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Sûreté et sécurité

Comment la préfecture de police lutte-t-elle contre la radicalisation en interne ?

Depuis 2016, les services de police ont mis en œuvre des procédures pour lutter contre la radicalisation, notamment islamiste, dans ses rangs. Pourtant Mickaël Harpon, l'auteur de la tuerie à la préfecture de police, n'avait fait l'objet d'aucun signalement.

vue de la préfecture de police de Paris

Depuis 2018, une dizaine d’agents de la préfecture ont été signalés pour suspicions de comportements radicalisés et quatre ou cinq pour contacts avec des milieux radicalisés sur 43 000 agents. © Préfecture de police de Paris

Lors de son audition mardi 8 octobre à l’Assemblée nationale, Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur, a concédé des « dysfonctionnements » et des « failles » ainsi que l’incapacité des personnels de la préfecture de police à prévenir la tuerie qui s’est déroulée dans ses murs ce jeudi 3 octobre. Soupçonné de s’être radicalisé, Mickaël Harpon, fonctionnaire du service informatique habilité « secret défense », y avait a tué quatre policiers. Il a été immédiatement abattu. Reste que cette attaque met en relief les limites de la détection du passage à l’acte meurtrier dû à la radicalisation islamiste. Selon un décompte du ministère de l’Intérieur recueilli par franceinfo, près de vingt fonctionnaires ont été, depuis 2015, écartés de la police à cause de leur radicalisation. Mais pas l’assassin du 3 octobre.

Recrutement : une enquête administrative sur fichiers

Pourtant, les 28 personnes (dont 5 réservistes) du Service national des enquêtes administratives de sécurité (Sneas) du ministère de l’Intérieur, créé en 2017, sont sensé vérifier le profil des candidats dans plusieurs services privés ou publics relevant de la sécurité ou de la défense, dont la police. Pour mener ses enquêtes administratives, le service croise les informations de sept fichiers de police et de renseignement pour savoir si une personne a des antécédents judiciaires, si elle est recherchée, si elle a commis une infraction à caractère terroriste ou si elle s’est radicalisée. L’année dernière, le Sneas a écarté cinq candidats durant le recrutement de 10 840 fonctionnaires et agents de la police. Problème, le personnel en poste avant 2017 n’a pas été soumis à ce type d’enquête malgré le criblage rétroactif prévu par la loi sur la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme adoptée en 2017. Devant l’Assemblée nationale mardi, Laurent Nuñez, secrétaire d’État à l’Intérieur, a assuré que la publication de la circulaire permettant son entrée en vigueur de cette disposition était « imminente ». Il va jusqu’à annoncer l’objectif de 3 millions de criblages dans la fonction publique dès 2021, contre 318 000 en 2018. Afin que l’exécution de ce criblage soit réaliste, les députés Eric Diard (LR) et Eric Poulliat (LREM) plaident, dans le rapport parlementaire sur la radicalisation dans les services publics publié en juin 2019, pour un renforcement des effectifs du Sneas à 69 agents d’ici à 2020.

La problématique des signalements remontés à la hiérarchie

D’après le rapport d’Eric Diard et Eric Poulliat, la préfecture de police de Paris a recensé une quinzaine de signalements sur 43 000 agents dont une dizaine d’agents de la préfecture pour suspicions de comportements radicalisés et quatre ou cinq pour contacts avec des milieux radicalisés. Pourtant, Mickaël Harpon est réputé avoir tenu des propos sur son lieu de travail où il justifiait l’attentat de Charlie Hebdo en 2015. Dans une note consultée par France Inter, l’actuelle cheffe de l’antiterrorisme à Paris, Françoise Bilancini, admet que cet incident a fait « l’objet de discussions entre membres de son service sur une éventuelle radicalisation ». Mais aucun signalement écrit n’a été établi. Ce que regrette Christophe Castaner qui souhaite que ces signalements soient « automatiques . Selon plusieurs syndicats de police, il reste difficile de demander aux agents de signaler leurs propres collègues…

Six agents révoqués depuis 2015

Par ailleurs, le délai de renouvellement des habilitations secret-défense par la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), comme celle de Mickaël Harpon, a été rallongé en 2011 de cinq à sept ans pour les 400 000 personnes ayant accès à des informations classées. Depuis 2016, l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), la police des polices, s’est dotée d’une cellule spéciale, chargée d’enquêter sur les soupçons de radicalisation chez les fonctionnaires de police, survenue postérieurement à l’entrée dans la police. Encore faut-il qu’un signalement soit remonté à l’IGPN pour qu’elle se saisisse du dossier et procède à une enquête de personnalité et d’entourage. A l’issue de l’enquête, l’agent concerné peut être muté, perdre son habilitation secret-défense, voire être radié. D’après le rapport parlementaire, six agents ont été révoqués depuis 2015 pas tant pour radicalisation que pour manquements au devoir de neutralité (prosélytisme), à l’obligation de loyauté, au devoir d’exemplarité, au devoir de réserve. A noter : la justice est susceptible de s’opposer à une révocation si elle la juge insuffisamment justifiée. D’autant que les services de renseignement rechignent à partager avec le tribunal les informations confirmant les soupçons, de peur qu’on identifie leurs informateurs.

Erick Haehnsen

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