Gérer les risques
Aujourd'hui et demain

Risques industriels et environnementaux

Colloque du CDSE | « Les entreprises face aux désordres mondiaux » : premier bilan

Globalité des risques, protection et responsabilité, espionnage industriel… Autant de sujets qui furent au cœur des débats du 5e colloque du CDSE à l’OCDE (Paris).

Les débats furent ouverts par Gérard Mestrallet, P-dg de GDF-Suez, qui a rappelé que le développement commercial d’une entreprise ne pouvait se faire sans un niveau de protection adéquat. La journée fut conclue par Olivier Buquen, délégué interministériel à l’Intelligence économique, qui en a profité pour saluer la publication par le CDSE du premier Livre blanc sur la sûreté d’entreprise.
Dans son introduction, Alain Juillet, président du CDSE, a dévoilé certaines recommandations formulées dans ce Livre blanc : échange de points de situations des pays entre l’Etat et les entreprises, développement de normes partagées en matière de sûreté coconstruites par l’Etat et les entreprises, refonte des textes législatifs relatifs à la sécurité privée afin de mieux prendre en compte les évolutions du secteur, rattachement du directeur sécurité à l’un des membres du comité exécutif ou appartenance à ce dernier.

Se convertir à la globalité des risques

Olivier Buquen a insisté sur l’avenir du texte sur le secret des affaires devant inaugurer le « Confidentiel Entreprise ». « Cette nouvelle disposition sera un réel progrès par rapport à ce qui existe aujourd’hui […]. Le texte a fait l’objet d’une proposition de loi censée être étudiée au Parlement début 2012. Mais le Conseil d’Etat nous a rappelé que la voie est étroite et a donné des consignes très strictes pour veiller à la constitutionnalité de ce texte. »
Les intervenants sont revenus sur une année 2011 parsemée de crises : Printemps arabe, Fukushima, affaire Renault, crise financière… Dans ce contexte incertain, Jean-Pierre Vuillerme, de l’ADIT, a estimé que « la maîtrise globale des risques exige une approche transversale multimétier afin d’avoir le regard le plus large possible ».
« Il faut se convertir à la globalité des risques, a prévenu Serge Mostura, directeur de Centre de crise du Quai-d’Orsay, qui y voit le meilleur moyen d’anticiper les désordres à venir. L’anticipation ce n’est pas lire l’avenir mais se prémunir contre ce qu’il peut advenir. Anticiper c’est réfléchir. » Un constat partagé par Pascal Boniface, directeur de l’Iris, à propos du Printemps arabe : « Les révolutions ne se prévoient pas. »

Jean-Michel Chéreau, directeur de la protection d’Areva, a jugé que l’anticipation passe avant tout « par une logique de remise en cause au quotidien. Il ne faut surtout pas s’enfoncer dans la routine. Au Niger, la situation reste très sinusoïdale. On a l’impression d’une accalmie et ça peut repartir très vite, donc il faut toujours se remettre en question ».
Pierre-Alain Schieb, responsable des projets futurs à l’OCDE, a rappelé que sur deux mille ans d’histoire, quelques critères universels préviennent de l’imminence d’une crise tels que « le manque de cohésion des élites polarisées et la surproduction des élites, comme ce fut le cas en Tunisie et en Egypte ».

Christian Lechervy, directeur-adjoint de la Direction de la prospective au Quai-d’Orsay, a précisé plusieurs conditions à toute démarche prospective: « La structure prospective doit être collective, en lien avec les autres directions sans quoi elle ne décide pas de la stratégie à conduire. Elle doit également garder une grande liberté d’autocritique afin d’éviter d’alimenter ses propres certitudes. »
Dans un bref essai d’anticipation, Jean-Hervé Lorenzi, président du Cercle des économistes, a averti à propos de la situation actuelle : « Nous sommes dans la situation de Franklin Roosevelt en 1937 : il pense que la crise est terminée et veut réduire les déficits. Là fut l’origine de la crise des années 1930. Nous sommes tous en train de créer notre problème en réduisant nos déficits aujourd’hui. »

« La responsabilité de protéger »

Cette année de désordres mondiaux fut également l’occasion de raffermir les liens entre l’Etat et les entreprises.

Emile Perez, directeur de la Coopération internationale au ministère de l’Intérieur, a plaidé pour « une relation transparente et cohérente entre la DCI et les entreprises depuis 2008 ». La DCI intervient dans plus de 150 pays et échange de précieuses informations avec les entreprises privées.
Serge Mostura a confirmé que la cellule de crise du Quai-d’Orsay a été particulièrement sollicitée par les entreprises en 2011, peut-être le début d’une collaboration structurellement plus étroite. « En Libye, nous avons bâti une fiche conseil sur mesure à destination des voyageurs en entreprise, ce que nous ne faisons pas normalement. » Il a également rappelé que 2011 fut l’année de la « responsabilité de protéger » en Libye ou en Côte d’Ivoire notamment, ce qui a impliqué « de nombreuses opérations d’évacuation et de rapatriement. Pour un Français, nous avons rapatrié deux étrangers ». Un soutien de poids pour les entreprises concernées.

« Déceler rapidement l’espionnage industriel »

Enfin, au lendemain de l’affaire Renault, l’espionnage industriel a été au cœur des débats, et notamment la question de son décèlement précoce.
Le dialogue, la communication et la transparence ont été promus par Guillaume Capois, directeur sûreté d’EADS. Constat partagé par Emile Perez. « La transparence ne perturbe pas l’image de l’entreprise, elle évite surtout les interprétations erronées. »
Selon Alain Juillet, l’absence de dialogue a été à l’origine de l’affaire Renault :
« L’équipe de sûreté travaillait seule sans rendre compte à un supérieur, sans aucun contrôle. Le patron de la branche sûreté a vu Carlos Ghosn seulement deux fois en trois ans. Voilà le résultat. »
Si l’ensemble des intervenants a déploré le manque d’outils légaux à disposition des entreprises, maître Bertrand Warusfel a tenu à rappeler que « le droit court toujours après la vie et qu’il exprime un équilibre entre différents groupes d’intérêts ».

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