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Risques industriels et environnementaux

Jean-Claude Delalonde (ANCCLI) : « En cas d'accident nucléaire grave, les plans français de secours sont inadaptés »

30 ans après le tragique accident de Tchernobyl et 5 ans après celui de Fukushima, le plan national de réponse à un accident nucléaire ou radiologique n'est toujours pas déployé. Le président de l'Association nationale des comités et commissions locales d'information (ANCCLI) s'inquiète du manque de préparation de la France et propose des mesures pour renforcer la sécurité des populations françaises et voisines.

En quoi consiste la mission des commissions locales d’information que fédère votre association ? 

En France, chaque installation nucléaire est obligatoirement pourvue d’une Commission locale d’information (CLI). C’est une spécificité française. La loi du 13 juin 2006 relative à la transparence et à la sécurité en matière nucléaire en a fixé le rôle et les missions. Les 36 CLI que nous fédérons doivent informer la population sur les activités nucléaires avec au moins une réunion publique par an. Elles doivent aussi assurer un suivi de l’impact des activités nucléaires. La loi sur la transition énergétique du 17 août 2015 leur a donné de nouvelles prérogatives. Par exemple, l’exploitant ne peut refuser aux CLI d’organiser des visites d’installations. Par ailleurs, les préfets doivent les consulter sur les mises à jour des plans particuliers d’intervention (PPI) qui visent à protéger la population en cas de menace ou de rejet hors du site. Mais, malgré Internet, certains PPI locaux ne sont toujours pas disponibles en ligne. En cas d’accident nucléaire grave, les populations riveraines ne connaîtront pas les mesures de protection prévues et ne réagiront probablement pas comme attendu.

Deux études commanditées par vos soins ont été menées lors de la période 2015-2016 sur l’état des plans particuliers d’intervention (PPI). Quel constat en dressez-vous ?

 

Le vieillissement des centrales* et la prolongation annoncée de leur durée de vie suscitent nos inquiétudes. Voilà pourquoi nous avons commandé deux études, l’une auprès de notre comité scientifique et l’autre auprès du laboratoire de l’association pour le contrôle de la radioactivité dans l’ouest (Acro). Il s’agissait de vérifier où en étaient les mesures préconisées en 2014 par le plan national de réponse à un accident nucléaire ou radiologique majeur. Ce plan d’urgence n’est toujours pas appliqué. Il vise à compléter les dispositifs existants en cas d’accident nucléaire. Les préfets n’ont reçu aucune instruction pour revoir les anciens PPI et les adapter en fonction des nouvelles règles tirées de l’expérience de Fukushima. Pour l’heure nous n’avons aucune nouvelle de cette actualisation malgré nos différentes relances.

En quoi les PPI sont-ils obsolètes ? 

La catastrophe de Fukushima a montré que les conséquences d’un accident nucléaire a des effets sur un rayon supérieur à 10 km autour de la centrale. Or c’est ce périmètre qui est pris en compte par les plans actuels de secours. A titre d’exemple, le PPI de Gravelines (Nord) ne tient pas compte des populations de Dunkerque et de Calais qui sont situées chacune à 25 km de distance de la centrale. Il faudrait que les périmètres des PPI soient révisés en profondeur et qu’ils soient adaptés aux bassins de vie situés autour de chaque installation nucléaire. En France, les communautés de communes de Bordeaux et Cherbourg-Octeville ont voté et adopté des motions en ce sens. Nous suggérons qu’il y ait des plans de réflexion au-delà de 100 km pour tenir compte de l’expérience de Fukushima.

En cas d’accident nucléaire, le plan prévoit la distribution de comprimés d’iode afin d’empêcher l’iode radioactif de se concentrer sur la thyroïde. Cette mesure vous parait-elle satisfaisante ?

En Europe, la zone de distribution de comprimés d’iode varie entre 5 km autour de la centrale en Finlande à 50 km en Lituanie. Des stocks pour toute la population sont prévus au-delà. Le cas français est particulièrement surprenant. Le premier plan national d’urgence nucléaire n’étend pas la distribution d’iode au-delà de 10 km. Nous recommandons d’harmoniser les pratiques en prenant en compte des mesures les plus protectrices en matière de distribution des comprimés d’iode.

Quels sont les lieux d’accueil prévus par les PPI ?  

Les PPI prévoient deux types d’accueil. Les Centres d’accueil et de regroupement (Care) et les centres d’hébergement. Leur différenciation n’est pas toujours très claire dans certains PPI et peu d’entre eux en donnent une liste. Il faut recenser les lieux d’accueil et les moyens d’évacuation. L’ANCCLI recommande que la France engage une réflexion approfondie sur la prise en charge des personnes vulnérables en cas d’accident nucléaire. Ces réflexions doivent être menées avec les acteurs locaux et peuvent conduire à un recensement, dans les plans d’urgence, du nombre d’hôpitaux et des capacités d’accueil dans un rayon de 30 à 80 km autour de l’installation nucléaire.

Vous prévoyez la sortie d’un livre blanc au second semestre 2016. Sur quoi portera-t-il ?

Il s’agit d’un outil de référence qui s’adressera aux élus et à la population et qui portera sur la gestion de crise post-accidentelle. Il devrait paraître au second semestre 2016.

Propos recueillis par Eliane Kan

 En 2016, la France abrite 126 sites nucléaires sensibles dont 58 réacteurs nucléaires produisant de l’électricité dans 19 centrales. La moyenne d’âge des centrales françaises est de 28 ans. Les 2 plus anciennes ont déjà 39 ans (2 réacteurs de 900 MW à Fessenheim) et les 2 plus récentes ont 15 ans (2 réacteurs de 1500 MW à Civaux).

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