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Covid-19 : vers un traçage des téléphones ?

Pour enrayer l’épidémie, certains pays ont déjà adopté des technologies de traçage des citoyens. En France, l’utilisation du Bluetooth pour localiser les personnes infectées est envisagée par le gouvernement. Malgré le RGPD...

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En Corée du Sud, le gouvernement autorise déjà la géolocalisation des personnes infectées via leurs données GPS.
© Sammy Joonhee pour Unsplash

Face à la démocratisation des technologies pour lutter contre le Covid-19, le ton monte du côté des défenseurs des données personnelles. En cause, le gouvernement envisage le recours à une application de traçage des citoyens atteints du virus. Certains pays asiatiques s’en servent déjà. Il s’agit de suivre à la trace les utilisateurs. Par exemple, à partir des données fournies par les opérateurs téléphoniques. Le but étant d’informer les citoyens de la présence d’une personne contaminée dans leur périmètre de déplacement. Afin de se faire tester à titre préventif. Ou inversement de permettre aux malades de prévenir les personnes à proximité de leur état. 

Le ministère de l’Intérieur en faveur du traçage

Interrogé dimanche 5 avril sur France 2, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner a affirmé son intérêt pour un tel procédé. Il considère que « toutes les intelligences disponibles sont nécessaires et seront utilisées ». Pour y aboutir, le chef du gouvernement indique que le tracking fait partie des solutions retenues par un certain nombre de pays « donc nous avons fait le choix de travailler en lien avec eux pour regarder ces solutions ». A la condition que ce dispositif respecte « les libertés individuelles des Français ». 

Les données GPS exploitées

De fait, plusieurs pays, comme la Chine, Taïwan ou la Corée du Sud, y ont déjà recours. Grâce aux informations GPS fournies par les téléphones des citoyens, ils peuvent localiser les personnes infectées. Et les contraindre à rester confinées. Efficace ? Quoi qu’il en soit, cette pratique entre en contradiction avec la loi européenne. Une telle exploitation des données ne respecte pas le Règlement général sur la protection des données (RGPD) en vigueur au sein de l’Union Européenne. 

Un recours au Bluetooth

Pour contourner le problème, la France pourrait donc passer par une autre technologie. À commencer par le Bluetooth utilisé pour connecter son téléphone à des écouteurs par exemple. Cette technologie émerge comme une solution pour les pays soucieux du respect des libertés individuelles. En effet, cette technologie ne révèle pas votre localisation. C’est d’ailleurs ce que fait valoir Gérôme Billois, spécialiste en cybersécurité chez Wavestone dans un entretien à France 24.

Le modèle de Singapour

Le gouvernement de Singapour exploite déjà ce dispositif à travers l’application TraceTogether. Concrètement, chaque personne est avertie de la présence d’autres utilisateurs à plusieurs mètres à la ronde. De quoi se tenir prévenu de la présence d’une personne éventuellement contaminée. Et d’en alerter les autres. De plus, la technologie Bluetooth permet à l’appli de mémoriser durant vingt et un jours la liste des smartphones rencontrés. De cette manière, si l’on tombe malade, il est possible de prévenir les utilisateurs croisés dans ce délai. Et de les inviter à se faire dépister. 

Un projet européen pour encadrer cette pratique

Ce modèle a convaincu plusieurs pays européens dont l’Hexagone pour lutter contre le virus. Un intérêt qui est en train de se concrétiser par le projet européen Pan-European Privacy Preserving Proximity Tracing (PEPP-PT). En partenariat avec l’Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique (Inria), il fournit un guide de bonnes pratiques. Le but vise à réussir à exploiter le potentiel du traçage numérique tout en respectant la vie privée. 

Une démarche insuffisante

Toutefois, pour les défenseurs des libertés individuelles, cette option ne suffit pas : « Les pistes actuellement à l’étude du PEPP-PT sont intéressantes, mais il n’y a pas encore de modèles assez précis pour se prononcer sur la garantie du respect de la vie privée », indique à France 24 Anne-Sophie Simpere, responsable plaidoyer libertés à Amnesty International France. 

Limiter la mesure dans le temps

Or, les conditions à respecter pour qu’une telle application voit le jour sont claires, selon la porte-parole. « Il l faut qu’elle soit prévue dans la loi avec un objectif très délimité, strictement lié à la lutte contre l’épidémie. Il faut également prouver que les mesures prises sont nécessaires, proportionnées, et surtout, limitées dans le temps. Il faut enfin qu’il y ait des mécanismes de contrôle adéquats avec des possibilités de recours », martèle Anne-Sophie Simpere. 

Un engagement volontaire nécessaire ?

Pour l’heure, le gouvernement n’a pas encore pris de décision définitive. Le 1er avril dernier, le Premier ministre a mentionné « un engagement volontaire » lors de son audition à l’Assemblée nationale par la mission d’information sur le coronavirus. Quoi qu’il en soit, l’efficacité d’un tel procédé repose sur un nombre minimum d’utilisateurs volontaires. Ce qui pourrait inciter le gouvernement à rendre obligatoire la collecte de données, malgré le RGPD. 

Ségolène Kahn

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