Gérer les risques
Aujourd'hui et demain

Risques industriels et environnementaux

Détection incendie (Part. I) : prévenir pour intervenir

La technologie moderne et ses dérivés apportent de nouvelles armes à l’arsenal des moyens de détection. L’obligation générale, en France, d’installer certains d’entre eux aura pour conséquences la sensibilisation du public aux risques et la diminution quasi certaine du nombre de sinistres. Elle devrait également augmenter les parts de marché des fabricants et distributeurs, tout en générant le besoin et la vente de produits annexes.

A retenir

 

Tout type de détection doit faire l’objet d’une étude du lieu à protéger,
tenir compte des différents paramètres structurels ou environnementaux
et de l’utilisation ou de la vocation du site.

Si l’on recherche la qualité, on cherchera le marquage NF.

Le SDI Made in France dépend de la règle R7 rédigée par l’Apsad définissant
l’installation, l’exploitation et la maintenance.

Sur le marché, la tendance est à l’évolution normative, notamment
par la mise en place des normes EN54.

Autre tendance : les détecteurs de fumée nouvelle génération, dits à haute
sensibilité, capables de localiser avec précision le départ de l’incendie
et de l’indiquer rapidement au responsable du bâtiment.

L’importance de l’après-vente, donc de la maintenance, n’a pas échappée
à la plupart des constructeurs, revendeurs, installateurs, qui ajoutent tous
à leurs catalogues des prestations annexes.

2,5 millions de départs de feu par an, 10 000 victimes, 800 morts, deuxième cause de décès des moins de cinq ans, les chiffres de l’incendie prouvent le danger de ce dernier. Lorsque l’on sait qu’un Français sur trois sera, au cours de sa vie, victime ou acteur d’un événement de ce genre, on comprend l’intérêt des pouvoirs publics pour la prévention et la détection. Cette dernière devrait connaître un bel essor, avec la loi sur les détecteurs automatiques et autonomes de fumées (DAAF. Lire encadré), qui vont désormais concerner tout le monde, du plus grand entrepreneur au plus modeste citoyen, en se retrouvant dans tous les bâtiments quels qu’ils soient.

 

Au-delà de cet accessoire à l’avenir très populaire, la détection incendie doit souvent s’entendre comme un système complet (SDI) intégré dans la plupart des ERP, IGH, ou autres bâtiments recevant du public, abritant des employés, ou des résidents nombreux ; le tout s’inscrivant plus généralement dans le système de sécurité incendie (SSI) qui comprend également la prévention, la protection – passive ou active – et l’extinction. Sa vocation première restant de déceler, de la façon la plus précoce possible, toute naissance ou départ de feu. Un SDI efficace doit comprendre des organes de détection (automatiques ou manuels), des organes intermédiaires (réseaux filaires et autres) et un équipement de contrôle et de signalisation (ECS ) gérant le tout. Le Système se définit comme « conventionnel » lorsque la détection se fait au niveau de l’ensemble d’une boucle d’organes de détection, ou « adressable » si, sur une même boucle, il y a identification de la zone concernée. Ainsi va-t-on considérer que, dans un bâtiment, un étage est couvert par une boucle. Dans le premier cas, l’ECS détectera les seuls sinistres dans cet étage, d’une manière globale. Dans le second cas, il pourra identifier les zones concernées ou la pièce dans laquelle a eu lieu le départ de feu.

 

Le même SDI peut se compléter de systèmes d’évacuation ou déclencheurs de celle-ci, d’accessoires permettant l’envoi de l’information à un centralisateur de mise en sécurité incendie gérant d’autres dispositifs comme le désenfumage ou les portes coupe-feu.

Les outils et les process

Tout type de détection doit faire l’objet d’une étude du lieu à protéger, tenir compte des différents paramètres structurels ou environnementaux et de l’utilisation ou de la vocation du site. Il doit aussi intégrer les risques de déclenchement annexes – poussières industrielles, ou chaleurs inhérentes à l’activité –, afin d’éviter les alarmes intempestives et se conformer aux différentes normes et règlements régissant l’ensemble. En un mot, il faut définir le matériel adapté au local et à ses besoins sécuritaires.

 

Destiné à capter des éléments issus de la combustion – fumée, chaleur, température, gaz –, le SDI revêtira des formes multiples, toujours en rapport et en proportion avec l’endroit. En première ligne seront positionnés les détecteurs de fumées, qu’ils soient optiques par absorption, par diffusion, ou qu’ils soient dits de variation. Ils ont pour principe d’agir via les molécules de l’air ambiant, la plupart du temps par un rayon infrarouge (IR), et de transmettre ensuite l’alarme vers les centrales ou simplement vers leur sirène intégrée. Les détecteurs de flammes ont une fonction identique, mis en route également par IR mais aussi par UV (ultraviolets), ou les deux regroupés. Ils formeront avec leurs homologues dédiés à la température (thermostatique ou thermovélocimétrique) la seconde ligne de défense, permettant d’avertir du sinistre et de déclencher les opérations automatiques ou humaines d’extinction.

Tous ces détecteurs seront reliés à un tableau d’alarme ou une centrale gérant le tout, qui pourra être adressable – indiquant avec précision le point de départ du feu – ou conventionnelle. La première option est privilégiée dans le cas d’une installation conséquente dans un bâtiment important, (ERP de grande capacité, hôpitaux, usines,etc.), la seconde qui en fait se contente d’avertir sans définir restant souvent utilisée sur des sites plus restreints. (petits commerces, petits hôtels, petites écoles.)

 

Les communications entre détecteurs et centrale peuvent être filaires ou par ondes radio, la tendance actuelle étant à l’incorporation du numérique, mais là aussi le matériel sera choisi en fonction des besoins, et de la configuration de la structure. Lorsque cette dernière existe avant installation, il faudra tenir compte des possibilités de passage des câbles, des matériaux bloquant la transmission des ondes radio, etc.

 

Sur le marché, l’offre est pléthorique, venue de fabricants les plus divers, certains étant très spécialisés – tel DEF en place sur le créneau depuis un demi-siècle –, d’autres étant plus généralistes. L’obligation, et donc la généralisation et la multiplication, des détecteurs de fumée que l’on trouve dorénavant dans tous les commerces, ou presque, et à tous les tarifs, a pour conséquence l’apparition dans les rayons du pire comme du meilleur. Sans tenir compte du prix affiché, on se tiendra déjà à l’application de la norme CE, et si l’on recherche la qualité, on optera pour le marquage NF.

Le SSI et le SDI à l’école

 

L’Observatoire national de la sécurité des établissements scolaires et d’enseignement supérieur définit parfaitement la fonction des SDI et SSI dans ces derniers. Détecter et signaler un incendie a pour vocation de commander les organes de sécurité qui ont pour missions l’évacuation, la gestion des issues de secours, et la limitation de la propagation. L’entretien, la maintenance, l’initiation du personnel à ces systèmes classés de A à E doivent faire l’objet de toutes les attentions, sous forme de contrôle régulier du matériel (tous les trois ans) et de formations diverses. La détection aura pour but de collecter les informations, de contrôler et de signaler via un ECS (équipement de contrôle et de signalisation). Le service sécurité sera, lui, mis en œuvre par le centralisateur de mise en sécurité incendie (CMSI) gérant l’évacuation, le compartimentage, le désenfumage avec les différents outils mis à sa disposition. L’Observatoire attire particulièrement l’attention des enseignants sur les conduites à tenir en cas de déclenchement de l’alarme, qui toutes sont orientées vers l’évacuation immédiate.

L’avenir de la détection

Sur un marché considéré par DEF, leader national du secteur, comme « stable avec des demandes pérennes », la tendance est à l’évolution normative, notamment par la mise en place des normes EN54. « Nous pensons que l’avenir appartient aux constructeurs capables d’apporter de solutions globales et complètes, des services clés en main réunissant à la fois les problèmes de la détection et de l’extinction, ajoute Frédéric Patry, directeur du marketing de DEF. Il nous faut dès à présent imaginer ce que devront être ces installations, et ce à quoi elles devront correspondre quinze ans plus tard. L’objectif sera, pour le client comme pour l’installateur, qu’il n’y ait plus qu’un seul interlocuteur pour l’ensemble de la sécurité du site protégé. »

 

Autres orientations, les détecteurs de fumée nouvelle génération, dits à haute sensibilité, capables de localiser avec précision le départ de l’incendie et de l’indiquer rapidement au responsable du bâtiment souvent ERP.

 

La société NOVAR (distributeur des marques Esser et Ackerman) espère beaucoup dans le développement des détecteurs « multirisques » capables de réagir à tous les paramètres avertisseurs d’un départ de feu. Ils utiliseront une technologie optique, comme c’est déjà le cas chez le Japonais Shuji Nakamura, qui travaille sur l’invention d’une diode électroluminescente bleue, destinée à remplacer l’habituel infrarouge. Elle est à la base du révolutionnaire détecteur incendie IQ8Quad OTblue utilisant une sonde optique de chaleur, réduisant au maximum le taux des fausses alertes. On a apprécié l’engin lors du dernier MIP Russe, plus grande manifestation du secteur, qui s’est vu qualifier comme le plus innovant du moment, et dont les qualités intéressent bon nombre d’utilisateurs potentiels. « Les avantages d’une optique à LED bleu sont évidents, confirme un responsable commercial de NOVAR. Il évite le matériel radioactif, couvre entièrement le domaine sensible jusque-là chasse gardée des détecteurs ioniques, détecte les petits aérosols avec un degré élevé de sensibilité, assure la protection environnementale. »

On retiendra également le développement du marché des périphériques accessoires aux systèmes de détection sur lequel se positionne l’entreprise AXENDIS, qui devrait présenter sur le salon Expoprotection ses dernières créations. Sirènes et déclencheurs manuels, ou matériel d’évacuation (type 3 et 4), sont à son catalogue, permettant de compléter l’arsenal mis en place en amont par les centrales et les détecteurs. « Nous sommes en bout de chaîne celui qui avertit, analyse Véronique Chaussoy, P-dg de l’entreprise. Comme tout ce qui concerne l’incendie, nous sommes subordonnés à des normes et certifications, accordées récemment à nos déclencheurs et en attente de l’être pour nos sirènes. Nous sommes en quelque sorte un complément aux fabricants de SDI, concevant des produits annexes indispensables qu’ils ne proposent pas eux-mêmes. La certification en cours de nos sirènes va nous permettre de trouver de nouvelles parts de marché, et de contacter les industriels du secteur avec un argument réglementaire désormais indispensable. »

Le DAAF : solution miracle ?

 

Devenu obligatoire par la loi du 25 février 2010, le détecteur automatique et autonome de fumées se compose généralement d’un boîtier recélant ses composants de détection – sans substance radioactive, utilisant le principe de diffusion ou de transmission de la lumière – et d’alarme sonore. Naturellement facile à accrocher, alimenté par une pile pouvant durer selon les modèles jusqu’à dix ans, il est actuellement proposé dans tous les magasins de bricolage, GMS généralistes et autres boutiques dédiées à la maison et son confort. On doit le disposer dans les locaux d’habitation, si possible dans un endroit d’accès ou de passage vers les pièces (entrée, couloir). Son ergonomie est validée de manière à limiter les risques de mauvaise utilisation et un service associé est mis en place par l’industriel pour le SAV et l’assistance (majoritairement téléphonique). Son coût varie selon le type, la marque, la qualité. Le marquage NF est un signe de qualité, qui atteste de la fiabilité de l’engin. Le marquage CE est obligatoire depuis mai 2007. La liste des DAAF marqués NF est consultable sur le site www.marque-nf.com

La détection et la loi, en France, en Europe

Le SDI made in France dépend de la règle R7 rédigée par l’Apsad définissant l’installation, l’exploitation et la maintenance. Sur le plan réglementaire, sa configuration – et celle du SSI – est dictée par le classement du bâtiment concerné au sein du code de la construction et de l’habitat. Quant aux ERP, on doit tenir compte en prime de leur type (L,M,N, etc.) de leur catégorie ou capacité (1re, 2e, etc.) variant en fonction du nombre de personnes pouvant y être reçues simultanément.

 

Cette règle R7 tient compte également de l’évolution des normes européennes et des exigences du comité européen des assurances. D’un point de vue technique, elle intègre l’existence d’un centralisateur associé aux systèmes de détection, comme elle s’applique aux installations de détections automatiques qui concernent tous les bâtiments (cas des DAAF). Elle définit également les exigences techniques minimales auxquelles doivent répondre les installations pour garantir leur efficacité dans toutes les circonstances préétablies.

 

Au niveau des normes, notamment celles pouvant servir à la certification, on retiendra l’EN54 concernant les organes composant les systèmes de détection automatique incendie, la NFS 61-950 relative aux systèmes et organes intermédiaires, et la NFS 61-961 réservée aux détecteurs-déclencheurs.

 

On doit néanmoins tenir compte des différences réglementaires inhérentes aux utilisateurs des systèmes, alors que va s’amplifier la détection domestique via les DAAF, et que se renforcent les contraintes liées aux ERP. Car si en matière de détection l’objectif est identique pour ces deux « familles » de consommateurs, il est bien évident que la protection d’un appartement privé n’a rien à voir avec celle d’un centre hospitalier. La multiplicité des règlements souvent tributaires du site et de sa fonction ne facilite pas le travail des responsables qui doivent tenir compte des choix – que doit-on préférer en détection, la fumée, la chaleur, la température ? – aussi bien en matériels qu’en systèmes et maintenance. Dans un univers en évolution permanente, dépendant d’une technologie pointue et d’une recherche très active, chaque installation doit être réfléchie en regard non seulement de la structure, de sa vocation et de son importance, mais aussi des lois, des normes, des qualifications attachées aux appareils installés. Sans oublier les exigences particulières venues des assureurs farouchement accrochés aux textes Apsad, qui peuvent influencer considérablement la stratégie de détection mise en place.

La maintenance, incontournable

Que serait un système si la pérennité de son fonctionnement n’était pas garantie et surveillée ? L’importance de l’après-vente, donc de la maintenance, n’a pas échappée à la plupart des constructeurs, revendeurs, installateurs, qui ajoutent tous à leurs catalogues des prestations annexes, que ce soit sous forme de contrats d’entretien, de visites régulières, ou de conseils et études ultérieurs à l’implantation du produit chez le client. AVISS (Alarme, Vol, Incendie, Systèmes Sécurité), qui développe une vocation multiproduit capable de répondre à toutes les demandes sécuritaires, en tient d’autant plus compte dans sa stratégie commerciale que l’entreprise équipe bon nombre d’ERP, grands bâtiments professionnels ou lieux de travail. « La maintenance reste cependant liée à des règles précises, observe Régis Cousin, directeur marketing de la marque, qui sont adaptées aux différentes familles de matériels. Elle dépend aussi des assureurs, qui imposent des contraintes à leurs clients liées à leurs propres risques, basées sur les textes Apsad. Tout dépendra du type du produit, mais aussi de la vocation du fabricant : certains ne font que manufacturer, puis distribuent à des revendeurs, qui seront comptables de la maintenance après pose. D’autres sont leurs propres installateurs, et engagent ainsi leur responsabilité. Retenons simplement qu’en règle générale, c’est le dernier intervenant qui assume le SAV. »

 

Un SAV d’autant plus pointu et encadré qu’il devra prendre en compte non seulement les spécificités, règlements, obligations liés au matériel, mais aussi les législations concernant le lieu d’installation, notamment en matière d’ERP.

 

« Nous aurons, en fait, autant de réponses que de cas différents, dévoile le responsable d’AVISS, car la maintenance sera en fonction du site et de ce qui le protège. Entre hôpital et entrepôt d’alcool, on comprendra qu’il existe des paramètres très variables, sans oublier que certains produits comme les DAAF collés au plafond n’ont pas besoin d’être réparés : une fois leur vie achevée, on les remplace. Il suffit donc de vérifier simplement leur bon état à chaque visite et permuter un usagé contre un neuf. Par contre, les centrales, les alarmes, les connexions, le câblage, la vidéo, sont l’objet d’une maintenance réelle, à l’instar d’ailleurs des systèmes d’extinction qui y sont souvent rattachés. »

Il a des yeux et des oreilles

 

Les fabricants ont mis au point un détecteur DAAF à destination des déficients
voyants et mal entendants, que l’on retrouve dans la plupart des marques.
Le principe de fonctionnement est identique, mais l’avertisseur d’alerte implique
un coussin vibreur placé sous l’oreiller et un flash stroboscopique.
Technologiquement plus complexe que les DAAF traditionnels, l’appareil est plus
coûteux à l’achat.

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