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Risque incendie

Covid-19 : quand les réaménagements sanitaires nuisent à la sécurité incendie

Pour l’entreprise de gestion des énergies Eaton, certaines adaptations sanitaires dans les bureaux sont en réalité plus dangereuses que la pandémie elle-même. Car, de fait, elles peuvent nuire gravement aux installations pour la sécurité incendie. Détails.

Distanciation sociale, modification des flux de visiteurs, installation de barrières en plastique… La pandémie a imposé aux entreprises de nombreuses restrictions sanitaires qui réclament certains réaménagements. Or, pour Claude Boyer, directeur des activités de sûreté chez Eaton, spécialiste de la gestion des énergies, ces modifications ont été décidées aux dépens d’autres risques pourtant majeurs dans un bâtiment. Notamment en ce qui concerne la sécurité incendie dont le changement des agencements est susceptible de nuire aux installations prévues contre le feu. Dans une tribune, ce spécialiste tire la sonnette d’alarme. 

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Claude Boyer, directeur des activités de sûreté chez Eaton. © Eaton

Une réévaluation du risque incendie

« L’aménagement d’un bâtiment dans le respect des mesures sanitaires liées à la Covid-19 peut avoir un impact sur les mesures de sécurité mises en œuvre en cas d’incendie ou autre, et ainsi échanger involontairement un danger contre un autre », prévient Claude Boyer. D’autant que les réglementations en matière de construction réclament que chaque modification dans un bâtiment doit nécessairement entraîner une réévaluation du risque incendie. 

Gare à la circulation à sens unique

Parmi les adaptations sanitaires susceptibles de nuire à la sécurité incendie, le spécialiste cite tout d’abord la mise en application de la distanciation sociale qui implique une modification de l’agencement et des flux de visiteurs. « La plupart des commerces et hôtels ont mis en place une circulation à sens unique, soit avec des flèches indiquant le sens de déplacement, soit en bloquant certains accès. »

Le risque de confusion en cas d’évacuation

Or, en cas de départ de flammes, le bâtiment doit être évacué en urgence. « Ces aménagements peuvent modifier les chemins d’évacuation, créer de la confusion, et peuvent même empêcher les personnes d’accéder facilement aux issues de secours », souligne l’expert.

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Certains réaménagements comme les cloisonnements dans les bureaux doivent être réalisés en fonction des signalisations de sécurité. © SharpDesign 94 / Pixabay

Des luminaires de sécurité mal situés

Outre la circulation, certains remaniements sanitaires de l’agencement des bâtiments peuvent également entraîner des modifications des installations incendie comme les barrières et vitres de protection, la détection d’incendie, l’alarme incendie, l’éclairage de sécurité pour la signalisation des voies et issues de secours… « Cela peut entraîner des conséquences sur le positionnement des luminaires d’éclairage de sécurité pour la signalisation des sorties de secours, dont certaines peuvent désormais être mal situées pour une évacuation simple et en toute sécurité. »

 Attention au cloisonnement

Autre risque, le cloisonnement de nouvelles pièces pour séparer les personnes doit faire l’objet d’une attention particulière, sans oublier d’installer un détecteur incendie dans chaque nouvel espace comme le réclame la réglementation. « Certains cloisonnements accentuent même le risque d’incendie, par exemple lorsque des matières plastiques sont utilisées pour créer des séparations, le plastique entraînant une grande quantité de fumée en cas d’incendie. Ces cloisonnements peuvent également altérer l’efficacité des réseaux d’extincteurs automatiques à eau. »

Des parois en plastique inflammables

Enfin, Claude Boyer attire l’attention sur les modules utilisés pour isoler les caisses dans les magasins. Généralement conçues en bois, en plastique transparent ou en Perspex, ces structures temporaires n’ont pas été conçues pour résister au feu. « Si le pire devait se produire et qu’un incendie se déclarait, une voie d’évacuation pourrait être bloquée et si cette structure devait prendre feu, cela pourrait accentuer le risque pour les personnes, par exemple, une fumée plus épaisse et toxique. »

Évaluer les risques en amont

Pour y remédier, l’expert insiste sur l’importance de réaliser une évaluation du risque incendie avant tout réaménagement. Ce qui passe par une adaptation nécessaire des systèmes de sécurité incendie et de l’éclairage de sécurité ou encore du choix des matériaux pour bâtir des cloisons. 

Ségolène Kahn

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