Gérer les risques
Aujourd'hui et demain

Sûreté et sécurité

Détection périmétrique : la force des systèmes multicapteurs

Barrières infrarouges, murs virtuels, scanners laser, micro-ondes, câbles sensibles, caméras vidéo... les systèmes de détection périmétrique s'appuient sur un nombre croissant de capteurs afin de protéger l'extérieur des bâtiments. Fortement intégrateur de technologies pointues, le secteur mise également sur l'interopérabilité des systèmes et la facilité de mise en oeuvre.

« Les événements malheureux de 2015, comme ceux de septembre 2001, ont poussé le marché de la sécurité et ont incité les chefs d’entreprise à se protéger en amont, grâce à la protection périmétrique », observe Françoise Boulic, responsable marketing et secrétaire général du groupe Eryma, dont le centre technique est situé près de Lorient (56). Le ton est donné. Chacun se souvient des attentats terroristes à Charlie Hebdo, d’Air Products à Saint-Quentin-Fallavier (Isère) et des attentats du 13 novembre à Paris. Du coup, le besoin en sécurité devient croissant. Dans ce contexte, la détection périmétrique mise sur des procédés qui cherchent à renforcer leur efficacité grâce à des systèmes multi-capteurs (infrarouge, vibrations, chocs, vidéo…). Entamée depuis quelques années, cette évolution technologique s’est d’abord appliquée aux grands sites industriels et logistiques en raison des très grandes surfaces à protéger.

Vers une diversification de la clientèle. « Parmi nos clients, nous comptons beaucoup de grands comptes dans les industries de l’énergie et le secteur de la Défense », reconnaît Françoise Boulic dont la société compte 25 implantations, affiche un chiffre d’affaires de 35 millions d’euros et emploie 320 personnes. Mais le souvenir des événements malheureux d’Air Products, qui est une petite société industrielle, a révélé deux choses : d’une part, les actes terroristes peuvent toucher l’industrie et non plus seulement des lieux extrêmement fréquentés par le grand public. D’autre part, à l’instar du vol, ces actes sont désormais susceptibles d’atteindre des entités de plus en plus petites. « Désormais, nous nous adressons tout autant à des sites de tailles plus petites. La typologie des client se diversifies. Les risques qui touchent les industriels et les entreprises tertiaires ont changé. Et leurs dirigeants exigent une détection efficace », poursuit Françoise Boulic.A chaque capteur son rôle. Les barrières infrarouges sont ainsi dédiées à la surveillance de façades ou du franchissement de clôtures. Quant aux scanners laser, ils savent, entre autres, détecter la présence d’individus sur les toits.
De leur côté, les détecteurs micro-ondes visent la protection des zones situées entre deux clôtures. Tandis que les câbles sensibles se consacrent à la surveillance des clôtures et des grillages.
Enfin, la vidéoprotection sera employée à couvrir les zones à ciel ouvert, les clôtures et les toits. Tous ces détecteurs ont un point commun : ils fonctionnent à l’extérieur des bâtiments et dans des conditions climatiques susceptibles d’être extrêmes. Couplés à des sirènes et à de puissants éclairages, ces détecteurs contribueront à dissuader les voleurs de pénétrer dans les bâtiments. Ou, à défaut, de limiter leur temps de présence dans le bâtiment.
Pour leur part, les caméra de vidéosurveillance restent indispensables pour offrir une fonction de levée de doute. D’ailleurs, les fabricants de caméras sont de plus en plus nombreux à embarquer des applications de détection d’intrusion. En cas de problème, la caméra transmet uniquement un message d’alerte et une vignette vidéo pour signaler l’incident et faire la levée de doute.

Intégration à la vidéo. Très concurrentiel, le marché de la vidéosurveillance impacte favorablement celui de la détection périmétrique. « Les prix des systèmes de vidéoprotection ont sensiblement diminué. Pourtant, la qualité ne cesse d’augmenter », explique Bernard Taillade, président d’Hymatom. Basée à Vendargues (34), cette PME de 25 collaborateurs, qui réalise un chiffre d’affaires de 3 millions d’euros pour 2015, s’est illustrée en développant le système  »Detect 4 U » (prononcez Detect for You).
Ce système cherche ainsi à répondre aux trois façons de franchir une clôture : l’escalade, la découpe et le saut sans appui par-dessus l’enceinte. Pas moins de 4 niveaux de détection d’intrusion sont pris en compte : la protection de la clôture grâce à des capteurs de contrainte qui détectent une vibration ou une torsion, les murs virtuels de détection, composés de plus de 2.500 faisceaux infra-rouges, des détections de volume entre la façade et la clôture et enfin, la protection de façade.
Detect 4 U intègre ces technologies à un système de vidéosurveillance. « La vidéo reste un atout important pour la levée de doute. L’avantage, c’est que nos capteurs fonctionnent tous sur un réseau IP. Il n’y a quasiment aucun surcoût en termes d’infrastructures lorsqu’on rajoute une caméra numérique », reprend Bernard Taillade.

Régler chaque capteur. « Nous constatons un fort développement de la demande en caméras thermiques », remarque Eric Ruschena, responsable de projets à l’international chez Sorhea, leader européen des barrières infrarouges. Il faut dire que les grands constructeurs de caméras de vidéosurveillance thermiques ont sensiblement baissé leurs prix. Implantée à Vaulx-en-Velin (Rhône), cette entreprise rassemble 48 employés pour 10 millions d’euros de chiffre d’affaires dont 8 % sont consacrés à la recherche et au développement.
Point fort, Sorhea propose, entre autres, des barrières infrarouges totalement autonomes et sans fil. L’intérêt ? Les coûts de génie civil sont considérablement réduits. Autre nouveauté, la dernière génération de son câble de détection de choc, baptisé le G-Fence 3000. Constitué de 40 capteurs, celui-ci repère les intrusions par coupure, escalade et arrachement de la clôture. Ce câble sensible fonctionne de manière autonome grâce à une alimentation par panneau solaire et batterie et supporte des températures extrêmes (-35°C à + 70°C).
G-Fence 3000 est capable de sécuriser un périmètre de 3.200 mètres, tout en ayant un temps de réponse de l’alarme d’une seconde et une localisation précise de l’intrusion à 3 mètres près. Les informations sont acheminées à la centrale d’alarme via un concentrateur baptisé Maxibus 3000. Ce dernier peut gérer 4 boucles de 3.200 m soit 12,8 km de détection périmétrique. En 2016, il sera possible de paramétrer à distance la sensibilité de chaque capteur, indique l’entreprise qui se prépare à enrichir son offre avec l’arrivée récente de Til Technologies, société spécialisée du contrôle d’accès au sein du groupe ST (Sorhea, Til et Protech).

Performance doit rimer avec simplicité. Autre fer de lance de Sorhea : l’interopérabilité des systèmes. « Les clients demandent une sécurité presque sur mesure, totalement adaptée au site, reprend Eric Ruschena. Le système doit être capable de gérer le site de manière intelligente, en lien avec les systèmes vidéos. »
De son côté, avec son logiciel de supervision baptisé Visio Space, Hymatom gère plus de 140 protocoles de vidéosurveillance et de sécurité en provenance de très nombreux fabricants. Bien sûr, il mise aussi sur des protocoles standardisés comme ONVIF, IP-SIA, SIP.
Autre souci, la simplicité d’installation. Une priorité chez Sorhea : « L’efficacité d’un produit doit être en rapport avec sa facilité de mise en œuvre. Les intégrateurs doivent gérer de nombreux produits complexes. Mal posé ou mal paramétré, un système risque de générer de fausses alarmes. »

Ce qui serait d’autant plus préjudiciable que les systèmes ont accompli, sur ce terrain, des progrès remarquables. « Entre autres, comme les processeurs électroniques sont plus pointus, l’informatique est améliorée pour éviter les déclenchements intempestifs », argue Françoise Boulic d’Eryma qui, pour se démarquer de ses concurrents, a déposé plus d’une trentaine de brevets. Par ailleurs, Eryma commercialise un système enterré de tube à pression. Lorsqu’un individu marche dessus, son poids provoque un différentiel de pression qui génère une alarme. Ce système totalement discret s’adresse à des sites de prestige comme les châteaux où l’environnement visuel doit être préservé.
Enfin, la détection périmétrique s’aventure sur un nouveau terrain : la réalité augmentée. A l’instar des jeux vidéo, celle-ci va aider le télésurveilleur à suivre l’intrus à distance, en cliquant sur les objets incrustés dans l’image. A cet égard, Hymatom marque un point avec son logiciel Visio Space, évoqué plus haut, dont la version 7 ajoute dans les images vidéo des boutons virtuels. Par exemple, les téléopérateurs qui ne sont pas familiers des sites peuvent passer par un simple clic d’une caméra motorisée à une autre afin de pouvoir suivre un événement. Autre avantage, ils peuvent allumer ou éteindre simplement une lumière en cliquant sur le bouton virtuel incrusté sur l’image de l’interrupteur. A quand les masques immersifs du style Occulus Rift pour les télésurveilleurs ?

Caroline Albenois

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