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Cyclones: des catastrophes liées au dérèglement climatique ?

Katrina, Sandy, Haiyan, Pam,… Depuis dix ans, les cyclones tropicaux ont fait beaucoup parler d’eux. On a tous en tête les images de dévastation de la Nouvelle Orléans en 2005, New York sous les eaux en 2012, les milliers de morts aux Philippines en 2013, et tout récemment, Vanuatu, balayé par les vents. Des catastrophes liées au dérèglement climatique ? Frank Roux, un des pionniers français de la recherche sur les cyclones, incite à se méfier des raccourcis trop rapides.

S’intéresser aux cyclones, le sujet n’avait rien d’évident pour un chercheur français. Quand, dans les années 90, Frank Roux, spécialiste des mesures radar pour la météo, part aux Etats-Unis se perfectionner en lien avec une équipe spécialisée dans les cyclones, il se passionne pour cette thématique alors un peu négligée dans l’Hexagone. Bien sûr, des territoires français sont concernés, en Guadeloupe, à la Martinique, en Polynésie, à la Réunion, en Nouvelle Calédonie,… Météo France a aussi la responsabilité internationale de la prévision des cyclones dans le sud-ouest de l’Océan Indien, une zone moins médiatisée mais tout aussi active que l’Atlantique. Mais, loin des yeux, loin du cœur ! La recherche française dans le domaine est alors balbutiante.
 
Vingt ans plus tard, Frank Roux du Laboratoire d’aérologie (LA) et d’autres équipes françaises en métropole et à la Réunion collaborent étroitement avec Météo France pour aider à améliorer les prévisions quant à la trajectoire et l’intensité des cyclones de leur périmètre de surveillance. Une précision d’un intérêt majeur pour prévenir les dégâts en ajustant les mesures de précaution indispensables.
 
« L’évolution du nombre des cyclones fait l’objet de très nombreuses recherches, qui intéressent tout particulièrement les sociétés d’assurance. Dans son film « Une vérité qui dérange », Al Gore a attribué la recrudescence du phénomène, et en particulier la survenue de Katrina aux dérèglements climatiques. Mais rien ne le prouve aujourd’hui », affirme Frank Roux. 
 
Le grand public a le sentiment d’une multiplication des cyclones, car ces évènements sont de plus en plus médiatisés, y compris lorsqu’ils ont lieu à l’autre bout du monde. « Mais il n’y a pas eu d’augmentation récente du nombre moyen de cyclones, et on n’en prévoit pas, même en tenant compte du réchauffement », précise-t-il. 
 
Beaucoup d’autres facteurs que le réchauffement global interviennent par ailleurs dans les modèles mis au point par les chercheurs. « Il y a une oscillation multi-décennale de l’Atlantique qui joue un rôle important. Depuis 1995, nous sommes dans une phase chaude, avec des cyclones plus nombreux dans cette zone. L’activité devrait y diminuer dans les prochaines décennies. Le phénomène El Niño qui modifie la structure thermique du Pacifique entraîne pour sa part une nouvelle répartition des cyclones sur ce bassin et au-delà », explique le chercheur.
 
« Le seul élément que l’on attribue aujourd’hui au réchauffement est l’augmentation de la fréquence des cyclones les plus intenses. Mais par définition, ces événements qui provoquent des dommages considérables sont très rares et il est difficile de tirer des conclusions, de même qu’on a du mal à interpréter la survenue à intervalles irréguliers de carambolages de grande envergure sur les routes françaises », dit-il.
 
L’enjeu actuel, pour lui et ses collègues français qui étudient les cyclones tropicaux, est de mettre en place une campagne d’observations de terrain dans l’Océan Indien. « Cette zone du globe est moins médiatisée que les côtes américaines, la Floride ou la Caroline, mais les risques sont importants, dit-il. En 2002, si Dina s’était rapprochée des côtes de la Réunion, ne serait-ce que de 20 km, les conséquences auraient été catastrophiques. Il nous faut à la fois améliorer les prévisions à très court terme et les prévisions à quinze jours, trois semaines, qui permettent de donner des indications à la population pour limiter les activités à risque. »
E.H.

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