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Escroquerie : des chercheurs du CNRS et de l’Ircam reconnaissent un menteur au son de sa voix

Grâce à la musicalité, au volume, aux modulations et accentuations, ces chercheurs savent déterminer l’honnêteté d’une voix. Baptisée prosodie, cette méthode fait l'objet une étude qui vient de paraître dans la revue Nature Communications. De quoi repérer les arnaques au téléphone...

Et s’il était possible d’éviter les arnaques en observant le son de la voix de son interlocuteur ? La réponse est oui pour des scientifiques du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et de l’Institut de Recherche et Coordination Acoustique/Musique (Ircam). Ces derniers ont mené une série d’expériences pour déterminer à partir de la voix d’un interlocuteur, si celui-ci est honnête, confiant, ou bien au contraire menteur ou incertain. Baptisée prosodie, cette méthode consiste à renseigner sur la valeur de vérité ou de certitude d’une proposition. Ces travaux viennent de paraître le 8 février 2021 dans la revue Nature Communications.

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Selon les chercheurs, un mensonge produirait une diminution du volume alliée à une intonation plus forte. © Timothy Dykes / Unsplash

Une nouvelle méthode

Mains moites, regard fuyant, rythme cardiaque qui s’emballe, rouge qui monte aux joues… Normalement, les théories qui concernent la détection de mensonges se basent plutôt sur le langage corporel des micro-expressions du visage. Aujourd’hui, une nouvelle technique fait donc son apparition, se basant sur la prosodie qui étudie l’intonation de la voix. Pratique pour repérer les arnaques au téléphone, d’un interlocuteur qu’on ne peut donc voir .

Des chercheurs du CNRS et de l’Ircam

A l’origine de cette découverte, les chercheurs proviennent du laboratoire Sciences et technologies de la musique et du son (STMS). Une unité mixte de recherche entre le CNRS, Sorbonne Université, le ministère de la Culture et l’Ircam. Ils dépendent également du Laboratoire des systèmes perceptifs (LSP). Une unité de recherche du CNRS intégrée au département d’études cognitives (Dec) de l’École normale supérieure (ENS) de Paris.

Une vingtaine de participants

Concrètement, ces derniers ont mené différentes expériences sur la prosodie. C’est-à-dire sur la musicalité d’une voix, son volume, ses modulations et accentuations. Et ce, afin de déterminer le degré d’honnêteté d’un interlocuteur. Pour cela, ils ont convié vingt participants à écouter des énoncés, prononcés avec différents niveaux de certitude. Ces derniers devaient estimer quelles déclarations leurs paraissaient plus malhonnêtes ou incertaines que d’autres. 

Des analyses acoustiques

Ensuite, les scientifiques ont réalisé une série d’analyses acoustiques de ces enregistrements. Ce qui leur a permis de mettre en lumière une signature prosodique de l’honnêteté. Il s’agit d’une diction rapide, avec une intensité forte au milieu du mot, et d’une hauteur qui descend en fin de mot. À l’inverse, un mensonge produirait une diminution du volume alliée à une intonation plus forte. Enfin, les chercheurs ont également découvert que la perception de cette signature ne dépendait aucunement de la linguistique. En d’autres termes, que l’interlocuteur parle français, anglais, ou espagnol, l’information se traite de la même façon dans le cerveau. 

Ségolène Kahn

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