Gérer les risques
Aujourd'hui et demain

Risques industriels et environnementaux

Clément Ruffier : « Il existe un grand sentiment de précarité dans le secteur de la sous-traitance »

Aujourd’hui, la réalité de la sous-traitance questionne les dysfonctionnements de la relation que l’entreprise entretient avec son environnement. Conséquences : un sentiment de précarité et des risques pesant sur les conditions de travail et d’emploi. Interview de Clément Ruffier, chargé de mission à l’Anact et co-auteur de l'ouvrage « Sous-traitance : pour une meilleure régulation de la qualité du travail ».

Comment décririez-vous la sous-traitance ?

Cette forme d’organisation comprend des relations inter-entreprises très différentes. A l’un des deux extrêmes, la sous-traitance de spécificité, hautement qualifiée. Le sous-traitant tient une position très avantageuse face à son donneur d’ordres. A contrario, la sous-traitance de capacité regroupe des missions de moindre qualification et connaît une compétition intense dans son secteur. Dans ce cas, la relation avec le donneur d’ordres est déséquilibrée, le sous-traitant est souvent dépendant de lui.

Quelles sont les spécificités de cette forme d’organisation en termes de conditions de travail ? 

Elles sont plus dégradées que dans les autres entreprises. Plusieurs menaces entrent en jeu. Les risques professionnels, en premier lieu. Les accidents du travail sont plus nombreux qu’ailleurs. Notamment à cause du transfert des risques : le donneur d’ordres préfère sous-traiter les activités risquées plutôt que de les confier en interne. Il existe également un manque d’inter-connaissances entre les deux entreprises et un problème de coordination. Par exemple, en cas de co-activité, si l’un tient le chalumeau et l’autre des produits inflammables, la coordination doit être parfaite pour minimiser le danger.

Quels sont les autres risques ? 

Nous avons identifié un renforcement des contraintes temporelles. Les sous-traitants exercent plus souvent leur activité en horaires décalés ou la nuit par exemple. Toujours sur le même principe, les donneurs d’ordres externalisent pour ne pas avoir à gérer les conséquences sociales de ce type d’activités sur leurs propres salariés. Il existe également dans le secteur un grand sentiment de précarité et une fragilisation des collectifs. A cause de la multiplication des statuts, les sous-traitants réussissent difficilement à constituer un collectif soudé.

A quoi est-ce dû ? 

Comme l’intérim, la sous-traitance participe de la relation triangulaire de l’emploi. Elle est en relation avec d’un côté un employeur de droit et de l’autre, un employeur de fait. Il existe un manque de coordination évident entre les deux. Le donneur d’ordres sous-estime souvent l’intérêt pour le sous-traitant de connaître ses activités.

Comment améliorer cette situation ? 

Nous avons mis en place des groupes de travail dans certaines sociétés pour que donneurs d’ordres et sous-traitants puissent échanger et trouver des solutions. Dans une entreprise de centre d’appels, les salariés ont réclamé un processus conjoint d’évaluation du travail car leur direction et leur donneur d’ordres ne s’accordaient pas sur les exigences. L’une souhaitait que le plus grand nombre d’appels soient traités, l’autre privilégiait la qualité et la satisfaction client. L’Anact a ainsi développé une méthode originale de rencontre et de dialogue. Nous la transmettons ensuite aux acteurs relais et via ce livre, afin qu’elle soit diffusée.

Propos recueillis par Caroline Albenois

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