chat avec ses élèves. Lesquels peuvent applaudir, commenter des diapos, envoyer des smileys, lever la main, comme dans une vraie classe. Le formateur peut sonder l’audience à tout moment. Dans de nombreux cas de figure, il est fondamental de pouvoir évaluer les connaissances de l’apprenant, car cela permet à l’entreprise d’attester que les salariés ont les capacités requises pour tenir leur poste.

Plate-forme d’écoute

En plus de cette offre multimédia, Capital Santé propose aux entreprises une plate-forme d’écoute téléphonique pour les salariés en situation de stress. Dédié aux entreprises, ce dispositif de prévention est animé par un psychologue référent. Ce professionnel assure les consultations téléphoniques auprès des collaborateurs et peut intervenir sur site. Ce type d’offre se développe ; comme l’illustre la société Je Consulte un Psy.com. Deux ans après sa création, l’entreprise réalise un chiffre d’affaires de 500 000 euros qu’elle s’apprête à doubler. D’ores et déjà, son service mensuel Pros-Consulte compte 70 entreprises abonnées. Disponible 24h/24, tous les jours de la semaine, ce service met en relation les salariés avec une quarantaine de psychologues diplômés. En fin de mois, ces derniers transmettent au « psy référent » leur compte-rendu. Ce qui permet aux clients d’avoir un retour sur le nombre et la nature des appels, leur durée et tout autre élément demandé. « Nous donnons la parole à des personnes qui ne se sentent pas toujours écoutées », indique Jean-Pierre Camard, le dirigeant qui estime que 3 à 5 % des salariés utilisent ce service à raison de trois fois par an en moyenne. Signe que le besoin existe.

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