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Risques industriels et environnementaux

Fabrice Rousseau (Temis Conseil & Formation) : « La délinquance se déplace vers les commerces de proximité »

Directeur de Temis Conseil & Formation, filiale du groupe Temis (transport de fonds et de valeurs), Fabrice Rousseau intervient comme consultant et formateur. Il est à l'initiative en 2001 de l'Observatoire de sûreté de la bijouterie et de l'horlogerie.

Lundi dernier, des malfaiteurs ont tenté de cambrioler une bijouterie parisienne en cassant le sas à l’aide d’une hache. Cet événement annonce-t-il une escalade de la violence pour les bijoutiers ?

Pas forcément. D’ailleurs, en 2013, malgré les braquages dont se sont fait écho les journaux, nous avons enregistré une baisse des attaques par rapport à l’année précédente : soit 224 vols à main armée contre 327 en 2012. Les régions les plus touchées étant l’Île-de-France, Provence-Alpes- Côte d’Azur et Rhône-Alpes. Ce qui n’est pas une surprise, compte tenu de leur concentration urbaine.

Qu’est ce qui explique cette baisse des attaques ?

Les événements qui se sont succédés durant l’été 2013 ont mis le secteur de la bijouterie au cœur des préoccupations des pouvoirs publics. Du coup, les dispositifs de sécurité ont encore été renforcés et la délinquance s’est déplacée, durant le second semestre, vers d’autres commerces de proximité moins bien équipés comme les buralistes et les pharmacies.

L’installation des dispositifs de sécurité tels que les sas de sécurité, les grilles ou les vitres blindées suffit-elle pour protéger les produits et le personnel ?

Non. Car même si le matériel est important voir essentiel, il n’est pas suffisant. Surtout, il faut qu’il y ait un juste équilibre entre les moyens techniques, les règles ainsi que les procédures de sécurité et la partie comportementale. En effet, il est plus facile d’éviter le problème que de le gérer ! Les moyens techniques doivent également être adaptés à chaque type de bijouterie. Toutefois, il existe aujourd’hui des moyens techniques qui permettent d’être encore plus efficaces comme la télésurveillance avec levée de doute par vidéo à distance et les vitrines sécurisées et rétractables.

Face à un agresseur, quel comportement adopter ?
Il faut insister sur le fait qu’il ne faut rien faire et ne pas commettre de gestes qui peuvent être mal interprétés. Rappelons qu’en 2012, trois bijoutiers ont été tués pour avoir opposé de la résistance aux malfaiteurs. 

En quoi est-il essentiel de former son personnel ?
D’abord, c’est une obligation légale et une priorité dans un contexte de criminalité grandissante. Il faut en outre rappeler que la loi impose que toutes les entreprises de France disposent d’un document unique d’évaluation des risques professionnels. Or, quand on est commerçant, le risque d’agression verbale ou physique est fréquent. Face à cela, le chef d’entreprise doit mettre en place un plan de prévention et d’actions. Les procédures et la formation pour aider son personnel à y faire face doivent en faire partie. En cas de mort ou de blessés, le chef d’entreprise serait pénalement et civilement responsable.
Vous intervenez régulièrement en tant que consultant et formateur, notamment auprès de l’Union de la bijouterie horlogerie, de l’Union française de la bijouterie et de l’Institut de bijouterie de Saumur. Sur quoi portent vos formations en sécurité et quelle est leur durée?
En général, il faut compter entre une demi-journée et une journée entière. Nous sensibilisons les stagiaires sur les questions de sécurité et sur la manière avec laquelle il faut intégrer les règles comportementales et les procédures dans leur métier. Ce n’est pas antinomique avec l’action commerciale car la sécurité réclame un travail d’accueil, prise en charge et d’observation du client. Ce qui permet ainsi de détecter les anomalies dans son comportement et d’anticiper les situations.


Propos recueillis par Eliane Kan

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