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Corona-virus : une crise d’une ampleur exceptionnelle

Moins dangereux que le SRAS apparu en 2002-2003, mais bien plus contagieux, le corona-virus 2019-nCoV conduit la Chine à prendre des mesures exceptionnelles. La France n’est pas à l’abri de ce fléau.

Un entrepreneur français dans le métro à Pékin.

Un entrepreneur français dans le métro à Pékin. Porteer un masque sert à ne pas contaminer les autres. © D.R.

Selon les autorités chinoises ce lundi 27 janvier, 80 personnes sont mortes à cause de l’épidémie du nouveau coronavirus (2019-nCoV) et 2 744 cas de contamination ont été confirmés dans le pays. Le précédent bilan faisait état de 56 morts et de quelque 2 000 cas de contaminations. Pour leur part, la France (où trois cas de contamination ont été confirmés, dont deux à Paris et un à Bordeaux) et les États-Unis préparent l’évacuation de leurs ressortissants de la zone en quarantaine. La Mongolie, qui partage une longue frontière avec la Chine, a décidé de fermer les points de passage routiers avec ce pays afin d’éviter une contamination.

Nouvelle forme de virus

Les coronavirus, ou CoV, sont des virus à ARN monocaténaires de sens positif correspondant à la sous-famille des Orthocoronaviridae de la taxonomie de l’ICTV. Ce sont des virus enveloppés, constitués d’une enveloppe virale entourant une nucléocapside à symétrie hélicoïdale. Une nouvelle forme de syndrome respiratoire, analogue au SRAS, est apparue à Wuhan (province du Hubei, Chine) début décembre 2019. La pneumonie de Wuhan est due à un nouveau coronavirus dont six génomes ont été communiqués à la communauté scientifique internationale. La maladie est apparue chez des clients du marché aux poissons de Wuhan, où l’on vend aussi des oiseaux, des serpents et des lapins et autres animaux sauvages. Elle est d’origine animale et se transmet entre êtres humains.

Ni vaccin ni d’antibiotique

Comme le coronavirus est de nature virale, les traitements antibiotiques ou bactériophagiques – qui, rappelons-le, ne sont destinés qu’aux infections bactériennes – ne sont d’aucune efficacité. Lors de l’épidémie du SARS-CoV (2002-2003) qui avait fait près de 800 morts principalement en Chine et en Asie du sud-est, divers traitements avaient été utilisés. Les plus fréquents furent la ribavirine, un analogue de nucléotides ainsi que des anti-inflammatoires stéroïdiens. Ensuite, après identification formelle du pathogène et des criblages de sensibilité, l’interféron-alpha et des inhibiteurs de protéases ont été administrés aux patients. L’efficacité de ces traitements est cependant sujet à caution. Aucun n’a fait l’objet d’une étude clinique adéquate. Pour ce qu’il en est des vaccins, l’éradication rapide de l’épidémie n’a pas laissé place à un nombre d’essais cliniques suffisamment significatif. Et cela fait des années que les vaccins sont encore à l’étude. Au final, le 2019-nCoV n’est pas aussi dangereux que le SARS-CoV mais bien plus contagieux.

Des mesures de prévention sans précédent

Dès mercredi soir, la Chine a annoncé la mise en quarantaine de la ville de Wuhan. Les transports publics – y compris le trafic aérien – ont été suspendus et les péages aux sorties autoroutiers de la ville fermés. Les 11 millions d’habitants ont été invités à rester chez eux et à ne pas quitter la ville. Dès jeudi, d’autres villes comme Huanggang (7,5 millions d’habitants), Ezhou, Chibi, ou Xiantao ont suivi. Au total, 56 millions de personnes sont à l’isolement dans des villes en quarantaine, sans transport public. Pour sa part, l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui ne déclenche pas le plan d’urgence international, a décrit des mesures « sans précédent dans l’histoire de la santé publique ». Quant aux festivités publiques du nouvel an chinois, elles ont été purement et simplement annulées. Ce qui n’a pas empêché des centaines de millions de Chinois de retourner dans leur famille. Ce qui a conduit le vice-ministre de la Commission nationale de la santé, Li Bi, à déclarer : « Les déplacements massifs à l’occasion du Nouvel an ont objectivement accru le risque de propagation du coronavirus ». Pour tenter d’enrayer la propagation du virus, plusieurs pays ont annoncé avoir pris des mesures de contrôle des voyageurs en provenance de Chine, notamment via des relevés de températures corporelles par scanner ou caméras thermiques. Aux États-Unis, elles concernent les aéroports de New York, San Francisco, Los Angeles, Chicago et Atlanta. Rome, Londres, Dubaï , ont fait de même. Le Nigeria, la Russie et la Thaïlande ont également pris des mesures de contrôle préventives.

 

Echanges sur messagerie entre entrepreneurs de la FrenchTech basés en Chine.

Echanges sur messagerie entre entrepreneurs de la FrenchTech basés en Chine. © D.R.

« L’enfer mais pas le désastre »

« La ville de Shanghai est déserte. C’est l’enfer mais pas le désastre, indique pour Infoprotection.fr un entrepreneur français basé en Chine qui préfère garder l’anonymat. Entre les anti-communistes à l’extérieur de la Chine et les discours des autorités qui se veulent rassurantes, il est difficile de se faire une idée précise de la réalité. Une chose est sûre, les chiffres chinois sont faux. En effet, on manque de tests de dépistage de la maladie. Et on ne comptabilise pas les morts de « raison inconnue », faute de ces tests. Le grand-père d’une de nos salariées est mort hier, quatre jours après avoir attrapé un rhume… » Une autre source française résidant en Chine se montre plus alarmiste : « On parle de quelques milliers de personnes infectées en Chine mais ce n’est pas vrai. Il y aurait plus de 200 000 personnes infectées. On reçoit des vidéos de partout de gens qui meurent dans les hôpitaux. Il n’y a plus de ressources médicales. C’est une crise nationale. » La même source nous met en garde : « Ce n’est pas parce qu’il n’y a que trois cas déclarés en France qu’il faut se sentir à l’abri. Ce virus est extrêmement contagieux. Il incube durant 10 à 12 jours. Pendant tout ce temps, on peut le porter sans le savoir. Et il faut compter trois jours pour déterminer s’il s’agit bien du 2019-nCoV. »

Des dispositions simples à prendre

De son côté l’Ambassade de France à Pékin conseille : « d’éviter tout contact avec des animaux vivants ou morts, de se rendre dans des marchés où sont vendus des animaux et d’éviter de consommer des produits d’animaux peu ou mal cuits ; d’éviter tout contact rapproché avec des personnes souffrant d’infection respiratoire aiguë. En cas de symptômes d’infection respiratoire (fièvre, toux, difficultés respiratoires), il est recommandé de mettre un masque et de consulter dans un hôpital public localement et rapidement (voir liens infra) en prenant les précautions d’usage pour ne pas contaminer l’entourage (rester à distance, protéger la bouche lors de la toux, usage de mouchoirs jetables et bien se laver les mains). Bien indiquer au médecin les personnes et lieux fréquentés. » Sur le territoire français, les autorités recommandent, en cas de contamination, de ne pas se rendre aux urgences mais d’appeler le 15 pour être pris en charge.

 

 

 

 

 

 

 

 

Erick Haehnsen

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